Une autre tombe près du plus grand monument funéraire de Grèce ?

La colline de Kasta, non loin de l’antique cité d’Amphipolis, a été propulsée à la une de l’actualité archéologique en 2012, lorsqu’elle a été identifiée non seulement comme une tombe tumulaire macédonienne, mais en plus comme le plus grand monument funéraire de Grèce. Alors parfois décrite dans les médias comme la tombe d’Alexandre le Grand – alors que toutes les sources historiques rapportent que son corps fut inhumé à Alexandrie – elle constitue certainement l’une des découvertes archéologiques majeures du XXIe siècle. Aujourd’hui, des chercheurs grecs pensent qu’une autre tombe pourrait se trouver sur le site.

Amphipolis, un grand centre macédonien

Carte de la Macédoine sous Philippe II
La Macédoine à l’époque de Philippe II. Credits Marsyas, CC by SA.

Fondée par les Athéniens au Ve siècle avant notre ère pour consolider leur contrôle sur la Thrace, ses mines d’or et d’argent ainsi que ses forêts essentielles à leurs ambitions navales, cette cité indépendante et alliée est disputée au cours de la guerre du Péloponnèse contre Sparte mais n’est conquise qu’en -357 par Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand.

lion d'Amphipolis
Le lion d’Amphipolis, sculpture funéraire du IVe siècle. Credits : kkonstan, CC by SA.

La ville devient dès lors un important centre économique et militaire du royaume macédonien et sert de base arrière pour les campagnes d’Alexandre contre la Thrace, puis l’Asie. Après la mort du conquérant, sa veuve Roxane et son fils, le petit Alexandre IV, y sont exilés et plus tard assassinés. D’autres personnalités proches d’Alexandre y sont aussi inhumées, tel que l’amiral Laomédon de Mytilène pour la tombe duquel fut probablement réalisé le lion d’Amphipolis.

La ville passe en -168 sous le contrôle romain, puis connaît un renouveau durant l’antiquité tardive avant d’être progressivement abandonnée à l’époque byzantine, au VIIe et VIIIe siècle.

Le plus grand monument funéraire de Grèce

Vue 3D, Magikos Fakos.
L’intérieur de la tombe, vue 3D par Magikos Fakos.

Appelé « colline Kasta », le tombeau d’Amphipolis, en forme de tumulus d’un diamètre d’environ 160 mètres et ceint par un mur de 500 mètres de long, est le plus grand monument funéraire de Grèce, dépassant en taille la tombe de Philippe II à Vergina. Après son identification en 2012, l’exploration de l’intérieur du complexe funéraire a eu lieu en 2014, livrant aux yeux du monde un décor sculpté et des mosaïques de grande qualité, que vous pouvez admirer ici.

Les théories sur la personnalité inhumée dans un tel monument n’ont pas manqué. Aurait-il pu abriter Roxane et Alexandre IV, ou bien encore la mère d’Alexandre le Grand ? La découverte d’un monogramme fin 2015 suggère une nouvelle hypothèse, défendue par la directrice des fouilles, Katerina Peristeri.

Héphestion, sarcophage dit d’Alexandre, IVe siècle, musée archéologique d’Istanbul. Credits : G. Dallorto.

Le monument funéraire aurait été élevé entre -325 et -320 pour Héphestion. Ce compagnon et général d’Alexandre, qui fut aussi son amant, mourut en Iran en -324, plongeant le conquérant dans une profonde affliction aux marques éclatantes. Héphestion est divinisé en tant que héros, et des funérailles aussi splendides que coûteuses sont organisées : les sources antiques rapportent notamment qu’on lui éleva un bûcher funéraire… de 60 mètres de haut.

A l’intérieur de la tombe, les archéologues ont découvert les restes de cinq individus : une femme âgée, deux hommes adultes, un enfant au genre indéterminé et des restes incinérés qui pourraient correspondre à ceux d’Héphestion. Si cette hypothèse était exacte, le plus grand monument funéraire de Grèce serait ainsi un autre témoignage du chagrin d’Alexandre suite à la perte de son compagnon.

Une autre tombe sur le site ?

On sait que le monument funéraire a empiété sur un site funéraire antérieur et voisin (appelé colline 133) qui comprenait de nombreuses tombes. En 2014 a été lancée une étude géophysique du tumulus, menée par le laboratoire de géophysique appliquée de l’université Aristote de Thessalonique, afin de mieux connaître le site. Les chercheurs viennent d’annoncer que ces recherches auraient permis de repérer une cavité se trouvant du côté nord-est, qui serait recouverte d’un talus artificiel.

Ils considèrent qu’il pourrait s’agir d’une seconde tombe, dont les dimensions seraient cependant très inférieures à celles du tumulus principal, et recommandent des explorations archéologiques pour en avoir le cœur net.

 

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