L’homme est-il responsable de la désertification du Sahara ?

Difficile d’imaginer qu’il y a encore 5000 ans, le Sahara n’avait rien du désert que nous connaissons aujourd’hui mais disposait au contraire d’une faune et d’une flore variées. Pourtant, des milliers de gravures et de peintures éparpillées en témoignent, comme celles de la vallée de l’Ennedi au Tchad, récemment victimes de vandalisme. Plusieurs théories ont été émises sur les raisons de sa désertification progressive mais une nouvelle étude publiée par le Dr David Wright, de l’université de Séoul, propose une nouvelle théorie : les responsables seraient les hommes eux-mêmes.

Un Sahara bien différent du désert d’aujourd’hui

Peintures de l’Ennedi, au Tchad.

Sur une période allant de 5000 à 10000 ans, l’Afrique connaît un régime particulièrement pluvieux. Le Sahara, touché par les moussons, présentait alors un paysage bien lointain de celui que nous pouvons avoir à l’esprit aujourd’hui. Y poussaient alors la même végétation que l’on peut encore y trouver, mais aussi celle des milieux semi-arides du Sahel, et même certains types de plantes qui vivent aujourd’hui dans les forêts tropicales du Congo.

Cette végétation permettaient à de grands animaux de subsister : crocodiles, éléphants et girafes, entre autres, y vivaient. De plus, le Sahara comptait aussi de nombreux lacs, dans lesquels vivaient de nombreux poissons et notamment des perches du Nil pouvant peser jusqu’à 150 kg. Ces conditions permettaient aussi aux communautés humaines de survivre plus facilement : rien d’étonnant dès lors qu’elles s’y soient sédentarisées très tôt, et qu’elles n’aient pas eu besoin de recourir à l’agriculture.

Comment expliquer la désertification du Sahara ?

Vue du désert près de Tamanrasset, en Algérie. Crédits : Florence Devouard.

Or, il y a approximativement 8200 ans – même si la chronologie et la géographie du phénomène sont encore sujettes à débat – les conditions climatiques du Sahara sont devenues de plus en plus arides, aboutissant en l’espace de 3500 ans aux paysage désertiques que nous connaissons aujourd’hui.

Jusqu’à présent, la plupart des recherches menées sur le sujet considéraient que la désertification du Sahara avait pour cause principale un changement de l’orbite de la terre, ou des modifications naturelles de la végétation. Mais en s’appuyant sur la documentation archéologique à disposition, le Dr Wright va à l’encontre de ces idées et offre une hypothèse alternative : ce serait l’homme qui aurait provoqué la transformation progressivement de son l’environnement.

Rappelant que des théories longuement établies considèrent que les hommes du néolithique ont modifié si profondément le paysage asiatique que les moussons ont cessé de pénétrer aussi profondément qu’auparavant à l’intérieur des terres, et se fondant sur les changements climatiques provoqués par l’activité humaine et documentés par l’archéologie en Europe, en Amérique du nord ou en Nouvelle-Zélande, David Wright considère que le même type de phénomène a pu provoquer la désertification du Sahara.

Le rôle du pastoralisme

Hommes et bétail, peinture rupestre du Tassili, dans le sud-est algérien.

En documentant toutes les preuves du développement du pastoralisme dans la région saharienne, et en les comparant aux traces de l’apparition et de l’extension des broussailles, qui prennent le pas sur la végétation antérieure, bien plus luxuriante, David Wright a constaté une corrélation. Il y a 8000 ans environ, dans les régions du Nil, ont commencé à se développer des sociétés pastorales, qui se sont progressivement développées et étendues vers l’ouest. Dans tous les cas, ce changement s’est accompagné par une modification de la végétation, les broussailles prenant le pas sur les autres espèces.

Pourquoi ? Car en passant à des sociétés pastorales, les humains ont nécessairement constitué et accru un cheptel. Celui-ci a consommé la végétation locale, entraînant sa diminution et augmentant de ce fait l’albedo – c’est à dire la part de la lumière du soleil qui se réfléchit sur la surface de la terre. Cela aurait eu des conséquences sur les conditions atmosphériques, affaiblissant peu à peu la mousson, instaurant dès lors un cercle vicieux : la baisse des précipitations entraînant la disparition de la végétation, qui augmente l’albedo. Peu à peu, des régions entières du Sahara se seraient désertifiées.

Une hypothèse encore à confirmer

Considérant son postulat solide, le Dr Wright considère que son modèle pourrait être facilement démontré par l’étude du lit des nombreux lacs que comptait autrefois le Sahara, et qui ont enregistré les traces archéologiques des changement de végétation survenu ainsi que des activités humaines contemporaines – et permettre ainsi de valider si, oui ou non, il y a bien corrélation et si l’homme est finalement la cause (ou l’une des causes) de la désertification du Sahara.

Car encore aujourd’hui, les scientifiques ont du mal à évaluer les effets de la végétation sur les systèmes climatiques. L’archéologie pourrait bien livrer dans ce domaine des informations précieuses sur le type de phénomène qui a eu lieu au Sahara, et ainsi aider à mieux les comprendre et les modéliser.

Un enjeu capital aujourd’hui, alors que le phénomène El Niño et le réchauffement global menacent avec une acuité grandissante les 15% de la population mondiale vivant dans des régions désertiques ou semi-désertiques.

 

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