Découverte d’une cité antique détruite par les Romains en Albanie

Après les guerres puniques, Rome commence à s’étendre vers l’Orient et affronte les Illyriens, nom générique donné à différents peuples habitant les côtes adriatiques et l’Albanie actuelle, alors divisés en différents royaumes. Ils achèvent la conquête de la région en battant le dernier roi d’Illyrie à Shkoder, ville aujourd’hui située à l’est de l’Albanie. Aujourd’hui, des chercheurs ont mis à jour les vestiges d’une ville très importante, dont le souvenir s’était pourtant perdue.

Un site archéologique passé inaperçu pendant des siècles.

Situés sur une colline non loin de Shkoder, les vestiges ont été ignorés pendant des siècles à cause d’une particularité géologique. En effet, la colline est constituée de conglomérats et de grès. Le professeur Piortr Dyczek, qui dirige les fouilles, l’explique ainsi : « Après des siècles d’érosion, les restes des structures de pierre affleurant en surface ressemblent à des structures géologiques naturelles, plutôt qu’à des structures construites par l’homme ».

« Durant les dernières années, nous avons commencé à chercher autour de Shkoder des villes et forteresses qui constituaient la base militaire et économique (du royaume d’Illyrie). Grâce à l’utilisation de différentes méthodes, y compris non-invasives, nous avons découvert les vestiges de cette immense cité antique », a-t-il déclaré.

Les fouilles menées en mai dernier ont en effet permis la mise au jour d’une partie des remparts et d’une porte, érigées avec d’immenses blocs de pierre bien taillés. La porte était assortie de deux bastions, sur lesquels s’appuyaient les remparts d’une largeur de plus de trois mètres. Leur partie extérieure était en pierres taillées, tandis que l’espace intérieur était rempli de petites pierres et de terre.

Ce type de construction est typique des structures défensives hellénistiques, et cette datation est confirmée par les objets que les archéologues ont retrouvé près des murs : des pièces et des fragments de céramique du IVe au Ier siècle avant notre ère, ce qui montre que la cité était en activité sous le royaume d’Illyrie.

Une cité de plus de 20 hectares.

Les archéologues polonais pensent qu’il s’agit de la cité antique de Bassania, sur laquelle on sait peu de chose. L’historien romain Tite-Live (-59 à 17) ne la mentionne en effet que dans le contexte des batailles que les armées romaines ont livré dans la région de Shkoder lors de la guerre contre le dernier roi d’Illyrie, Gentius.

C’est là un paradoxe qui étonne les chercheurs : les remparts enclosent une zone immense d’environ 20 hectares, ce qui en ferait une cité de premier plan dans cette région durant l’antiquité, plus importante par exemple que Shkroder. Or, les sources historiques n’en parlent pas. « Le silence des voyageurs, qui ont décrit avec une grande méticulosité les autres villes, et parfois même de petits sites ou des ruines individuelles, est très surprenant. Une raison possible pour l’expliquer pourrait être que la ville a cessé d’exister pendant suffisamment longtemps pour que son nom ait été oublié ».

Il semble que la ville ait en effet été détruite ou abandonnée au tournant du millénaire. A cette époque, les Romains, dans le cadre de leurs campagnes visant à étendre leur domination jusqu’au Danube, ils doivent réprimer la Grande Révolte Illyrienne, qui enflamme la Dalmatie et la Pannonie de 6 à 9. C’est peut-être à cette occasion que la ville aurait été détruite ou abandonnée. Ensuite, « son nom peut avoir été oublié », conclut le professeur Dyczek.

Dans tous les cas, l’importance de ce site archéologique promet de nombreuses futures campagnes de fouilles.

 

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