Pompéi : une épitaphe rappelle une sanglante querelle de clocher vieille de 2000 ans

Tout le monde connaît Pompéi, sise au pied du Vésuve, et sa destruction tragique en 79. Ce site archéologique, sans doute l’un des plus incroyables au monde, permet une plongée dans la vie quotidienne et intime des Romains de l’époque. Une vie tranquille et sans histoire ? Certes pas ! C’est ce que nous rappelle la découverte de l’épitaphe exceptionnellement longue de l’un des personnages les plus en vue de la cité.

Un tombeau monumental près de la porte de Stabie.

On ne compte plus les découvertes extraordinaires réalisées à Pompéi. Même la restauration ou l’entretien de bâtiments administratifs modernes peut mener à des découvertes inattendues : c’est ainsi que dans le cadre du « Grand Projet Pompéi », les archéologues sont tombés sur les vestiges d’un tombeau situé près d’une des anciennes portes de la ville. L’édifice, qui devait être particulièrement luxueux, a été présent à la presse fin juillet 2017. Plusieurs fresques et sculptures représentant des combats de gladiateur ou des processions et conservées actuellement au musée de Naples pourraient y être liées : les chercheurs en ignorent la provenance exacte – Pompéi est en effet explorée, plus ou moins artisanalement, depuis… 1709.

Pièce majeure du tombeau : une épitaphe de 4 mètres de long, gravée sur 7 registres narratifs. C’est l’une des plus longues jamais retrouvée dans tout le monde romain, et elle nous éclaire non seulement sur une éminente personnalité de l’époque, mais aussi sur les dernières années de la vie pompéienne.

A qui appartenait ce luxueux tombeau ?

Paradoxalement, cette longue inscription ne mentionne pas le nom du défunt. En revanche, elle détaille les événements les plus importants de sa vie : adoption de la toge virile, mariage, autant d’événements dont les festivités munificentes sont décrites dans l’inscription : banquets publics, largesses, jeux de gladiateurs et de bêtes féroces. Apogée de sa carrière politique : il devient diumvir, une des principales magistratures municipales.

Nuova tomba pompei
Bas-relief représentant des combats de gladiateurs. Il se trouve dans les collections du musée de Naples, mais provient probablement du tombeau découvert.

En se fondant sur ces informations et sur les personnages contemporains connus par d’autres sources, les chercheurs pensent que la tombe a été construite pour un des plus éminents personnages de la Pompéi du Ier siècle : Gneus Alleo Nigidius Maio. Cet homme, décédé un an avant l’éruption du Vésuve, était particulièrement connu pour avoir organisé de nombreux et importants combats de gladiateurs au cours de sa vie. Ces spectacles étaient destinés à divertir les 20000 spectateurs que pouvait contenir l’amphithéâtre de la ville, rendant leur organisateur populaire et facilitant sa carrière politique.

Une sanglante dispute entre deux cités.

Mais l’épitaphe fait aussi référence à un événement tragique qui s’est produit à Pompéi en 59 et qui frappa si bien les esprits de l’époque que le célèbre historien romain Tacite (58-120) le décrit ainsi dans ses écrits :

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Fresque de la Casa della Rissa nell’Anfiteatro représentant la rixe entre les habitants de Pompéi et de Nucérie autour de l’amphithéâtre.

« Vers la même époque, une légère dispute entraîna un horrible massacre entre les habitants de deux colonies romaines, Nucérie et Pompéi, lors d’un spectacle de gladiateurs donné par Livineius Régulus qui, je l’ai dit, avait été chassé du Sénat. Des invectives mutuelles – de ces railleries qu’on se lance entre petites villes – ils passèrent aux injures, puis aux pierres, et enfin aux armes. La plèbe pompéienne, chez qui se donnait le spectacle, l’emporta. Aussi, de nombreux Nucériens furent ramenés chez eux le corps mutilé par les blessures ; un grand nombre pleurait la mort de fils ou de pères ».

L’affaire ne resta pas sans conséquence. Néron renvoya son jugement au sénat, qui interdit à Pompéi les représentations de ce genre pour dix ans, et ordonna la dissolution de toutes les associations illégales qui existaient dans la ville. Plusieurs magistrats et personnages importants impliqués dans l’émeute furent exilés.

 

 

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