Découverte d’une forteresse submergée de l’âge du fer dans le lac de Van

La zone du lac de Van, considéré comme une « haute mer » par les anciens, a une très longue histoire. L’homme y est implanté depuis 600000 ans, et nombres de civilisations se sont succédées sur ses rives au cours de l’histoire. Mais les vestiges submergés récemment découverts appartiennent à une civilisation de l’âge du fer dont l’histoire reste largement méconnue.

L’obscure histoire du royaume d’Urartu.

Van Kalesi Urartu
Le château de Van, ancienne capitale des Urartus.

Ce peuple appartenant probablement à la famille Hourrite domine la région où s’étaient épanouis durant l’âge du bronze l’empire hittite et celui du Mitanni. Son cœur se trouvait autour du lac de Van, le plus grand lac anatolien, où le roi Sarduri Ier (qui règne une dizaine d’années autour de -830) avait établi sa capitale, Tushpa. Les spectaculaires ruines de cette citadelle témoignent de l’architecture ourartou avec leurs murs en pierre de type cyclopéen.

Le royaume Urartu connaît son apogée au VIIIe siècle avant notre ère, où l’affrontement avec son grand rival régional, l’Assyrie, connaît son paroxysme – les Assyriens finissant par prendre l’avantage. Mais on connaît très mal l’histoire des Urartus pour les siècles suivants, et encore moins ce qui concerne sa disparition, entre le milieu et la fin du VIe siècle.

Les ruines d’une forteresse submergée.

Menées par l’université de Van, les explorations sous-marines dans le lac ont permis la découverte des vestiges submergés vieux de 3000 ans dans le fond du lac. Spectaculaires, les ruines se sont révélées très importantes et s’étendent sur près d’un kilomètre.

Quelques images des découvertes en vidéo ici.

On ignore pourquoi la forteresse s’est retrouvée au fond de l’eau. Le niveau du lac a varié au cours du temps, ce qui a pu entraîné leur submersion, à moins qu’elle n’ait eu lieu lors d’un séisme, comme ce fut le cas pour l’église retrouvée au fond du lac d’Iznik en 2012. Bien que les vestiges soient restés sous les eaux durant des siècles, ils paraissent assez bien conservés et la hauteur des sections visibles des remparts est comprise entre trois et quatre mètres.

En revanche, comme les autres civilisations du Proche et du Moyen-Orient, les Urartus faisaient pour la plupart de leurs bâtiments usage de brique séchées et de bois, dont les traces après une aussi longue période sous les eaux seront peut-être plus dures à repérer.

D’autres fouilles en cours sur une nécropole.

Ces vestiges submergés ne constituent d’ailleurs pas le seul point d’intérêt des chercheurs à l’heure actuelle. Des fouilles ont aussi été menées cette année à Haykaberd,  située à une quinzaine de kilomètres en retrait des rives du lac de Van. On y trouve en effet une autre forteresse urartu édifiée par le roi Sarduri II vers -750, où des pillages commis durant ces dernières années sur la nécropole du site ont rendu nécessaire une campagne archéologique lancée par le ministère de la culture et du tourisme pour documenter l’endroit et sauver ce qui pouvait l’être.

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Vue de la sépulture des deux époux.

En usage durant deux siècles à partir de -750, la nécropole a notamment livré les squelettes d’un homme et d’une femme, probablement des époux, ainsi qu’une ceinture et plusieurs bijoux en bronze, et un sceau. Près des corps se trouvaient aussi les ossements d’un cheval, une première pour une tombe urartienne. Des échantillons de l’animal seront analysés pour en déterminer l’âge et l’espèce. Les archéologues ont aussi retrouvé tout près des pièces de fer et des clous en métal, qui auraient fait partie d’un attelage enterré en même temps que l’animal.

Le reste de la nécropole présentait par ailleurs deux types de sépultures : celles en urnes, contenant les cendres des défunts incinérés, qui ont été retrouvé dans la partie sud de la zone fouillée, et d’autres où les défunts étaient inhumés en position fœtale.

Peut-être les ruines gisant au fond du lac de Van permettront elles aussi d’en savoir un peu plus sur ce royaume encore très mal connu, et dont notre connaissance est entièrement dépendant des découvertes archéologiques faites et à faire…

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