Des liens anciens entre le Japon et la Perse

Depuis quelques années, une série de trouvailles et de recherches ont montré que le Japon, par l’intermédiaire de la route de la soie, importait des produits venus de pays aussi lointains que la Perse, voire l’empire romain. Encore récemment, des pièces romaines avaient été trouvées à Okinawa. L’analyse récente d’une inscription montre que des contacts plus directs ont même eu lieu il y a plus de mille ans.

Un enseignant perse dans la capitale japonaise

Durant la période Asuka (538-710), le bouddhisme est introduit au Japon, alors très influencé par le rayonnement politique et culturel de la Chine des Tang. Ainsi, les Japonais vont mettre en place un système central adapté du modèle impérial chinois et inspiré par les principes de Confucius et par la philosophie chinoise du Fǎ-Jiā (dit « légalisme »). En 710, une nouvelle capitale Heijokyo est fondée sur le modèle de Chang’an, la capitale des Tang : c’est le début de la période de Nara (710-794).

ancient-japan-ties-with-persia-3-615x197Au VIIIe siècle, on se servait encore du bois pour écrire, avant que ce support ne soit remplacé par le papier. Dans les années 1960, un morceau de bois est trouvé à Nara, le nom moderne de Heijokyo. Il porte des inscriptions gravées que l’on vient seulement de déchiffrer grâce aux images infrarouges. Or, surprise : les caractères mentionnent le nom d’un enseignant perse, qui travaillait dans un établissement de Nara destiné à former les hauts fonctionnaires gouvernementaux. Même si cela reste une découverte isolée et que parler du « cosmopolitisme » de la capitale et du Japon de l’époque peut paraître exagéré, elle montre cependant que la société de la période Nara offrait une place aux étrangers – probablement plus encore s’ils apportaient des savoir-faire ou des connaissances valorisables.

L'empire sassanide juste avant la conquête arabe.
L’empire sassanide juste avant la conquête arabe.

Cela devait être le cas de cet enseignant, car à l’époque, la Perse était renommée pour son avancée dans les sciences, et notamment les mathématiques. Il n’est pas impossible qu’il ait enseigné cette discipline à Nara.  C’est la première fois que la présence d’un résident perse est attestée dans le pays du soleil levant, mais on savait déjà que le Japon avait des contacts avec l’empire perse au VIIe siècle. D’autres recherches récentes ont d’ailleurs montré la présence de nombreux objets provenant de Perse dans le Japon ancien.

Le mobilier d’une tombe de la période Kofun (vers 250-538)

Le bol romain retrouvé dans la tombe 126.
Le bol romain retrouvé dans la tombe 126 (Tokyo National Museum).

Cette période, qui précède la période Asuka, voit le Japon s’unifier sous un monarque unique. Les nouveaux dirigeants affirment notamment leur pouvoir par l’édification de tombes à monticule. Parmi le groupe funéraire de Niizawa Senzukan, le tumulus 126 de la fin du Ve siècle a livré des offrandes funéraires nombreuses et luxueuses. Parmi elles se trouvaient un bol et un plat en verre dont la fabrication semblait étrangère.

L’équipe du professeur Yoshinari Abe a effectué en 2014 l’analyse de la composition chimique de ces deux artefacts (et notamment du natron, du silice et de la chaux que contient le verre). Les résultats montrent que la composition chimique du bol était très proche de celle de fragments de verre retrouvés dans le palais royal des Perses S

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Bol sassanide de la tombe 126 (Tokyo National Museum).

assanides (224-651), situé dans leur capitale Ctésiphon. Quant au plat en verre, il présentait une composition chimique proche… des productions méditerranéennes. Les chercheurs pensent qu’il aurait été produit dans l’empire romain, et la présence d’antimoine laisse penser qu’il a été fabriqué avant le IIe siècle, car on ne l’utilise plus guère après cette époque.

Un fragment de verre dans le sanctaire Kamigamo

Ce sanctuaire, fondé en 678, est l’un des plus anciens de Kyoto, ville qui devient la capitale impériale après Nara. Un fragment de verre y avait été retrouvé il y a une cinquantaine d’années. La même équipe l’a analysé en 2015 : une fois de plus, la composition chimique était très similaire à celle du verre trouvé à Ctésiphon et ils pensent qu’il a été produit entre le VIe et le VIIe siècle.

Verrerie sassanide au musée de Tabriz.
Verrerie sassanide au musée de Tabriz.

La verrerie sassanide (produite du IIIe au VIIe siècle), généralement peu colorée car elle recherchait avant tout la transparence, était très réputée non seulement en Occident, dans l’empire romano-byzantin, mais aussi à l’est où elle était appréciée en Chine et visiblement aussi au Japon : outre les exemples cités, d’autres verreries sassanides ont également été découverts dans des tombes de la haute aristocratie proche de l’empereur, comme au sanctuaire Shoshoin de Nara ou sur l’île d’Okinoshima.

Non seulement le Japon, probablement par l’intermédiaire de la route de la soie, semble avoir importé de nombreux objets de contrées aussi lointaines que les empires romains ou sassanides, mais il semble qu’il y ait même eu des contacts plus directs, comme en témoigne la présence d’un Perse dans la capitale japonaise du VIIIe siècle.

 

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