Un autel sculpté éclaire l’histoire d’une cité maya oubliée

Le nom de La Corona ne vous dira probablement rien. Pourtant, la découverte de ce site oublié pendant des siècles dans les jungles du Guatemala, non loin des frontières du Bélize et du Mexique, est une véritable aventure archéologique moderne. Aujourd’hui, l’histoire de ce site est encore largement à écrire.

Une cité maya perdue : le mystérieux site Q.

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Bas-relief du VIIIe siècle, montrant un jeu de balle, et provenant du site Q.

Dans les années 60, des bas-reliefs mayas commencent à apparaître sur le marché d’art international. Leur style artistique particulier diffère de ce qui était connu jusqu’alors, et les chercheurs en concluent qu’ils ont été pillés sur un site archéologique encore inconnu. Un étudiant de Yale, Peter Mathews, le baptiste « Site Q » (de l’espagnol ¿Qué?). 

En 1996, un site maya est découvert fortuitement dans la jungle de la région du Péten, au Guatemala. Il est baptisé « La Corona », et les archéologues qui se rendent sur placent y trouvent des restes de sculptures laissés par les pilleurs. Leurs style et leurs inscriptions les laissent penser qu’ils ont découvert le site Q. Le professeur de Yale, Marcello A. Canuto, n’en apporte cependant la preuve définitive qu’en 2005 avec la découverte d’un bas-relief mentionnant deux dirigeants que l’on connaissait par les inscriptions du site Q.

Pour voir une reconstitution en animation du site de La Corona tel qu’il devait apparaître à l’époque maya classique, cliquez ici.

Découverte d’un nouveau bas-relief.

Depuis 2008, La Corona fait l’objet de fouilles suivies menées par le PRALC (Projet archéologique de La Corona), dont M. Canuto et T. Barrientos sont les co-directeurs. Le 12 septembre 2018, l’équipe a annoncé la découverte d’un autel en calcaire. Il mesure 1,46 mètres sur 1,2 et pèse environ une tonne.

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Détail de l’autel montrant le roi de La Corona.

La trouvaille est significative, comme l’explique M. Canuto : « La découverte de cet autel nous permet d’identifier un roi entièrement nouveau de La Corona, qui semble avoir eu des liens politiques forts avec Dzibanché, la capitale du royaume du Serpent et avec la  cité voisine d’El Peru-Waka », qu’il semble avoir aussi gouverné. 

Le roi en question se nomme Chak Took Ich’aak, et porte sur le bas-relief une effigie de serpent bicéphale, d’où apparaît la divinité tutélaire de La Corona. Il est accompagné d’une colonne de hiéroglyphes enregistrant la fin d’une période du calendrier maya correspondant au 12 mai 544.

La Corona et l’expansion du royaume du Serpent.

Ce nom qui paraît tout droit sorti d’un film correspond au territoire dominé par la cité de Dzibanche, puis de Calakmul. Son glyphe-emblème était une tête de serpent et se lisait Kaan, d’où son nom.

Le royaume du Serpent était, avec la cité de Tikal, l’une des deux superpuissances de l’époque classique maya. Il semble avoir reposé sur un système complexe de soumission et d’alliances avec différentes cités pouvant se situer à plus de 150 kilomètres de la capitale. Calakmul, sa capitale, aurait pu compter jusqu’à 50000 habitants.

« Pendant plusieurs siècles […] les rois de Calakmul ont dominé la plus grande partie des plaines mayas », rapporte T. Barrientos. « Cet autel apporte des informations concernant leurs premières stratégies d’extension, et montre que La Corona a joué un rôle important à ce moment ».

Il semble notamment que le roi de La Corona ait épousé une princesse de Calakmul. Cette expansion de la zone d’influence du royaume du Serpent finit par porter ses fruits : en 562, Calakmul et ses alliés parviennent à défaire l’autre superpuissance de l’époque, Tikal. La rivalité entre les deux cités n’en finira pas pour autant : une série de conflits anime encore les deux siècles suivants, au cours desquels Tikal prendra sa revanche.

Mais finalement, les deux rivales, comme la plupart des cités mayas de l’époque classique, s’effondre rapidement à la fin du VIIIe siècle et au début du IXe siècle. Cette rupture, encore assez mal expliquée, fait l’objet de nombreuses recherches et hypothèses.

 

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