Chine: découverte d’une immense ville néolithique et de sa pyramide

C’est une découverte qui pourrait remettre en cause notre compréhension des origines et du développement de la civilisation chinoise. En explorant des vestiges qui passaient jusqu’à présent pour une portion non explorée de la Grande Muraille, une équipe de l’université de Zhengzhou a découvert les vestiges d’une vaste cité néolithique. Son nom ancien s’est perdu, mais le site archéologique s’appelle aujourd’hui Shimao et se trouve dans le Shaanxi, une province du centre de la Chine, par ailleurs riche en histoire. Florissante il y a environ 4300 ans, la ville se concentrait autour d’une immense pyramide à degrés.

Une gigantesque pyramide aménagée dans une colline.

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Différentes vues des vestiges de la « pyramide » de Shimao.

Il ne s’agit pas d’une pyramide au sens traditionnel du terme, car elle a été façonnée à partir d’une colline, et ses côtés ne sont ni droits ni égaux. Sa superficie totale couvre 24 hectares. Ses onze degrés, façonnés en pisé et renforcés par des murs de pierre, culminent à 70 mètres. A titre de comparaison, la grande pyramide de Guizeh, réalisée à une époque comparable, ne couvre que 5,5 hectares mais est à peu près deux fois plus haute.

La pyramide de Shimao a aussi fait l’objet d’un grand soin quant à sa décoration : les pierres de ses degrés sont gravés de visages en partie humain et en partie animal, ainsi que de symboles ressemblant à des yeux.

A son sommet s’étend une vaste esplanade, où les archéologues ont exhumé les vestiges de vastes palais, eux aussi construits en pisé, avec des piliers de bois et des toits en tuile. Un immense réservoir d’eau a aussi été découvert.

Une pyramide réservée à une élite, dominant une ville fortifiée.

Visible de toute la ville en contrebas, la pyramide offrait ainsi un « rappel constant et écrasant à la population de Shimao du pouvoir de ses élites dirigeantes qui résidaient au sommet ».

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Impressionnants restes des fortifications de Shimao.

Son entrée était défendue par des remparts, qui la protégeaient mais devaient aussi avoir pour fonction d’en restreindre l’entrée, réservée à une petite élite. Cependant, ces remparts semblent ne pas avoir eu pour fonction de seulement abriter la classe dirigeante de la cité, mais aussi une activité artisanale et industrielle, probablement jugée comme essentielle.

Autour de la pyramide s’étendait une vaste ville, elle-même protégée par un rempart et des portes. Elle couvrait environ 400 hectares, ce qui en fait une des plus vastes villes du monde à cette époque. Le site archéologique de Caral, au Pérou, qui  présente les vestiges de l’une des plus anciennes cités des Amériques, en couvrait par exemple seulement 140.

Des traces de sacrifice humain.

Shimao semble aussi avoir été un centre religieux important, comme le laissent penser plusieurs indices. Le premier : du jade. Cet pierre gemme d’une grande portée symbolique dans la Chine ancienne paraît avoir  qui paraît avoir été inséré rituellement entre la plupart des blocs de pierre des murs de Shimao.

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Des archéologues travaillent au dégagement de l’une des fosses.

Le second: six fosses rituelles, retrouvées à différents endroits autour des remparts extérieurs de la ville. Elles contenaient des têtes humaines décapitées, peut-être au cours de sacrifices.

« Les objets de jade et les sacrifices humains ont pu imprégner les remparts de Shimao d’une puissance rituelle et religieuse » suppute l’étude qui accompagne la publication des résultats des fouilles. Les sacrifices humains n’étaient pas rares dans la Chine antique, comme en témoignent les découvertes réalisées sur des sites Shang. La pratique de sacrifices rituels lors de la fondation de monuments importants était d’ailleurs toujours en usage en Asie à des périodes bien plus récentes – par exemple en Corée, au IXe siècle.

D’après les analyses morphologiques des restes humains exhumés à Shimao, les victimes pourraient avoir été des captifs de Zhukaigou. Cette culture voisine, qui s’épanouissait vers -2000, est connue notamment depuis les fouilles du site éponyme, entre 1977 et 1984. Cela laisserait supposer que Shimao a connu une phase d’expansion, ayant entraîné l’arrivée de captifs.

Mais après 500 ans d’existence, Shimao finit par disparaître. Pourquoi? Peut-être les futures campagnes de fouilles permettront d’en savoir davantage sur cet épisode. Toujours est-il que la découverte de cette ville fortifiée et de son complexe pyramidal jette un éclairage nouveau sur l’histoire de la Chine néolithique, très complexe, et que l’on pensait surtout centrée sur les plaines plus à l’est. Mais la compréhension de cette période reculée et sans écriture reste largement dépendante des découvertes archéologiques, et pourrait bien être en grande partie à réécrire.

 

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