Les restes du temple funéraire perdu du pharaon Thoutmosis Ier dormaient dans un entrepôt

Des milliers de blocs de pierre se trouvant depuis des années dans une tombe transformée en entrepôt près de Louxor se sont révélés être des vestiges du temple funéraire de Thoutmosis Ier, permettant de résoudre l’énigme de ces vestiges longtemps cherchés par les archéologues.

Thoutmosis Ier et la XVIIIe dynastie.

Thoutmosis Ier Séniséneb Deir el-Bahari
Thoutmosis Ier et sa mère Sénisénéb, fac-similé de 1925 d’un relief du temple funéraire d’Hatshepsout à Deir el-Bahari.

Ce pharaon qui régna de 1504 à 1492 avant notre ère posa les bases de la politique qui firent la gloire de la XVIIIe dynastie. Pourtant, ses accomplissements furent largement éclipsée par ceux de ses successeurs : sa célèbre fille Hatchepsout, puis son petit-fils Thoutmosis III.

Thoutmosis Ier monta sur le trône quelques décennies après la réunification de l’Égypte, après la deuxième période intermédiaire, marquant le début du Nouvel Empire. Il mena une politique extérieure agressive et d’ambitieuses campagnes militaires permirent de soumettre la Nubie, qu’il annexa jusqu’à la troisième cataracte, ainsi qu’une partie du Proche-Orient. Il fut également un grand bâtisseur, et lança de nombreux projets architecturaux dans tout le pays, notamment à Karnak.
Son prédécesseur, Amenhotep Ier, avait révolutionné les pratiques funéraires pharaoniques en séparant son temple funéraire de sa tombe – peut-être afin de minimiser le risque de pillage de cette dernière. Thoutmosis Ier suivit cet exemple et a probablement été le premier pharaon à faire creuser sa dernière demeure dans la vallée des rois. Il s’agirait de la tombe KV 20, au plan d’ailleurs atypique, qui s’enfonce jusqu’à 97 mètres sous terre. Quant à son temple funéraire, les archéologues n’étaient toujours pas parvenus à le localiser.

Un temple funéraire longtemps perdu.

Mais où se trouvait donc ce temple funéraire, connu dans les sources écrites sous le nom de Khenemet-ankh (celui qui s’unit à la vie) ? Les archéologues cherchaient depuis longtemps à le savoir.
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Reconstitution du temple de Mentouhotep II proposée par E. Naville en 1910. Les chercheurs pensent aujourd’hui que le complexe était surmonté d’une mastaba, et non d’une pyramide.

Mentouhotep II, souverain de la XIe dynastie au Moyen Empire, avait le premier délaissé le modèle pyramidal et développé un concept novateur de temple funéraire, construit sur plusieurs niveaux et surmonté d’un mastaba. Il avait aussi choisi le site de Deir el-Bahari, un cirque rocheux dans la falaise à l’ouest de Thèbes, pour le faire construire.

Or les souverains de la XVIIIe dynastie, comme Hatchepsout ou Thoutmosis III, y firent également construire le leur, mais les archéologues n’avaient pas trouvé traces du temple de Thoutmosis Ier, pourtant mentionné dans les textes historiques. Ou du moins, c’est ce que l’on croyait.
Mais depuis 1961, les chercheurs polonais travaillent à l’étude et à la restauration du temple funéraire de la reine Hatchepsout à Deir el-Bahari. C’est dans ce cadre que Jadziga Iwaszczuk, archéologue de l’Institut des cultures méditerranéennes et orientales de l’Académie des sciences polonaises, s’est rendue dans une tombe de la nécropole thébaine, utilisée par le ministère des antiquités égyptiennes comme entrepôt pour y stocker des fragments de monuments retrouvés lors de fouilles anciennes. L’objectif était de rechercher si des blocs appartenant au temple funéraire de la reine Hatchepsout ne s’y trouvaient pas.
« Mes recherches ont eu des résultats inattendus » a déclaré Jadziga Iwaszczuk. « Il s’est avéré que tous les fragments entreposés provenaient du temple de Thoutmosis Ier. L’emplacement de ce temple – dans le voisinage du temple de Thoutmosis III – était connu depuis près d’un demi-siècle. Mais jusqu’à présent, les chercheurs se trompaient sur son identification ».
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Vue des temples funéraires de Deir el-Bahari. Au premier plan, celui d’Hatchepsout restauré depuis 1961 par les archéologues polonais. Derrière, celui de Montehotep. En retrait entre les deux, les ruines de celui de Thoutmosis III. Crédits : Daniel Fafard.
En effet, l’archéologue égyptien  Abu el-Ayun Barakat qui y avait réalisé des fouilles dans les années 70 et prélevé tous ces fragments pensait avoir découvert un temple remontant à l’époque d’Hatchepsout et connu sous le nom de Cha-achet. Il se trompait : les vestiges de ce temple ont en fait été retrouvés il y a quelques années par une équipe française dans le Ramasséum, le complexe funéraire de Ramsès II.

Des milliers de fragments du temple de Thoutmosis Ier.

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Inscription portant le nom de Khnemet-ankh. Crédits : J. Iwaszczuk.

Pas étonnant que les archéologues aient donc longtemps cherché les vestiges du temple de Thoutmosis Ier : ils étaient en fait connus depuis longtemps. La principale preuve avancée par Jadziga Iwaszczuk pour soutenir la nouvelle identification du temple est son nom de Khenemet-ankh (celui qui s’unit à la vie) préservé sur plusieurs fragments architecturaux déposés dans l’entrepôt.

Les analyses épigraphiques réalisées par l’archéologue polonaise et son équipe – qui a dessiné près de 5000 fragments et photographié 7500 d’entre eux – ont aussi permis d’en savoir plus sur l’histoire de ce temple. S’il a bien été construit pour honorer la mémoire de Thoutmosis Ier, il a cependant été commissionné par sa fille Hatshepsout. Fait peu courant dans les constructions de cette reine, deux types de pierres y ont été utilisées, du calcaire et du grès, ce dernier, plus résistant, ayant été principalement utilisé pour les éléments soutenant le temple. Les chercheurs ont aussi pu déterminer que le temple avait été rénové durant l’antiquité, et que Thoutmosis Ier y avait été vénéré durant des centaines d’années après sa mort, probablement jusqu’au règne de Ramsès IX (1129 à 1111 avant notre ère), un des derniers pharaons du Nouvel Empire.

« Finalement, l’édifice a connu une triste fin », relate Jadziga Iwaszczuk. « Comme beaucoup d’autres temples thébains, il servit de carrière de pierre, notamment pour la fabrication de récipients. Seuls les fragments non utilisés pour la production étaient laissés de côté, comprenant souvent des reliefs décorés, qui nous aident aujourd’hui à nous faire une idée de l’envergure du temple ».

Parmi les curiosités du décor sculpté, une des plus anciennes scènes de batailles comprenant des chars de guerre serait dépeinte. L’usage du cheval et du char, introduits avec les invasions des Hyksôs au XVIe siècle avant notre ère, se développe en effet largement sous la XVIIIe dynastie. D’autres surprises attendent peut-être les archéologues polonais, qui tentent de recréer les scènes qui ornaient autrefois les murs du temple à partir de l’immense puzzle de pierre dont ils disposent…

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Crédits : J. Iwaszczuk.

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