Cité et cimetière prédynastiques découverts à Abydos

C’est souvent l’archéologie qui seule permet d’éclairer les périodes les plus reculées pour lesquelles les autres sources historiques manquent. Abydos, l’un des sites religieux les plus importants de l’Egypte ancienne, offre encore un potentiel archéologique considérable, comme en témoigne la découverte récente de 120 gravures de navires liées au complexe funéraire de Sésostris III. Avec celle, fin novembre, d’une cité et d’un cimetière prédynastiques vieux de plus de 5300 ans, Abydos permet de lever un coin d’ombre sur la période assez mal connue qui précéda et suivi l’unification de l’Egypte.

Abydos et l’unification de l’Egypte

La période charnière à laquelle l’Egypte est unifiée entraîne des divisions assez artificielles de l’historiographie égyptienne. Ainsi, la période antérieure à ce moment est appelée période prédynastique, et voit s’épanouir la culture Nagada (nommée d’après un site de Haute-Egypte). Dans sa période la plus tardive, Nagada III (vers -3300 jusque vers -3100), les traits culturels de la vallée du Nil et du delta s’unifient, préfigurant l’union politique vers -3100. Si Abydos a antérieurement peut-être été le siège politique de rois locaux, la cité semble perdre ce statut au profit des deux cités peu distantes de Thinis et Nekken, mais elle conserve son importance religieuse. En témoignent l’inhumation des rois de cette époque dans la nécropole d’Umm el-Qa’ab à Abydos.

Palette de Narmer, découverte à Nekken.
Palette de Narmer, découverte à Nekken. Ce pharaon aurait unifié l’Egypte vers -3100.

L’unification de l’Egypte, peut-être par le pharaon Narmer, ouvre la période dite « thinite » ou archaïque (vers -3150 jusque vers -2700) qui correspond aux Ière et IIe dynasties. La continuité entre les rois locaux et les pharaons de la Ière dynastie qui en descendent probablement explique que tous ces souverains soient inhumés dans la même nécropole d’Umm el-Qa’ab, ce qui n’est pas le cas de ceux de la IIe dynastie, qui préférèrent peut-être Saqqarah.

Cette importance dans l’histoire précoce de l’Egypte, liée à un rôle religieux et symbolique de premier plan, explique l’intérêt constant des pharaons pour le sanctuaire tout au long de l’histoire égyptienne.

Une cité et un cimetière prédynastiques

La mission égyptienne travaillant près du temple de Séthi Ier a mis au jour des restes de huttes et d’objets de la vie quotidienne (notamment des débris de poteries et des outils en pierre) appartenant à une cité résidentielle, qui semble avoir approvisionné en nourriture et en boisson la main d’œuvre travaillant à la construction des tombes royales de la nécropole d’Umm el-Qa’ab durant la période de Nagada III et durant la Iere dynastie, soit sur une période comprise entre environ -3300 et -3000.

Les fouilles ont également mis à jour un cimetière lié à la cité résidentielle et dégagé 15 grandes tombes – la plus grande mesure 14 mètres sur 5, faites de briques d’argile. Leur taille souligne l’influence et le statut social élevé de leurs propriétaires, et les archéologues pensent qu’elles ont été édifiées pour abriter les dépouilles des hauts dignitaires en charge de l’édification des tombes royales.

Des mastabas parmi les plus vieilles d’Egypte

Les tombes découvertes sont des mastabas, des tombes rectangulaires, généralement quatre fois plus longues que larges, à toit plat et aux bords inclinés vers l’intérieur. Très souvent orientées nord-sud (un critère important pour atteindre l’au-delà selon les croyances des anciens Egyptiens), elles étaient à l’origine construites en briques d’argiles séchées au soleil, comme dans ce cas, et plus tard parfois en pierre.

Schéma en coupe d'un mastaba.En surface, les mastabas comprenaient une petite chapelle funéraire destinées aux offrandes de la famille et des prêtres. En dessous, on creusait une ou deux chambres funéraires pour déposer le corps du défunt ainsi que les offrandes devant assurer son confort dans l’au-delà. Avec le temps, leur plan se complexifie pour ressembler à celui d’une véritable maison.

Le mastaba, qui semble apparaître durant la période prédynastique, est la tombe standard jusqu’à la fin de la période archaïque pour le pharaon comme pour l’élite. Il commence à être délaissée par les pharaons de la IIIe dynastie, qui inaugurent l’Ancien Empire (autour de -2600), au profit de pyramides. Les mastabas restent cependant en usage pour l’élite pendant plus d’un millénaire et ce n’est qu’au Nouvel Empire, vers -1550, que les nouvelles constructions deviennent très rares.

Si la datation des mastabas découvertes à Abydos remonte bien à la période de Nagada III, il pourrait peut-être s’agir des plus anciennes retrouvées. Pour le moment, la mastaba la plus ancienne se trouverait à Tell-el-Farqah, un site du delta fouillé par une mission polonaise.

 

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