Sanctuaire de Mithra mis à jour dans la forteresse romaine de Zerzevar, en Turquie

Le sud-ouest de la Turquie est très riche en sites archéologiques. Certains sont menacés par l’expansion des activités humaines, tandis que d’autres réservent de belles surprises aux archéologues. C’est ainsi que sur le site de Zerzevan, situé dans la province de Diyarbakır, ont été mis à jour les vestiges d’un mithraeum.

Zerzevan, une forteresse romaine.

Lors de son apogée, l’empire romain ne se reconnaît qu’un seul rival : l’empire des Parthes arsacides, puis sassanides à partir de 224, qui menace sa frontière orientale. Nombreuses ont été les tentatives de le soumettre, de Crassus à Héraclius en passant par Trajan, Septime Sévère ou Julien. Pourtant, toutes les tentatives échouent ou se révèlent peu durables. Or à la fin de l’antiquité, les Parthes représentent un danger grandissant, car les Romains ne sont plus en mesure d’assurer la sécurité de leurs autres frontières.

Afin de contrer cette menace, les Romains (puis les Byzantins) édifient et renforcent de nombreuses forteresses comme Zerzevan, ou comme la cité de Dara, pour servir de base militaire aux armées stationnées dans la zone. Ces précautions ne se révèlent pas inutiles : la fin de l’antiquité voit les conflits armés entre les deux superpuissances se multiplier, notamment sous les règnes d’Anastase (491-518), de Justinien (527-565) et d’Héraclius (610-641).

Les fouilles menées à Zerzevan depuis 2014 par des archéologues de l’université de Dicle ont permis de mieux connaître la forteresse. Couvrant une superficie de 60000 m², le site est riche en vestiges : des murs de 200 mètres de long haut de 12 à 15 mètres, une tour de garde atteignant 21 mètres, une église et un sanctuaire souterrains, des bâtiments administratifs et résidentiel, des greniers et des dépôts d’armes, des tombes rupetres, un tunnel d’abduction d’eau et 54 citernes, un abri souterrain pouvant accueillir 400 personnes ainsi qu’un réseau de tunnels.

La découverte d’un sanctuaire de Mithra.

La découverte la plus récente est celle des restes d’un sanctuaire de Mithra, vieux de 1700 ans. L’édifice est une structure souterraine mesurant 35 mètres de large (sa longueur n’est pas encore déterminée), et d’une hauteur sous plafond de 2,5 mètres. Ces dimensions sont assez importantes en comparaison d’autres Mithraeum, comme celui récemment découvert en Corse, qui mesurait seulement 11 mètres sur 5.

Mithra, stèle de décidace du IIIe siècle, Bulgarie
Mithra sacrifiant le taureau, stèle de dédicace du IIIe siècle (Bulgarie)

Car le culte de Mithra, d’origine indo-iranienne, se répand dans tout l’empire romain à la fin du Ier siècle. Cette religion monothéiste à mystères, exclusivement réservée aux hommes, est assez mal connue et c’est surtout l’archéologie qui nous permet de mieux la connaître. Elle connut cependant un grand succès, comme en attestent la centaine de sanctuaires retrouvés dans tout l’empire. Elle semble avoir été particulièrement populaire parmi les soldats. S’il n’est donc pas surprenant de retrouver un mithraeum dans une forteresse importante, le sanctuaire découvert à Zerzevar serait cependant le seul connu sur la frontière orientale de l’empire romain.

Dès le IVe siècle, les empereurs commencent à combattre le mithraïsme – dont le succès concurrençait peut-être celui d’une autre religion en plein essor, le christianisme. En 392, l’empereur Théodose proscrit le culte de Mithra. A Zerzevar comme ailleurs, le christianisme s’impose bientôt comme la religion officielle.

 

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