Fouilles du monastère Saint-Faron à Meaux

La ville de Meaux, située au bord de la Marne à 40 km au nord-est de Paris, est connue pour son charmant centre historique dominé par sa cathédrale, héritage le plus symbolique d’une trépidante histoire.

Des Celtes à nos jours : aux armes, et caetera.

L’origine de la ville remonte aux Meldes, peuple celte qui installa sa capitale dans un méandre (aujourd’hui asséché) de la Marne. Après la conquête de la Gaule , Meldis (nom latininisé de la ville) devient une cité gallo-romaine dotée d’un plan orthogonal et de la classique panoplie monumentale romaine : forum, lieux de culte, thermes, théâtre, arène. A partir du IIIe siècle, les invasions germaniques forcent les habitants à édifier une muraille et à abandonner les quartiers qui n’y sont pas inclus tandis que le christianisme se répand. L’insécurité générale dure encore longtemps : après quelques accalmies sous les Mérovingiens et les premiers Carolingiens, les Vikings sèment la désolation dans la vallée de la Marne et pillent la ville à plusieurs reprises, en 852, 861 et 887.

Miniature Jacquerie Meaux
Les Jacques prennent une bonne trempée en 1358. Meaux brûle, dit-on, durant deux semaines.

Meaux appartient par la suite aux comtes de Champagne avant d’entrer dans le domaine royal au XIIIe siècle. Lors de la Grande Jacquerie en 1358, la ville est le cadre d’événements tragiques au cours desquels elle est pillée et incendiée,  tandis que ses habitants sont massacrés en répression de leur soutien à la révolte. Puis, lors de la guerre de cent ans, la ville est assiégée pendant cinq mois en 1321-22 par les troupes anglaises du roi Henri V. Après sa reddition, les défenseurs sont impitoyablement massacrés et les Anglais s’y maintiennent jusqu’en 1436.

Au XVIe siècle, la ville devient un centre humaniste et protestant et subit batailles, pillages et massacres durant les guerres de religion.

Bossuet y marque le Grand Siècle, mais Meaux se retrouve encore au cœur de la première bataille de la Marne, qui stoppe l’offensive allemande vers Paris en septembre 1914.

De cette longue histoire nous sont parvenues de nombreuses traces, les unes bien visibles comme la cité épiscopale, les jardins, les hôtels particuliers et les mémoriaux de la bataille de la Marne dans ses environs, d’autres encore enfouies sous nos pieds. Mais depuis quelques années, grâce aux fouilles de l’Inrap, la mémoire de l’un des plus prestigieux monuments de Meaux sort de terre.

L’abbaye Saint-Faron et le valet de pique.

Vue ancienne de Saint-Faron à Meaux
Vue ancienne du monastère Saint-Faron, aujourd’hui disparu.

Au VIIe siècle, saint Faron est évêque de Meaux et décide – peut-être en 660 – d’installer dans sa ville des moines de la prestigieuse abbaye de Luxeuil, dans les Vosges.

Le nouveau monastère, d’abord dédié à la Sainte-Croix, prend rapidement le nom de son fondateur et était réputé pour abriter le mausolée du légendaire Ogier le Danois, l’un des douze preux de Charlemagne… qui serait figuré comme le valet de pique dans les jeux de carte français.

Lors des guerres de Religion, l’abbaye est pillée par les Huguenots et les moines en sont chassés en 1562. Les Mauristes s’y installent en 1618 et des réparations sont alors nécessaires. La Révolution dissout les ordres religieux en 1790 et signe la fin du monastère. Les bâtiments, qui se répartissent sur une superficie d’environ deux hectares, sont vendus comme bien nationaux et sont démolis en 1798. Il n’en reste aujourd’hui plus aucun vestige en élévation.

Trois campagnes de fouilles sur le secteur de l’abbaye.

La première campagne de fouilles en 1990-91, la moins étendue en superficie, avait permis de repérer l’église abbatiale, révélant qu’elle occupait l’emplacement d’un îlot urbain gallo-romain et se trouvait au croisement de deux rues antiques.

Celle de 2012 avait mis à jour le mur de l’abbaye du côté est, remontant au XVIIe et XVIIIe siècle, ainsi que la partie ouest du déambulatoire du cloître de l’abbaye mauriste, mettant au jour onze sépultures se répartissant en deux ensembles : VIIe-VIIIe siècle et XVIIe siècle. Rien d’étonnant, puisque les cloîtres étaient fréquemment utilisés à des fins funéraires.

La campagne actuelle, lancée du fait de la construction prochaine d’un immeuble et qui doit durer jusqu’en décembre 2016, se concentre sur une zone de 1570 m² couvrant la partie sud du monastère qui, selon les sources historiques, était réservée à l’abbé. Elle a déjà permis de découvrir un nouveau carrefour de rues antiques, ce qui fait penser que l’église abbatiale serait implanté au croisement de ces axes, sur l’emplacement d’un îlot urbain gallo-romain. Des traces d’incendie ont aussi été relevées, ce qui n’est guère surprenant étant donné que le bois et la terre crue constituaient les matériaux de construction principaux, avant d’être remplacés par la pierre au IIe siècle de notre ère.

Des rangées de dizaines de sépultures orientées est-ouest ont également été mises à jour. L’absence de matériel rend difficile la datation de cette ensemble funéraire, mais les squelettes de femmes et d’enfants excluent que ce soit un cimetière monastique. Il s’agirait plutôt d’un cimetière paroissial, peut-être celui de la paroisse du faubourg Saint-Faron (ou « bourg Saint-Thibault).

Dans tous les cas, cette nouvelle campagne permettra de mieux appréhender l’organisation du monastère et son implantation sur l’ancienne zone urbaine gallo-romaine.

 

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