La plus ancienne cogue connue repérée en Mer Noire ?

Saviez-vous que durant l’antiquité, la mer Noire était appelée Pont Euxin, ce qui signifie en grec « mer hospitalière » ? Hospitalière, elle l’est en effet pour l’archéologie sous-marine. Non seulement elle fut intensément naviguée depuis l’antiquité, mais elle présente une caractéristique assez rare appelée… l’euxinisme. Dans des milieux aquatiques fermés ou confinés (comme la Mer Noire, mais aussi la Caspienne ou la Baltique), l’oxygène se dissous au-dessous de 200 mètres et du sulfure d’hydrogène apparaît, préservant les bois, cuirs et tissus de l’action bactérienne. Pour le plus grand profit des archéologues comme des pilleurs d’épaves…

Le projet Black Sea M.A.P

Aperçu satellite de la Mer Noire.
Aperçu satellite de la Mer Noire.

Ce projet international d’une durée de trois ans, qui implique des universités anglaises, suédoises, américaines et des centres de recherches grec et bulgare a pour ambition d’explorer le patrimoine sous-marin de Bulgarie. Sa première campagne a eu lieu en septembre-octobre 2016 afin d’explorer environ 1000 km² à l’aide d’un navire d’eau profonde et d’un navire de recherche équipés de sonars et d’appareils extrêmement performants en terme de précision, de rapidité et de profondeur atteignable.

L’objectif est à la fois de cartographier le paysage sous-marin, qui a connu une évolution brutale à la fin de la dernière ère glaciaire lorsque le niveau de la mer s’est élevé, mais aussi de documenter la rapidité de ces changements et leur impact sur les populations humaines de l’époque. Les scientifiques pensent en effet que cette région a joué un rôle important dans l’histoire du développement et des dispersions humaines à partir du Paléolithique inférieur (commençant il y a 3 millions d’années et s’achevant il y a 300000 ans).

Repérage de nombreuses épaves.

Un effet secondaire positif de ce projet a déjà été le repérage d’une quarantaine d’épaves, dont les deux plus intéressantes sont un navire byzantin de la fin du IXe ou du début du Xe siècle, et un vaisseau ottoman du XVIIIe-XIXe siècle.

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Epave de la cogue de Bremerhaven (1380). Crédits : Uwe H. Friese, CC by SA 3.0

Mais la découverte d’une autre épave leur vole la vedette : celle d’un navire à coque ronde. Ce serait en effet le seul au monde découvert dans son intégralité et en aussi bon état. C’est aussi l’un des plus anciens puisqu’il remonterait au XIIIe-XIVe siècle, alors que les exemplaires connus ne sont pas antérieurs au Moyen-Age tardif. Ce navire marchand, qui a certainement été fabriqué dans la partie occidentale de la Méditerranée, pourrait être une cogue vénitienne.

La cogue, le principal navire du Moyen Age.

A l’époque viking, les navires marchands les plus utilisés dans les échanges dans les mers de l’Europe septentrionale étaient les knarrs (pour la petite histoire, le terme de « drakkar » utilisé en français est un terme forgé au XIXe siècle sans aucune réalité historique). Bien qu’à fond plat, ces navires étaient assez fiables en haute mer et furent probablement utilisés par les Vikings pour leurs explorations.

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Un nouveau modèle de navire, la cogue, apparaît probablement sur la côte frisonne ou celle du Jutland occidental au cours du Xe siècle. Mais c’est la fermeture du débouché ouest du Limfjord, qui assurait un passage facile entre la mer du Nord et la mer Baltique, qui entraîne la transformation des cogues en navires de haute mer capables de franchir le dangereux cap Skagen séparant les deux mers.

A coque ronde et à propulsion mixte (voile et rames), d’une capacité de charge allant jusqu’à mille tonneaux, les cogues deviennent l’un des navires médiévaux les plus répandus. Leur construction s’étend aussi à la Méditerranée, où les arsenaux locaux en produisent des versions parfois différentes de celles du nord.

Si sa datation est confirmée, l’épave retrouvée serait donc la plus ancienne épave intacte d’une cogue que nous possédions. Elle permettra peut-être d’en savoir davantage sur les techniques de construction de ces navires qui, dès le XIVe siècle, atteignent les limites de leurs capacités et poussent les armateurs et arsenaux à se tourner vers d’autres solutions. La relève sera assurée par les ancêtres des caraques et des caravelles, qui permettront les grandes explorations du XVe siècle.

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