Les énigmes d’une ancienne sépulture du désert de Chihuahua

Les découvertes archéologiques sont parfois tout autant le fruit de fouilles organisées que d’accidents. En nivelant le terrain d’une grotte, le propriétaire d’un ranch situé à 300km de la frontière texane, près de la ville de San Francisco de Borja dans le centre de l’état mexicain de Chihuaha, est tombé sur un amas étrange et quelque peu macabre d’objets et de restes humains et animaux…

Une tombe perturbée et une momie d’oiseau.

Un ara macao, une espèce de perroquet d'Amérique centrale.
Un ara macao, une espèce de perroquet d’Amérique centrale.

Les archéologues appelés sur les lieux ont retrouvé un fatras d’objets divers (textiles, paniers, sac ou robe en peau de cerf, pointes de pierre) parmi lesquels reposaient également des restes humains et animaux en partie momifiés par le climat aride du désert de Chihuahua. Outre le squelette partiel d’un bébé pouvant avoir eu entre un et trois ans se trouvaient dans la grotte la partie inférieure d’un adulte dont les jambes étaient liées ensemble, un gros coquillage marin et… la tête momifiée et particulièrement bien conservée d’un ara macao.

Dans cette région où les découvertes archéologiques sont extrêmement rares, voire inexistantes, cette sépulture fait donc figure d’exception. Même si elle se trouvait près de la surface et a été très perturbée au cours du temps, elle pourrait apporter des informations précieuses sur les communautés ayant vécu dans la région par le passé.

La culture de Paquimé et le déterrement des défunts.

Aperçu du site de Paquimé, dans l'Etat de Chihuahua.
Aperçu du site de Paquimé, dans l’État de Chihuahua.

Certains des éléments retrouvés ne vont pas sans rappeler la culture de Paquimé (ou Casas Grandes), un centre précolombien important qui se trouve aussi dans l’État de Chihuahua, à environ 350 km au nord de San Franciosco de Borja. Fondée vers 700 et fonctionnant comme plaque tournante du commerce entre les cultures au nord et les populations établies sous les tropiques plus au sud, la ville comptait à son apogée au XIVe siècle environ 3000 habitants.

Une des caractéristiques de la culture de Paquimé vers 1100 était le déterrement des morts. Leurs restes, alors déposés en paquets ou dans de grandes jarres, pouvaient être réinhumés à un autre emplacement, peut-être pour les rapprocher de parents. Cela peut rappeler par exemple la pratique encore existante aujourd’hui à Madagascar du retournement des morts.

Le docteur Gallaga Murrieta, le responsable des fouilles, souligne qu´il n´est pas atypique de retrouver des corps partiels, parfois attachés, dans le nord de Mexique. Il pense que la tombe de San Francisco de Borja pourrait rentrer dans le cadre de cette pratique, et que la moitié du corps a donc été originellement inhumée ailleurs puis déplacée dans la grotte.

Cependant, l’étude du matériel et surtout l’absence de céramiques et d’objets, caractéristiques des pratiques funéraires de la période “médiane”, c´est à dire l’époque où s’épanouit Paquimé (entre 700 et 1100), pousse les archéologues à privilégier une datation largement antérieure. Ils pensent ainsi que la tombe pourrait remonter à la période dite “archaïque tardif”, il y a 2000 ans de ça.

Seules des analyses au carbone 14 pourront déterminer si cette hypothèse est la bonne. Si c’était le cas, ce serait la preuve que de telles coutumes funéraires préexistaient déjà à la culture de Paquimé. Cela pousserait aussi à s’interroger sur l’existence précoce d’un commerce de biens exotiques à longue distance, car ni le coquillage ni l’ara macao ne sont des espèces autochtones du désert de Chihuahua.

 

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