Pi-Ramsès, capitale oubliée du pharaon Ramsès II

Pi-Ramsès est la nouvelle capitale construite par Ramsès II (-1269 à -1213), l’un des plus grands pharaons du Nouvel Empire. Bien qu’elle ait été l’une des plus grandes villes du monde à son époque, son site n’a été identifié que tardivement, et son potentiel archéologique demeure considérable.

A l’heure actuelle, des fouilles y sont d’ailleurs en cours pour dégager un immense complexe monumental.

Pi-Ramsès, une nouvelle capitale dans le delta.

carte delta Nil Pi-RamsèsPourquoi fonder une nouvelle capitale à l’est du delta du Nil ? La décision de Ramsès II était certainement motivée par plusieurs raisons. Tout d’abord, le pharaon était originaire de la région. Il est très probable également qu’il ait voulu s’éloigner de Thèbes et du trop puissant clergé d’Amon. Enfin, le principal danger extérieur pour l’Egypte du Nouvel Empire est l’empire hittite, qui convoite le Proche-Orient. Situer le centre du pouvoir dans le delta permet une plus grande réactivité face à tout conflit potentiel.

L’intérêt stratégique de la zone n’était d’ailleurs pas nouveau. Les envahisseurs Hyksos y avaient établi leur capitale, Avaris (dont le site sera plus tard englobé par Pi-Ramsès), avant que celle-ci ne soit détruite par les Égyptiens vers -1550. Par la suite, les souverains de dynasties plus tardives gouverneront depuis Tanis, située à une quinzaine de kilomètres seulement.

Décrite par les sources antiques comme la « ville turquoise », car cette couleur était utilisée pour orner les encadrements des portes et des fenêtres des maisons blanchies à la chaux, Ramsès II y fait aussi construire un grand palais, des casernes et trois temples dédiés aux principales divinités du panthéon égyptien, Rê, Amon et Ptah. Selon les dernières estimations, la ville se serait étendue sur près de 18 km², soit 6 km de long sur 3 de large, et aurait pu compter jusqu’à 300000 habitants.

 

Errances archéologiques autour de trois cités oubliées.

Au début des temps modernes, si elles sont connues par les sources, plus personne ne sait où se trouvent l’emplacement précis de ces trois capitales successives : Avaris, Pi-Ramsès et Tanis.

En 1884, l’archéologue américain Flinders Petrie, l’un des pères de l’égyptologie moderne, arrive en Egypte pour y commencer ses fouilles. Il s’intéresse au site de San El-Hagar, dans le delta. Le grand nombre de pierres taillées et d’inscriptions de l’époque ramésside l’amènent à identifier le site comme celui de Pi-Ramsès, auquel aurait succédé Tanis, la capitale des pharaons des XXIe et XXIIe dynasties. Entre 1929 et 1939, Pierre Montet y met à jour des tombes très riches, et considère avoir trouvé le site d’Avaris, l’ancienne capitale Hyksos. Avaris, Pi-Ramsès et Tanis ne feraient donc qu’une ?

Archéologue Manfred Bietak
L’archéologue autrichien Manfred Bietak.

La question ne fait pas l’unanimité parmi les chercheurs. Le chercheur égyptien Labib Habachi, qui travaille en 1941-42 sur le site de Tell el-Dab’a, considère ainsi avoir découvert le site d’Avaris. Dans les années 60, c’est au tour de l’archéologue autrichien Manfred Bietak de remettre en cause l’interprétation traditionnelle.

Son approche se fonde sur les textes antiques, qui situent Pi-Ramsès sur la branche fluviale la plus à l’est du Nil. A l’époque des Raméssides, il s’agit de la branche pélusiaque : à cette époque, la branche thinite, sur laquelle se situe Tanis, n’existe pas encore. En s’intéressant aux sites de l’ancienne branche pélusiaque, situés à environ 20 km au sud de Tanis, il constate que deux sites pourraient correspondre : celui de Tell el-Dab’a (fouillé par Labib Habachi, puis par Manfred Bietak lui-même) et celui de Qantik. Or sur ce dernier avaient justement été découverts à partir de 1928 les vestiges d’un gigantesque palais et des inscriptions au nom de Ramsès II.

Les fouilles menées depuis lors ont permis de définitivement mettre les choses au clair et de rendre à Ramsès II ce qui lui appartient. Avaris, le site de l’ancienne capitale Hyksos (et le plus ancien), se trouvait bien à Tell el-Dab’a. Longtemps après sa destruction, Séthi Ier (le père de Ramsès II), y fait construire un palais et un temple dédié à Seth. Lorsque son fils décide de transférer sa capitale vers le nord, il choisit la même zone. Mais la ville qu’il fait édifier couvre une surface bien plus importante, qui absorbe l’ancien site d’Avaris. Ainsi, la cité de Ramsès II s’étendait de Qantik jusqu’à Tell el-Dab’a, situé à 2 km plus au sud.

Et Tanis ? Environ 150 ans après la mort de Ramsès II, le site de Pi-Ramsès ne présente plus les mêmes avantages qu’autrefois. Les souverains de la XXIe dynastie, qui règnent sur la Basse-Egypte, installent leur capitale à Tanis. Ils font alors transporter des monuments entiers de Pi-Ramsès et réutilisent de nombreux matériaux pour la faire construire. Cela explique à la fois le caractère beaucoup plus monumental des vestiges aujourd’hui visibles à Tanis, ainsi que la confusion et les erreurs des premiers archéologues à avoir travaillé sur le site.

Abandon et plongée dans l’oubli

statue Ramsès II Louvre Pi-Ramsès Tanis
Statue de Ramsès II. Aujourd’hui au Louvre, elle a été retrouvée à Tanis et provenait de Pi-Ramsès.

On pensait depuis longtemps que la cité avait progressivement perdu son importance après la fin des Raméssides (le dernier d’entre eux, Ramsès XI, meurt en -1069). Mais on sait aujourd’hui que la cause la plus importante du déclin et de l’abandon de Pi-Ramsès a été l’assèchement progressif de la branche pélusiaque du Nil. Il débute vers -1060 au profit de la branche thinite. Pi-Ramsès  finit par se retrouver sans eau, la privant ainsi de ses capacités de transport et de ravitaillement par voie fluviale, et rendant son site peu intéressant.

C’est la raison pour laquelle les pharaons de la XXIe dynastie (au XIe et Xe siècles avant notre ère) lui préfèrent Tanis, à une quinzaine de kilomètres plus au nord sur la nouvelle branche thinite du Nil. Les monuments de Pi-Ramsès y sont alors transportés. Un chantier littéralement pharaonique : les statues, obélisques, stèles et sphinx de l’époque ramésside sont déplacés en une seule pièce, tandis que les édifices principaux, comme les temples, sont désassemblés pour leur transport, puis ré-assemblés sur leur nouveau site. Les matériaux des monuments moins importants sont réemployés pour édifier les nouveaux édifices de la nouvelle capitale, tandis que ce qui reste de Pi-Ramsès tombe dans l’oubli.

 

 

Le site de Pi-Ramsès aujourd’hui

Qantir Pi-Ramsès delta Nil
Vue d’une partie de la zone. La mise en culture a considérablement modifié le site depuis les années 60.

Les estimations les plus récentes considèrent que Pi-Ramsès devait s’étendre sur une surface d’au moins 18 km². Les vestiges de l’ancienne ville sont donc répartis sur une très grande surface, et l’on trouve dans de nombreux champs des restes de colonnes, statues et autres pierres.

Mais depuis la construction du barrage d’Assouan et la mise en culture du delta, le site a beaucoup changé. Ses vestiges sont aussi menacés par l’urbanisation grandissante du pays et l’extension des villes voisines, et notamment de Qantir.

Dans l’ensemble, Pi-Ramsès reste un site assez peu exploré par l’archéologie. Le déplacement et le réemploi de la plupart de ses matériaux explique aussi l’absence de vestiges très spectaculaires ; le site de Tanis en revanche regorge de monuments réalisés à l’origine pour Pi-Ramsès.

Mais une série de fouilles et des sondages par résonance magnétique ont permis de dresser le plan général de la ville et de se faire une idée de son aspect et de son organisation. Un immense temple central occupait ainsi son centre. A l’ouest de la rivière se trouvait une large zone résidentielle, structurée selon un plan rigide de rues en grille. A l’est, on trouvait un agencement désordonné de maisons et d’ateliers.

Les fouilles, menées par une mission autrichienne longtemps dirigée par Manfred Bietak, ont mis en évidence la présence de nombreux canaux et lacs. Déjà cernée sur trois côtés par des bras secondaires du Nil, la ville devait ressembler à une sorte de Venise égyptienne. Par ailleurs, les archéologues ont dégagé les vestiges d’un temple d’Amon, qui se trouvait un peu en dehors de l’enceinte, au nord, près des casernes des chars.

Au sud, le quartier d’Avaris, où se trouvait le site de la capitale des Hyksos, avait déjà été fouillé par Labib Habachi.

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