Les Indiens Pueblos élevaient-ils des perroquets pour leurs plumes ?

Pour les peuples du sud-ouest américain à l’époque préhispanique, les plumes des aras macaos, ces perroquets aux couleurs vives des forêts tropicales américaines, revêtaient une importance particulière. Elles étaient même si précieuses qu’il semble que ces oiseaux aient été tenus en captivité, et délibérément déplumés vivants. C’est en tout cas l’hypothèse présentée par des chercheurs lors de la réunion de la société d’archéologie de Vancouver.

La culture Pueblo et les aras macaos.

Cette hypothèse s’appuie sur les constatations réalisées par les archéologues étudiant la culture des indiens Pueblos et les cultures proches, dont la longue histoire commence au début de notre ère et se poursuit encore aujourd’hui.

Entre le XIIe et le XIVe siècle, cette culture connaît son apogée, marquée par le développement de vastes villages. S’ensuit une période de bouleversement, qui voit d’importants mouvements de population et l’abandon de nombreux centres, avant l’arrivée des Espagnols.

peuples-amérindiens-sud-ouestDans les vestiges de nombreux villages de cette culture, qui s’étend sur un vaste espace géographique allant de l’Utah aux États-Unis jusqu’au Chihuahua au Mexique, de nombreux ossements et plumes d’aras sont présents depuis les années 300 et jusqu’à 1450 de notre ère. La découverte d’une momie d’ara retrouvée par hasard au Mexique montre également à quel point cet oiseau occupait une place particulière dans la société pueblo. Car s’en procurer ne devait pas être chose aisée : ils sont originaires des régions tropicales de Mésoamérique et l’habitat naturel du précieux macao pourpre, par exemple, se trouve à 500 km de distance des principaux centres pueblos.

Or dans trois villages du Nouveau-Mexique, les ossements des aras macaos retrouvés portaient des traces de déplumage. Plus intrigant encore, il semblerait que leurs possesseurs faisaient de longue distance pour assurer leur survie.

Un déplumage en règle.

Mais plus surprenant, les archéologues ont retrouvé dans trois villages du Nouveau-Mexique des indices suggérant l’élevage et le déplumage de ces oiseaux. Mieux encore, il semblerait que leurs possesseurs faisaient de longue distance pour assurer leur survie.

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Un macao pourpre au Bélize.

En effet, les os des ailes de 17 macaos pourpres et de macao militaris, provenant de trois villages, présentaient des petites bosses à la surface. Or les plumes servant au macao à voler sont attachées à l’os ; les arracher peut causer des saignements et des infections. De multiples infections, combinée à une certaine malnutrition (les animaux étant trop éloignés de leur habitat naturel pour obtenir tous les aliments nécessaires à leur bien-être) ont pu entraîner de telles bosses.

Les auteurs de l’étude considèrent aussi improbable que les macaos aient été à l’origine d’un déplumage aussi systématique, même s’il peut arriver qu’ils s’arrachent parfois des plumes.

Des élevages d’aras dans les villages pueblos ?

Une autre découverte a aussi intrigué les archéologues, et leur a laissé entrevoir un autre aspect de la relation entre les Pueblos et les perroquets. En effet, les restes d’un des oiseaux retrouvé montrent que ses deux ailes étaient cassées, tandis que son bec portait des traces d’attaques d’autres volatiles. De plus, ses os présentaient aussi des traces de maladie et de malnutrition.

Il est possible que les macaos, stressés par leur captivité et leur déplumage, aient pu développer des comportements auto-destructifs ou agressifs, les rendant difficiles à élever ou à soigner. Cependant, l’oiseau aux ailes brisées n’aurait pas pu survivre sans avoir été protégé, soigné et nourri à la main. Les Pueblos ont dû certainement apprendre à calmer et soigner les perroquets, pour garantir leur survie, la possibilité d’en tirer plus de plumes, et aussi car leur origine lointaine les rendait particulièrement précieux.

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Vue du Pueblo Bonito, qui s’épanouit entre le IXe et le XIIe siècle dans le Canyon Chaco.

La zone du Chaco Canyon, au Nouveau-Mexique, comprend un ensemble de villages où de nombreuses traces d’aras macaos ont été retrouvés. Or dans l’un de ces villages, le Pueblo Bonito, les archéologues ont retrouvé une couche de guano de 25 cm, qui marquerait la présence d’un aviaire. Une analyse au carbone 14 a démontré que ces oiseaux vivaient à la fin des années 1000 au début des années 1100, alors même que le village s’acheminait vers sa chute.

Des recherches antérieures avaient démontré que les perroquets étaient importés en grand nombre lorsque le village était florissant. Mais ils semble que l’approvisionnement des Pueblos en aras se soit poursuivit aussi pendant son déclin, ce qui montre l’importance des macaos pour la communauté de l’époque, car il est clair que les possesseurs des oiseaux devaient parcourir de longues distances pour leur apporter l’eau et la nourriture dont ils avaient besoin.

Pour ces peuples, les macaos avaient en effet un rôle mystique d’ambassadeurs vers le royaume des morts et de porteurs de pluie. Ce qui explique que leurs plumes, bien plus que de simples ornements, étaient aussi des symboles du statut social d’un individu et des emblèmes spirituels, justifiant les plus grands efforts.

 

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