Identification définitive du site d’une capitale perdue du royaume Khmer

Les scientifiques ont formellement identifié les ruines de Mahendraparvata, ancienne capitale du royaume khmer (aujourd’hui au Cambodge), grâce à des inscriptions découvertes sur le site. Repérés en 2013 grâce à la technologie du LIDAR, les importants vestiges archéologiques qui avaient été retrouvés sur le mont sacré de Siem Reap appartiennent bien à l’ancienne cité  perdue depuis près de 1200 ans.

 

Une cité oubliée pendant des siècles.

Petit retour en arrière. En 802, le roi khmer Jayavarman II libère son royaume de la tutelle de Java et décide de fonder une nouvelle capitale : Mahendraparvata. La cité est cependant rapidement supplantée par Angkor, située à une trentaine de kilomètres en contrebas. Désertée par la plus grande partie de ses habitants, elle est engloutie par la jungle.

Les ruines avaient déjà été répertoriées au XIXe siècle, puis de nouveau localisées en 1936, mais elles restaient largement méconnues. En effet, les Khmers rouges ayant miné lourdement le massif du Phnom Kulen où ils se maintinrent jusqu’en 1996, aucune étude d’envergure n’avait pu être conduite dans la zone.

C’est seulement il y a quelques années, sous l’impulsion de l’archéologue français Jean-Baptiste Chevance, et grâce à la technologie du Lidar (laser embarqué par hélicoptère) que l’on a commencé à en savoir davantage sur les ruines dissimulées par un couvert forestier extrêmement dense.

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Carte réalisée grâce au Lidar et montrant les structures majeures et l’organisation générale de la ville.

 

Une capitale gigantesque et planifiée avec soin.

Le plateau du Phnom Kulen est désormais officiellement identifié comme le site de l’ancienne capitale de Mahendraparvata grâce à des inscriptions qui y ont été découvertes. Le site archéologique est également mieux connu grâce aux recherches qui y sont menées depuis plusieurs années. On savait déjà que la cité était une ville très importante, comprenant un temple montagne et une trentaine de sanctuaires, et traversée par des avenues mesurant parfois soixante mètres de large. Un réseau dense de digues, routes et canaux y facilitait les transports, ainsi qu’un escalier monumental, connu sous le nom de Pleu Cere, large de 15 mètres et courant sur une longueur de 550 mètres.

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Sous-bassement d’un temple repéré lors des dernières explorations sur le site.

Les cartes qui ont été réalisées grâce au Lidar montrent que la ville était organisée selon un plan en damier, qui s’étalait sur des dizaines de km². C’est l’exemple le plus ancien d’un tel plan urbanistique dans la région, qui reflète aussi une planification raisonnée que les chercheurs considèrent comme assez surprenante pour l’époque et la région. Des recherches sur le terrain ont également permis l’identification de plus de 600 éléments archéologiques, comprenant des sites de temples marqué par des piédestaux de brique et de grès, ainsi que par un vaste système de gestion de l’eau qui ne fut jamais achevé. Ainsi, les bâtisseurs de la cité avait entrepris de tailler un réservoir massif dans l’assise rocheuse de la montagne. Le creusement de l’énorme bassin fut cependant abandonné à mi-chemin, pour des raisons inconnues, et il ne semble pas non plus avoir été connecté à un système d’irrigation agricole.

Ce manque d’infrastructure, absolument nécessaire pour l’agriculture, pourrait d’ailleurs expliquer pourquoi la cité a finalement été abandonnée avant même d’être complètement aboutie.

Malgré cela, Mahendraparvata aurait servi de prototype pour ce genre de grands projets d’infrastructures et de gestion de l’eau, qui vont devenir typique de l’empire khmer et seront particulièrement présents à Angkor. L’étude de Mahendraparvata permet également de compléter la connaissance de la zone étendue d’Angkor, et pourra permettre de modeler plus précisément les mouvements de population et leur croissance au fil des siècles. La région fut en effet autour du XII et XIIIe siècle l’une des régions les plus densément peuplée du monde, comptant probablement autour d’un million d’habitants. Son dépeuplement au cours des siècles suivant a fait l’objet de nombreuses études et aurait été causé par de nombreux facteurs, notamment des guerres ou une surexploitation des ressources.

 

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