Le plus vieil aqueduc romain découvert sur le tracé de la ligne C

Ce sera probablement l’une des lignes de métro qui aura coûté le plus cher au monde avant même d’être achevée. La ligne C du métro de Rome, dont les travaux ont débuté en 2006, n’en finit pas de prendre du retard tandis que la facture s’alourdit. Car sans parler des soupçons de corruption qui ont entaché les travaux, creuser dans une ville comme Rome sans devoir composer avec les multiples trésors dormant dans son sous-sol n’est pas une tâche facile… Mais si elle ne réjouit pas forcément les contribuables italiens, la ligne C fait en revanche les beaux jours de l’archéologie.

Un aqueduc vieux de 2300 ans

Effectuée fin 2016, mais rendue publique la semaine dernière seulement, c’est une découverte de taille – 32 mètres de long – qualifiée même de « découverte sensationnelle d’une importance énorme » par la Superintendance de l’archéologie de la Ville Eternelle, à mettre sur le compte de la ligne C : une partie du plus vieil aqueduc romain.
Long de deux mètres, il est fait de blocs égaux positionnés en cinq rangées et a été découvert par 17-18 mètres de profondeur, sous la piazza Celimontana, non loin au sud-est du Colisée. Ils ont ainsi pu constater qu’après avoir été utilisé comme aqueduc, la structure a ensuite été recouverte de terre et utilisée comme un égout au Ier siècle avant notre ère. De plus, après étude plus approfondie, les remblais ont aussi révélé contenir des restes de nourritures, permettant d’avoir une idée des animaux que les Romains de l’époque consommaient – ou qu’ils gardaient comme animaux domestiques. Il semble que leurs goûts étaient variés, allant de gros poissons de mer au faisan en passant par les cygnes et les sangliers sauvages.
Atteindre une telle profondeur n’est pas chose facile, et il est rare que les archéologues y aient accès alors que de nombreux vestiges se situent souvent à plusieurs mètres de profondeurs, comme dans le cas du cimetière juif retrouvé au Trastevere. Les travaux du métro sont pour eux une aubaine de remonter le temps jusqu’aux niveaux les plus anciens de la ville.

L’Aqua Appia, le début d’une longue histoire d’eau

La structure ferait en effet partie de l’Aqua Appia, le plus vieil aqueduc romain, dont la construction remonte à -312. Il s’agirait probablement d’une dérivation secondaire, puisque cet aqueduc, souterrain sur presque tout son tracé, fonctionnait encore au IIe siècle de notre ère.
A l’origine, les Romains consommaient l’eau du Tibre et de sources ; mais l’impureté de cette eau les poussa a aller chercher un approvisionnement de meilleure qualité dans les collines autour de Rome. C’est la raison de la construction de l’Aqua Appia, le premier et plus anciens des onze aqueducs qui seront édifiés par la suite, qui s’inspire probablement de techniques étrusques et grecques, mais constitue pour l’époque une prouesse technique.
Le tracé de l’Aqua Appia dans Rome.

D’une longueur de 16 km, son dénivelé total n’est que d’une dizaine de mètres, ce qui explique qu’il soit souterrain sur sa plus grande longueur et qu’il atteigne jusqu’à 30 mètres de profondeur dans la ville même de Rome – en ayant l’avantage de ne pas pouvoir être facilement coupé par de potentiels ennemis en cas de siège.

Une quarantaine d’années plus tard, un second aqueduc – lui aussi souterrain – sera construit pour assouvir les besoins grandissants des Romains. Au cours des siècles, les Romains affineront encore leur maîtrise des technologies hydrauliques, dont de nombreux témoignages sont encore visibles de nos jours dans de nombreux pays.
Quant à cette récente découverte, qui apporte une nouvelle pierre à cette longue histoire d’eau, la portion dégagée de l’aqueduc sera partiellement démantelée, puis reconstruite afin d’être visible du public – peut-être dans le futur « musée du métro », qui devrait être réalisé pour montrer quelques unes des (nombreuses) trouvailles de la ligne C.

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