Risque majeur pour les vestiges archéologiques en zone humide

On n’en finit pas de découvrir les implications du changement des conditions climatiques et de leurs répercussions au niveau local. Une étude conduite par l’université d’York, en Angleterre, conclut que les vestiges archéologiques situées dans des zones humides à travers le monde sont confrontées à un risque majeur qui pourrait entraîner leur disparition à moyen terme.

Star Carr, un riche site mésolithique dans la tourbe anglaise

Une coiffe en crâne de cerf retrouvée à Star Carr. Yorkshire Museum. Credits : Jonathan Cardy, CC by SA 3.0.
Une coiffe en crâne de cerf retrouvée à Star Carr. Yorkshire Museum. Credits : Jonathan Cardy, CC by SA 3.0.

Star Carr est un site mésolithique situé près de Scarborough dans le Yorkshire, un comté du nord de l’Angleterre. Il était occupé au cours du IXe millénaire avant notre ère par une population de chasseurs-cueilleurs et les fouilles y ont commencé dès 1949. Le site s’est alors révélé particulièrement intéressant car outre des outils de pierre, il a aussi livré des matériaux organiques très bien conservés, notamment des crânes de cerf, avec leur ramure, qui avaient été travaillées et trouées afin de pouvoir être portées comme des coiffes. Les chercheurs pensent qu’elles étaient utilisées pour des pratiques chamaniques.

Pour ce genre de sites humides, l’approche traditionnelle des équipes archéologiques est de laisser le matériel in situ, où l’on considère que ses conditions de préservation sont optimaux.

Or, dans les années 2006-2007, les universités d’York et de Manchester ont mené à Star Carr de nouvelles recherches. Et cette fois, au lieu de vestiges en bon état, ils ont retrouvé des morceaux d’os déminéralisés, tandis que le bois se révélait aplati et extrêmement friable. Le niveau alarmant de détérioration des matières organiques a poussé l’université d’York à mener une expérience pour en savoir plus.

Une évolution inquiétante

Pointes de lances en os provenant de Star Carr, Yorkshire Museum. Credits : Jonathan Cardy, CC by SA 3.0.
Pointes de lances en os provenant de Star Carr, Yorkshire Museum. Credits : Jonathan Cardy, CC by SA 3.0.

Il s’agit de l’une des premières études menées sur les conséquences des changements des conditions environnementales et géochimiques sur la préservation des restes organiques. Les scientifiques ont analysé des restes d’os et de bois recueillis sur le site de Star Carr, et ont effectué des enfouissements expérimentaux d’os et de bois dans des conteneurs distincts respectivement remplis de sable, de compost de jardin et de tourbe provenant de Star Carr.

Les résultats sont surprenants : les niveaux de détérioration des matériaux organiques étaient particulièrement élevés dans le dernier environnement. Comment expliquer un tel changement dans un milieu qui s’était révélé capable de préserver des matériaux organiques pendant des dizaines de milliers d’années ?

Les scientifiques expliquent ces modifications par une acidification du milieu qui résulterait des fluctuations du niveau d’eau sur le site, elles-mêmes causées par les changements climatiques et les activités humaines, notamment le drainage des eaux.

Vers une nécessaire adaptation de la pratique archéologique

Cette étude permet de mieux évaluer l’échelle de temps de cette détérioration et la vitesse rapide à laquelle elle se produit. Cela permet aux archéologues d’être mieux armés pour réfléchir à des stratégies visant à protéger les vestiges archéologiques de ce risque majeur.

Le Dr Kirsty High, chercheur au département de chimie de York et auteur principal de l’étude, considère que « la détérioration rapide de restes archéologiques organiques uniques à Star Carr est une perte irremplaçable pour notre héritage culturel. De manière cruciale, la courte échelle de temps de cette expérience souligne le taux alarmant à laquelle ce processus peut survenir, levant des inquiétudes sur la préservation continue de matières enterrées là ainsi que dans d’autres sites ayant des conditions similaires. Il est impératif de comprendre et de surveiller les conditions environnementales et géochimiques dans les zones humides pour déterminer l’échelle de temps pour la future gestion et la réussite de la conservation des sites archéologiques. »

Le Dr Penkman, co-auteur de l’étude, a quant à lui déclaré qu’ « étant donné que des menaces potentielles sur les zones humides – comme la pollution ou les changements d’utilisation des sols – continuent de survenir à un rythme sans précédent, il est de plus en plus probable que d’autres sites archéologiques gorgés d’eau risquent de connaître des processus comparables à ceux intervenant à Star Carr. La sévérité de la détérioration constatée sur les objets est rapide et irréversible, et entraîne des implications globales en terme d’information et de remise en cause de la politique actuelle de conserver les restes organiques in situ – qui était considérée jusqu’à présent comme la meilleure manière de protéger les vestiges archéologiques pour de futures recherches. »

Les chercheurs pressent donc notamment la communauté archéologique de réévaluer la tradition dominante consistant à conserver les sites comme Star Carr in situ, et d’envisager des fouilles d’urgence pour les sites menacés afin d’en retirer les restes organiques ayant une valeur scientifique.

Le Dr High devrait continuer ses recherches pour la préservation des vestiges archéologiques en zone humide en partenariat avec Historic England, pour développer et transférer ce nouveau savoir sur la conservation des matières organiques vers d’autres sites concernés, au Royaume-Uni comme dans le reste de l’Europe.

 

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