Mise à jour de graffitis de l’époque de la Reconquista

Imaginez un éperon rocheux dominant les eaux bleues d’une baie méditerranéenne, les ruines d’une cité médiévale de l’époque de la Reconquista dans un parc naturel, et vous obtiendrez Pobla de Ifach, près de Calp, dans la Communauté Valencienne. Un site idéal pour connaître cette période troublée, car sa période de vie fut très courte et les campagnes de fouille ne cessent d’en mettre à jour de passionnants vestiges.

Reconquista et repopulation.

Avec ses avancées et ses reculs, la Reconquista finit par atteindre la région de Valence. Le Cid avait déjà permis au Chrétiens d’occuper Valence à la fin du XIème siècle, mais la conquête définitive de la ville n’intervient qu’en 1238, tandis que celle de Calp a lieu entre 1240 et 1252 par le roi d’Aragon.

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L’intérêt stratégique du « penyal » (rocher en valencien) de Ifach pour sécuriser la côte n’échappe pas à ses nouveaux maîtres : le roi Pierre III ordonne  l’implantation d’un complexe fortifié en 1282. Mais c’est finalement l’un des hommes les plus puissants de cette époque, le comte de Cocentaina Roger de Lauria, qui obtient l’autorisation du roi Jaime II et fait édifier le village fortifié d’Ifach à partir de 1298.

Roger de Lauria, le Grand Capitaine.

Roger de Laura vient probablement d’une famille normande d’Italie du Sud. Amiral talentueux et haut en couleur, surnommé le Grand Capitaine, il assure la suprématie navale de l’Aragon en Méditerranée occidentale, concrétisant par ses victoires le passage de la Sicile sous influence aragonaise après les Vêpres Siciliennes de 1283. Il contribue également à l’échec de la croisade d’Aragon organisée en réaction par le pape et les Français en 1284-85. Il combat ensuite les Byzantins, puis les Français aux côtés d’Edouard Ier d’Angleterre, avant de participer aux conflits dynastiques entre les deux frères et rois Jacques II d’Aragon et Frédéric de Sicile. Lorsque la paix est rétablie en 1302, il se retire sur les terres de Cocentaina (comprenant Calp et Pobla de Ifach) données par le roi Pierre III. Il s’éteint en 1305.

En 1359, Pobla de Ifach est partiellement détruites lors de la Guerre des Deux Pierre, un épisode de la première guerre civile de Castille (1351-1369). Après cette date, les habitants désertent progressivement la cité pour Calp : en 1400, le conseil de cette ville se plaint que le manque de vigilance sur le penyal permet aux corsaires d’y débarquer et de faire le commerce d’esclaves dans les ruines abandonnées.

Le village fortifié du peñón d’Ifach.

Les ruines médiévales de Pobla d’Ifach ont l’avantage d’être l’un des sites de l’époque de la Reconquista qui n’a pas été largement transformé ou fouillé depuis la fin de son activité, et dont la courte durée d’activité, moins de cent ans, permet de réaliser une sorte d’instantané de l’époque.

Depuis quelques années, le musée archéologique d’Alicante (MARQ) y poursuit des fouilles qui ont déjà permis de mieux comprendre l’organisation l’organisation du site. Elles ont montré que le complexe couvrait une superficie de 40000 mètres carrés et était enserré dans une enceinte massive d’une longueur de 800 mètres, dont un quart est bien conservé. Le vestige le plus impressionnant en est le beffroi, mesurant environ 6 x 6m, et mesurant encore dix mètres de haut.

Le village était par ailleurs doté de systèmes d’accès compliqués et comprenait des bâtiments agricoles, des entrepôts, des maisons et une grande église dédiée à Notre-Dame des Anges, construite entre 1327 et 1344 sur l’ordre de Marguerite de Lauria, la fille de Roger. La nécropole qui la borde et qui a également été fouillée fut en activité entre les années 1300 et 1370.

Les fouilles ont mis à jour de nombreux éléments sculptés, dont le chapiteau gothique découvert en 2015 constitue l’un des fleurons. Mais le site a livré d’autres traces du passé plus originales : des graffitis.

Les graffitis, une histoire ancienne.

Ceci est une salade.
Ceci est une salade.

Il y a quelques années déjà, un graffiti avait été retrouvé dans les ruines d’un édifice du village. On y voyait la moitié d’un cavalier portant une salade, une côte de maille, un étendard et un écu aux armes des comtes d’Empúries, une branche cadette de la maison royale d’Aragon. Il pourrait s’agir de celles du premier comte d’Empúries… le neveu par alliance de Roger de Lauria.

Reproduction du dessin d’un des navires retrouvé.

Les archéologues travaillant sur le site ont annoncé avoir découverts deux nouveaux graffitis durant l’été 2016. Le premier, sur un mur représente deux embarcations de grande taille. Il s’agit peut-être de galères, dotées de rames en quille. Sur l’un des navires, on peut voir le château de poupe en forme de tour, ce qui confirme qu’il s’agit d’une scène militaire.

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Jeu d’alquerque dans le Libro de los Juegos, enluminure du XIIIe siècle.

Le second, retrouvé sur une dalle de pierre, représente un alquerque, jeu de plateau introduit en Espagne par les Maures, très populaire au XIVe et XVe siècle, qui serait l’ancêtre de notre jeu de dames. Il s’agit de la version la plus simple du jeu (à trois), alors qu’au XVe siècle elle peut aller jusqu’à douze.

Les fouilles vont se poursuivre durant les prochaines années et réservent encore certainement quelques surprises. En attendant, leurs acteurs espèrent que les trouvailles réalisées jusqu’à présent renforceront l’intérêt du public et des touristes pour la poursuite des recherches et la conservation de ce site à fort potentiel, qui se trouve déjà dans un parc naturel considéré comme une des merveilles de la communauté valencienne et accueillant déjà plus de cent mille visiteurs par an.

 

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