Le Ramasséum, temple de millions d’années du pharaon Ramsès II

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Le Ramasséum est le temple funéraire du pharaon Ramsès II, probablement le plus grand roi du Nouvel Empire. Il doit son nom à Champollion qui visita ses ruines monumentales en 1829 et identifia les noms et titres de Ramsès II dans les inscriptions du site. Les vestiges de ce complexe immense se situent dans la nécropole thébaine, située sur la rive occidentale du Nil, face à l’ancienne capitale de l’Egypte – dont l’emplacement est aujourd’hui occupé par la ville moderne de Louxor.

Le Ramasséum est édifié non loin des temples des millions d’années des pharaons de la XVIIIe dynastie. Il se situe entre ceux de Thoutmosis IV, à l’ouest, et d’Aménophis II, à l’est et à quelques centaines de mètres du gigantesque Aménophium, et du temple de Thoutmosis III. Par la suite, les pharaons de la XIXe dynastie qui succèdent à Ramsès II vont également faire construire leurs temples funéraires dans la même zone.

Le temple des millions d’années, monument nécessaire à l’immortalité du pharaon.

Ramsès II fut un bâtisseur prolifique qui couvrit littéralement l’Egypte de monuments durant son très long règne. Depuis la Nubie, où il fit construire les deux temples d’Abou-Simbel, jusqu’au delta du Nil où il érigea ex-nihilo une nouvelle capitale, Pi-Ramsès, toutes les régions des Deux Terres furent marquées par son empreinte.

Or selon les pratiques funéraires du Nouvel Empire, deux monuments étaient particulièrement importants pour un pharaon. Tout d’abord, sa tombe, généralement située ans la vallée des rois, qui devait accueillir la momie royale et les trésors devant l’accompagner dans l’au-delà. Puis, le temple funéraire, destiné à devenir le centre du culte du pharaon défunt après sa mort, contribuant ainsi à assurer la pérennité de sa mémoire et son immortalité.

C’est pourquoi les pharaons du Nouvel Empire se préoccupent généralement de faire aménager une tombe et un temple des millions d’années dès leur accession au trône. Depuis la XVIIIe dynastie, les pharaons font creuser leur tombe dans la vallée des rois et édifient leur temple funéraire à la limite du désert, faisant face au Nil et aux temples de Thèbes situés sur l’autre rive.

Ramsès II ne déroge pas à la règle. Il choisit un site bordé au nord par le temple d’Amenhotep II et la « Chapelle de la reine blanche », et au sud par le temple funéraire de Thoutmosis IV et la chapelle du prince Wadjmes. Son père Séthi Ier y avait fait construire un petit temple : Ramsès II respecte le plan de ce monument, ce qui explique l’orientation du Ramasséum. Le chantier de ce monument gigantesque dure près de vingt ans.

Avant le Ramasséum : une tombe du Moyen-Empire.

Mais avant que Séthi Ier ne fasse construire un temple sur le site, celui-ci était déjà partiellement occupé. En 1896, sous les magasins du Ramasséum, J.E. Quibell découvre ainsi la « tombe du magicien », remontant à la XIIe dynastie, qui fonda le Moyen-Empire. La sépulture a livré un riche dépôt d’objets religieux et funéraires, et notamment une série d’écrits concernant le monde de la magie (d’où son nom) et de la médecine. Des œuvres littéraires s’y trouvaient également, comme les contes de Sinouhé et du Paysan éloquent, l’enseignement de Sisobek, ainsi qu’un papyrus unique, appelé « texte dramatique du Ramasséum », qui relate le couronnement de Sésostris Ier, et dans lequel plusieurs chercheurs modernes voient la preuve de l’existence d’un théâtre égyptien antique.

Un temple des millions d’années gigantesque.

Couvrant une superficie totale d’environ six hectares, le Ramasséum se classe parmi les plus grands temples funéraires de la nécropole thébaine, avec l’Aménophium et le temple des millions d’années de Ramsès III à Medinet Abou.

Il est principalement construit en grès, provenant de la carière de Gebel Silsileh, près de Louxor. Les noms de deux de ses architectes sont parvenus jusqu’à nous : Penrê et Amenemone.

Il était admiré dès l’antiquité, et Diodore de Sicile, au Ier siècle avant notre ère, le décrit comme « le plus majestueux de toute l’Egypte ». Il est vrai que la concurrence était en partie disparue, puisque l’Aménophium était déjà ruiné à cette époque, et qu’il n’en restait plus que les célèbres colosses de Memnon.

Un plan classique de temple funéraire du Nouvel Empire.

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Les parties foncées subsistent encore aujourd’hui.

Le Ramasséum prend en compte les innovations que Séthi Ier avait utilisé dans son temple funéraire de Gournah : un pylône de pierre, un colosse et une salle hypostyle. En lui-même, il n’apporte pas de grande nouveauté et reproduit les standards des temples des millions d’années du Nouvel Empire. Cependant, il les porte à son paroxysme et sert de modèle par la suite, comme pour le temple funéraire de Ramsès III à Médinet Abou.

Le Ramasséum tout entier était ceint d’une enceinte de brique en terre crue, qui commençait au gigantesque pylône sud-est. Le sanctuaire quant à lui était orienté nord-ouest sud-est. Au centre du complexe se trouvaient deux temples : un grand, et un petit situé sur son flanc. Le complexe comprenait deux grands pylônes de pierre, d’environ soixante mètres de large, ouvrant chacun sur une cour avec un péristyle. Passé la seconde cour s’ouvrait une salle hypostyle de 48 colonnes, précédant le sanctuaire proprement dit.

Vous pouvez voir une proposition de reconstitution du sanctuaire ici.

L’accès au temple et le grand pylône.

A l’époque de Ramsès II, le temple était accessible depuis le Nil par un canal, qui s’achevait face au grand pylône. On peut imaginer qu’entre les quais et le pylône se trouvait une vaste esplanade et une entrée monumentale, mais tout a disparu de nos jours et ces espaces sont occupés par des terres agricoles.

L’immense premier pylône de pierre long de 69,4 mètres et haut de 22, donnait accès à la première cour. Tout comme les murs extérieurs du temple, les murs du pylônes étaient décorés de scènes commémorant les victoires militaires du pharaon, de sa vénération des dieux et de sa propre essence divine, puisque le pharaon était considéré comme un dieu vivant. Une place majeure est consacrée à la bataille de Kadesh, lieu où Ramsès II remporte une victoire contre les Hittites vers -1274, mettant fin à leurs ambitions sur le Proche-Orient égyptien. Un autre épisode, le pillage d’une ville appelée « Shalem » (qui pourrait être Jérusalem) en l’an 8 de son règne, est aussi détaillé.

La première cour et la statue colossale de Ramsès II.

En tournant le dos au pylône, on trouvait le palais royal à main gauche et une statue colossale du roi, peut-être la plus grande jamais édifiée en Egypte (des fragments de colosses de Ramsès II retrouvés à Tanis (capitale des souverains de la XXIIe dynastie) et qui provenaient de sa capitale de Pi-Ramsès, pourraient avoir mesuré entre 21 et 28 mètres de haut).

De ce colosse ne sont plus aujourd’hui visibles que des fragments : un de la base, et le reste du torse. En syénite, elle représentait Ramsès II assis sur un trône et devait mesurer 19 mètres de haut et peser plus de 1000 tonnes. Elle aurait été transportée sur près de… 270 kilomètres, puisque la syénite, une roche magmatique, était extraite dans la région d’Assouan.

La seconde cour et le portique osiriaque.

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Portique osiriaque dans la 2e cour du Ramasséum.

Dans la seconde cour, on peut encore voir une partie de la façade interne du pylône, ainsi qu’une partie du portique osiriaque à droite – il est orné des statues du pharaon représenté en Osiris, dieu des morts Des scènes de la déroute des Hittites à Kadesh sont répétées sur les murs, tandis que leurs registres supérieurs montrent des fêtes et vénérations du dieu phallique Min, divinité de la fertilité.

Les piliers osiriaques subsistant donnent une idée de la splendeur initiale du bâtiment. On peut aussi voir des fragments de deux statues du roi assis, une en granit rose et l’autre en granit noir. Elles flanquaient autrefois l’entrée du temple. La tête de l’une de ces statues se trouve aujourd’hui au British Museum.

La salle hypostyle et le sanctuaire.

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Vue aérienne du portique osiriaque de la 2e cour, avec en arrière plan la salle hypostyle.

Le vestige le mieux conservé du temple est la salle hypostyle, qui mesurait 41 mètres sur 31, et dont 39 colonnes sur les 48 originelles se dressent encore. Certaines portions du plafond, décorées d’étoiles dorées sur un fond bleu, sont aussi préservées. Les fils et filles de Ramsès II sont figurés dans la procession sur les maigres vestiges des murs.

Le sanctuaire se composait de trois salles successives, mais il n’en subsiste surtout que la première salle, avec un plafond décoré de scènes d’astres, et quelques vestiges de la seconde.

Du côté nord de la salle hypostyle se trouvait un petit temple, dédié à la mère de Ramsès II, Touya, et à son épouse principale, Néfertari – dont les restes de la momie ont été identifiés l’année dernière dans les collections du musée de Turin.

Les bâtiments annexes et les temples des parents de Ramsès II.

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Les entrepôts et annexes voûtées du temple témoignent de l’importance économique du Ramasséum, et du savoir-faire des architectes égyptiens.

Au sud de la première cour se trouvait le palais du temple. Enfin, le sanctuaire était entouré par des entrepôts, des greniers, des ateliers et autres bâtiments ancillaires, dont certains ont été construits à l’époque romaine tardive. Le site comprend d’ailleurs aussi des puits funéraires de la troisième période intermédiaire, marquant le passage entre le Nouvel Empire et la Basse Epoque.

Un temple consacré à Séthi Ier, le père de Ramsès II, se trouvait autrefois à droite de la salle hypostyle. Il était constitué d’une cour à péristyle avec deux chapelles, mais il n’en reste aujourd’hui que les fondations.

Ramsès II fit aussi édifier un sanctuaire en l’honneur de sa mère, qui vécut jusqu’en l’an XXII de son règne, et à laquelle il témoigna toujours beaucoup d’égard. Un colosse la représentant assise sur un trône, portant les parures caractéristiques des grandes épouses royales, se trouvait d’ailleurs dans la grande cour, près de la statue monumentale de son fils.

Le Ramasséum à travers les siècles.

Après la fin du Nouvel Empire, le temple semble avoir été le site d’une importante école de scribes, attestée par la découverte d’une cache de papyri et d’ostraca remontant à la troisième période intermédiaire (XIe au VIIIe siècle avant notre ère).

Durant la XXIIe dynastie (de -945 à -715), faisant partie de la troisième période intermédiaire qui voit l’Egypte se diviser en dynasties rivales après la fin du Nouvel Empire, le Ramasséum accueille les tombes des Epouses du dieu Amon, de puissantes prêtresses, souvent issues de la famille royale, transmettant leur charge par adoption, et qui constitue de véritables dynasties sacerdotales au pouvoir temporel important, bien que limité à la région thébaine.

A la Basse-Epoque, dans la zone des magasins, plusieurs tombes à puits funéraires sont également aménagées.

Au Ier siècle de notre ère, Diodore de Sicile visite le monument qu’il considère comme l’un des plus impressionnants du payas. Il est probable que quelques siècles plus tard, lorsque le Christianisme se répand en Egypte, la plupart des statues et colosses aient été brisés.

Archéologie du temple de millions d’années de Ramsès II.

Depuis le XVIIIe siècle, le temple a attiré l’attention des Européens. L’aventurier italien Belzoni n’hésite pas à expédier vers l’Europe la partie supérieure d’un des colosses ornant la seconde cour du temple, qui se trouve aujourd’hui au British Museum.

Champollion déchiffra le cartouche de Ramsès II sur les murs du temples et lui donna l’appellation de « château de millions d’années ».

De véritables investigations archéologiques n’ont cependant débutées qu’au milieu du XIXe siècle, sous l’impulsion de Lepsius, en 1844 et 1845, puis par Quibell, qui étudia les annexes du temple en 1896. Hölscher entreprit aussi des fouilles dans la zone du palais et du petit temple, afin de dresser des comparaisons avec le temple de Ramsès III à Médinet Abou, où il travaillait.

Depuis 1991, Christian Leblanc dirige les fouilles et la restauration de ce site, il est le Président de l’Association pour la Sauvegarde du Ramesséum.

Récentes découvertes archéologiques au Ramasséum.

2014. La tombe de Karomama Meritmut, Épouse du dieu Amon.

Remontant à la XXIIe dynastie (-945 à -720), cette tombe appartenait à une puissante prêtresse d’Amon, portant le titre d’Épouse du dieu. Elle se nommait Karomama Meritmut, et était peut-être la fille du pharaon Osorkon II. Comme les autres Épouses de dieu de cette dynastie, Karomama est inhumée dans l’enceinte du Ramasséum – plus tard, les prêtresses préféreront le temple de Ramsès III à Médinet Habou.

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Ouchebtis découverts dans la tombe de Karomama, Epouse du dieu Amon, XIIe dynastie

La tombe découverte en 2014 est assez petite, avec une porte de pierre et un conduit long de cinq mètres menant à une chambre funéraire. Les archéologues y ont découvert des équipements funéraires. 20 statuettes bien préservées et portant le nom de Karomama ont ainsi été découvertes dans l’entrée. D’autres objets provenant de sa tombe, dont ses jarres canopes et des ouchebtis, probablement pillés antérieurement, se trouvent à Berlin.

 

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