Les restes de 140 enfants sacrifiés il y a 550 ans mis au jour au Pérou

Des sacrifices humains ont eu lieu au cours de l’histoire dans différentes parties du monde, et sont bien attestés dans plusieurs civilisations de l’Amérique préhispanique. La macabre découverte effectuée par es archéologue travaillant sur le site funéraire de Las Llamas, au nord du Pérou, en attestent. Ils ont en effet non seulement mis au jour les traces d’un grand sacrifice humain effectué il y a 550 ans, mais les victimes étaient de plus des enfants. Il pourrait même s’agir du plus grand cas documenté d’enfants sacrifiés en masse.

Un site funéraire près de Chanchan, la capitale Chimú.

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Fouilles sur le site archéologique.

C’est sur le site funéraire de Huanchaquito-Las Llamas, qu’ont été découverts les enfants sacrifiés rituellement au milieu du XVe siècle. Les archéologues y travaillent depuis 2011, après avoir alerté par des habitants voyant émerger des ossements des dunes entourant leurs maisons.

Situé près de l’actuelle cité de Trujillo, Las Llamas se trouve également tout près de Chan Chan, l’un des sites archéologiques les plus importants du Pérou, qui était la capitale de l’empire Chimú, culture à laquelle appartiendraient les enfants sacrifiés.

La culture Chimú prit la suite de la culture Moche au nord-est du Pérou autour de 900 après notre ère. A son apogée, ce peuple dominait un vaste empire côtier s’étendant sur près de 800 kilomètres de long, depuis l’actuelle frontière avec l’Equateur jusqu’au sud de Lima. Culture raffinée qui s’épanouit durant près de 500 ans, elle prend cependant fin avec la conquête inca menée par l’empereur Topa Inca Yupanqui vers 1475.

Un sacrifice d’enfants et d’animaux massif.

En travaillant sur le site, les archéologues ont exhumé les restes de pas moins de 140 enfants et adolescents, dont l’âge s’étalait de 5 à 14 ans, même si la plupart avaient entre 8 et 12 ans.  Ils auraient été sacrifiés rituellement au cours d’une cérémonie, il y a environ 550 ans. Par ailleurs, les restes de 200 jeunes lamas, âgés de moins de 18 mois, et sacrifiés pour la même occasion, ont également été retrouvés. Les enfants avaient été généralement enterrés faisant face à la mer, tandis que les lamas faisaient face aux Andes, à l’est.

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Une macabre découverte de 340 corps d’enfants et de lamas.

D’où venaient ces enfants ?

Les archéologues peuvent répondre à un aspect de cette question : ils ont retrouvé des empreintes de pieds, qui ont survécu aux pluies et à l’érosion. Elles indiquent que les enfants ont marché vers leur mort de puis la capitale des Chimu, Chan Chan, située à environ 1,5 kilomètres du site du sacrifice.

Pourquoi ont-ils été sacrifiés ?

Les Chimú vivaient sur une bande de désert du nord-est du Pérou, mais les rivières de la région traçaient une série de plaines de vallées fertiles adaptées à l’irrigation. Leur économie était ainsi essentiellement basée sur la pêche et l’agriculture. Or, les chercheurs pensent que les enfants et les animaux ont été sacrifiés alors que des inondations, causées par la phénomène El Niño, ravageaient la côte péruvienne. Une véritable catastrophe pour une société dépendant largement de ses récoltes.

« Il ont peut-être offert aux dieux la chose la plus importante qu’ils avaient en tant que société, et les enfants sont la chose la plus importante car ils représentent le futur », explique Gabriel Prieto, un professeur d’archéologie à l’Université nationale de Trujillo, qui a conduit les fouilles avec John Verano de l’Université Tulane de la Nouvelle-Orléans. « Les lamas étaient aussi très importants, car ce peuple ne disposait pas d’autres bêtes de somme ; ils constituaient donc une part fondamentale de l’économie ».

 

Comment les enfants ont-ils été sacrifiés ?

Les chercheurs ont déclaré que les squelettes présentaient des lésions au sternum, probablement causées par des couteaux cérémoniels. Les cages thoraciques disloquées suggèrent par ailleurs que ceux qui effectuaient les sacrifices essayaient peut-être d’extraire les coeurs des enfants, une pratique attestée chez plusieurs peuples précolombiens au cours des sacrifices humains, et que l’on connaît particulièrement chez les Aztèques.

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Le pigment rouge sur le crâne de cette enfant est encore bien visible.

Les enfants devaient aussi avoir fait l’objet de rituels pour les préparer au sacrifice, et les chercheurs pensent que leurs visages étaient peint avec un pigment rouge à base de cinabre, un minerai souvent utilisé comme colorant.

Cette découverte, aussi macabre que spectaculaire, fournirait une preuve concrète que des sacrifices d’enfants à grande échelle se produisaient au Pérou à l’époque précolombienne. « De grands sacrifices étaient documentés dans d’autres parties du monde, mais il est difficile de savoir si les nombres avancés sont exagérés ou non », déclare Jeffrey Quilter, directeur du musée Peabody d’archéologie et d’ethnologie à l’université d’Harvard. Les découvertes archéologiques aussi macabres que spectaculaires du site de Las Llamas apportent ainsi selon lui une « preuve concrète » que des sacrifices d’enfants à grande échelle se produisaient dans le Pérou précolombien.

L’équipe de scientifique menée par Jeffrey Quilter effectuera d’ailleurs l’analyse des échantillons d’ADN prélevés sur les restes des enfants et tâcheront d’établir s’ils étaient apparentés, ainsi que leur lieu d’origine au sein du vaste empire Chimú.

Les sacrifices humains dans les civilisations précolombiennes.

Comme dans de nombreuses autres parties du monde, notamment en Chine ou en Corée, plusieurs peuples de l’Amérique précolombienne pratiquaient les sacrifices humains. Les plus connues d’entre elles sont les Incas, qui conquièrent l’empire Chimú à la fin du XVe siècle, mais aussi les Mayas ou encore les Aztèques.

Les sacrifices effectués par ces derniers dans le cadre de la guerre fleurie – consistant à faire des prisonniers au cours de la guerre, afin de pouvoir les sacrifier – terrifièrent les Espagnols qui en firent des descriptions spectaculaires.

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La momie de la jeune fille sacrifiée sur le volcan Llullaillaco.

En revanche, les sacrifices massifs d’enfants n’ont été que rarement documentés. On connaît cependant des exemple de sacrifices plus réduits, notamment incas. Ainsi, les trois momies incas découvertes en mars 1999 sur le volcan Llullaillaco en Argentine ont permis de reconstituer le sacrifice de ces enfants âgés d’environ 4, 5 et 13 ans. L’étude poussée de ces momies en excellent état a permis d’établir que les enfants étaient probablement d’origine paysanne, avaient été choisis 12 mois avant leur sacrifice et avaient dès lors bénéficié d’un traitement alimentaire privilégié, d’ordinaire réservé à l’élite. Ils avaient aussi été largement drogués aux feuilles de coca et à la chicha (une bière fermentée à base de maïs), en particulier l’adolescente – peut-être car elle se montrait moins docile que les deux autres enfants, beaucoup plus jeunes. Ensuite, ils auraient été abandonnés au sommet de la montagne ou ils seraient morts de froid. De nombreux autres cas de sacrifices d’enfants incas au sommet des montagnes sont par ailleurs attestés au Pérou – on pensera notamment à la plus célèbre d’entre elles, Juanita, dont la momie a été découverte en 1995 au sommet du mont Ampato culminant à 6300 mètres.

 

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