Découverte du cimetière juif médiéval du Trastevere à Rome

On connaissait par les sources écrites l’existence du « Campus Iudeorum » (littéralement le champ des Juifs), cimetière du Trastevere médiéval mentionné pour la première fois en 1363. Or les archéologues italiens ont annoncé fin mars en avoir retrouvé les vestiges, jetant un peu plus de lumière sur une communauté qui joua un rôle important dans la vie romaine depuis deux millénaires.

Les Juifs de Rome, une communauté ancienne

Dès l’empire romain, et particulièrement après la destruction du Temple de Jérusalem et la diaspora en 70, une communauté juive prospère à Rome. On peut en retrouver les traces dans les quatre catacombes qu’elle a laissé. Déjà durant l’antiquité, les Juifs sont principalement établis dans le quartier du Trastevere, qui accueille aussi d’autres communautés étrangères.

Au Moyen-Âge, une communauté juive est toujours présente à Rome. A la différence de nombreux autres souverains chrétiens, les papes ne chassent pas les Juifs de leurs Etats, mais soumettent la communauté à diverses vexations et restrictions économiques et religieuses. A la Renaissance, les conditions se font plus dures : le pape Paul IV impose en 1555 la création d’un ghetto juif à Rome, isolé par un mur, et réactualise et durcit les lois anti-juives. Le pape Urbain VIII décrète même en octobre 1625 que les Juifs doivent être inhumés dans des tombes anonymes, et ordonne que les pierres tombales existantes soient retirées des cimetières.

Le cimetière du Trastevere

Les fouilles qui ont eu lieu récemment sous le Palazzo Leonori, situé viale delle Mura Portuensi 33, dans le district branché du Trastevere, ont remis en lumière cette page quelque peu oubliée de l’histoire romaine. En atteignant jusqu’à 8 mètres de profondeur, elles ont permis la mise à jour de 38 tombes, ainsi que les restes d’une tannerie antique remontant au règne de Septime Sévère (193-211).

Inscription portant des caractères hébraïques retrouvées sur les fouilles.

La plupart des squelettes retrouvés appartenaient à des hommes, inhumés dans des cercueils de bois, mais les restes de deux femmes ont aussi été retrouvées, portant des bagues dorées. A l’exception de ces bijoux, aucun objet n’a été retrouvé, ce qui correspond aux coutumes funéraires juives.

L’absence de pierres tombales correspond au décret d’Urbain VIII de 1625. Il est probable qu’elles furent toutes retirées suite à cette décision, et le cimetière ne fut d’ailleurs guère utilisé par la suite, puisque les analyses ont montré que tous les corps avaient été enterrés entre le milieu du XIVe et le milieu du XVIIe siècle. Seule un fragment d’inscription en hébreu a été découverte, permettant d’assurer que les découvertes correspondaient bien au Campus Iudeorum.

Par ailleurs, d’autres indices rappellent les dures conditions de vie de la communauté à cette époque : les restes humains retrouvés ont montré des signes d’hygiène déficiente et des carences en protéine. Le ghetto romain se caractérisait en effet jusqu’à sa fermeture en 1870 (après la réunification de Rome à l’Italie) par sa surpopulation et son insalubrité. Situé de plus près du Tibre, il était fréquemment la proie des inondations et des épidémies.

La découverte du cimetière juif du Trastevere apporte une nouvelle pierre à la connaissance de la communauté juive de Rome, au moment où une exposition collaborative entre les musées du Vatican et le musée juif de la ville va s’ouvrir en juin sur le thème « Menorah : vénération, histoire, légende ». Quant aux ossements retrouvés par les archéologues, ils seront réinhumés selon les rites judaïques sur la demande de la communauté juive de Rome.

 

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