Reconstitution virtuelle de la tombe de Thomas Becket à Canterbury

Saint Thomas Becket est une figure majeure de l’histoire anglaise médiévale, assassiné par des hommes du roi Henri II dans des circonstances qui choquèrent les contemporains et le propulsèrent au rang des martyrs.

Sa tombe dans la chapelle de la Trinité de la cathédrale de Canterbury (au Sud-Est de l’Angleterre), était alors décrite comme étant “d’une splendeur inégalée”, et devient la destination de pèlerinage la plus importante de l’Angleterre médiévale.

Mais dans les années 1530, la Réforme religieuse imposée par Henri VIII entraîne la fermeture de centaines de monastères et la destruction des ornements et richesses de milliers d’églises à travers le pays. En 1538, le sanctuaire vénéré de saint Thomas Becket subit le même sort.

Or l’apparence du sanctuaire détruit a longtemps fait l’objet de débats parmi les historiens, car les descriptions qui nous sont parvenues sont chiches. Aujourd’hui, pour le jubilé des 800 ans de sa mort, de nouvelles recherches ont permis de proposer une reconstitution virtuelle de la tombe du saint, la plus précise à ce jour, que vous pouvez visionner en cliquant ici.

Qui était Thomas Becket ?

Né vers 1119 et issu d’une famille de marchands londonienne, Thomas Becket devient clerc et voit sa carrière avancer rapidement grâce au soutien de Théobald de Bec, archevêque de Canterbury. Recommandé au roi d’Angleterre Henri II, avec lequel il se lie d’amitié, il est nommé chancelier, puis en 1162 archevêque de Canterbury, le siège le plus élevé dans la hiérarchie ecclésiastique anglaise.

Ce choix se révèle pour Henri II une très mauvaise décision. Non seulement Thomas Becket ne se révèle pas être le soutien espéré, mais il a des ambitions politiques et dresse contre la politique royale. La querelle s’envenime et devient personnelle entre les deux hommes. Chacun des partis cherche le soutien du pape ou d’autres souverains chrétiens, donnant à l’affrontement une dimension internationale. Thomas Becket finit même par trouver refuge auprès du roi de France, utilisant allègrement les armes de l’Eglise, comme l’excommunication ou l’interdit, contre Henri II.

meurtre-thomas-becketCelui-ci finit par chercher l’apaisement, mais alors que la situation semble s’améliorer et que Thomas est rentré en Angleterre, une nouvelle excommunication de partisans du roi met le feu au poudre. Le 29 décembre 1170, plusieurs chevaliers se rendent dans la cathédrale de Canterbury, et bien que leur motivation initiale n’ait peut-être pas été de lui ôter la vie, ils finissent par assassiner Thomas  au sein même de la cathédrale.

Bien qu’il ait été peu populaire de son vivant, son meurtre choque l’ensemble de l’Europe chrétienne. Vu comme un martyr, près de 700 miracles de guérison sont enregistrés sur sa tombe dix ans seulement après son décès. Rapidement déclaré saint par le pape, dès 1173, il est même choisi comme saint patron de Londres, sa ville natale. Face à l’ampleur du scandale, le roi Henri II fait même une pénitence publique et se rend sur la tombe de Becket, qui devient le principal pèlerinage du pays, en 1174.

Comment la reconstitution a-t-elle été effectuée ?

Le Dr John Jenkins, affilié à l’université de York et chercheur historique de l’équipe de reconstruction, a souligné les difficultés de cette tâche, notamment car “malheureusement, il n’existe pas de comparateurs contemporains ; les plus proches sont les bases des sanctuaires de St Edward le Confesseur à Westminster et de St Etheldreda à Ely, datant tous deux du milieu ou de la fin du 13ème siècle. Par conséquent, notre reconstruction en images de synthèse utilise toutes les preuves actuellement disponibles, y compris les témoignages, les théories des historiens du passé sur l’utilisation potentielle du sanctuaire, la date de construction, les matériaux utilisés, les caractéristiques spécifiques, l’accessibilité et l’emplacement dans l’église, des exemples similaires ailleurs, ainsi que ceux qui l’ont créé, pour restituer l’aspect du sanctuaire”.

La reconstitution est par ailleurs la première à intégrer des fragments de sanctuaire, découverts dans et autour de la cathédrale de Canterbury depuis le XIXe siècle. Les historiens ont par le passé débattu de la question de savoir si ces fragments provenaient vraiment de l’ensemble monumental que constituait la tombe de Thomas Becket. D’après le Dr Jenkins, “le décor de trèfle et de feuilles rigides de certains des fragments indique stylistiquement une origine commune, et ils sont très proches en type et en qualité des chapiteaux sculptés de la Chapelle de la Trinité. A l’intérieur de la cathédrale, ce marbre ne se retrouve que dans la Chapelle de la Trinité, ce qui indique sûrement que ces fragments proviennent du sanctuaire de St Thomas plutôt que de n’importe quel autre”.

Le modèle de l’équipe est basé sur l’aspect qu’aurait eu le sanctuaire en 1408, une époque où le sanctuaire de Canterbury accueillait jusqu’à 100 000 pèlerins par an. La reconstruction fait valoir que le sanctuaire a été créé beaucoup plus tôt, entre 1180 et 1220, et qu’il aurait probablement fallu plus de trente ans pour le construire et l’orner.

“Nous proposons que le sanctuaire soit le fruit d’un effort de collaboration, la base en marbre ayant été initiée et largement achevée par Guillaume l’Anglais et le vaste et coûteux ouvrage en or n’ayant été achevé que sous Elias de Dereham et Walter de Colchester, près de quatre décennies plus tard”, déclare le Dr Jenkins.

Le modèle de l’équipe comprend de nombreuses nouveautés, comme l’ajout de grilles en fer (qui ne figuraient pas dans les reconstructions précédentes) qui entouraient le sanctuaire, et qui “auraient servi à renforcer le sentiment de mystère” pour les visiteurs du sanctuaire, éclairé à la bougie. Des offrandes de remerciement pour les guérisons miraculeuses étaient attachées aux grilles afin que le sanctuaire soit vu “à travers un rideau de preuve du pouvoir de Thomas de répondre à la prière”.

 

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