Tanis et les trésors des pharaons de la Thèbes du Nord

Tanis prit son essor assez tardivement dans l’histoire égyptienne, mais devint la capitale de plusieurs dynasties de la troisième période intermédiaire (environ -1070 à -664) qui ambitionnèrent d’en faire la « Thèbes du Nord » et y lancèrent des chantiers pharaoniques. Aujourd’hui, son site situé à San al-Hagar est assez peu prisé par les touristes. Il constitue pourtant un site archéologique de premier plan, notamment par la découverte, dans les années 40, de sa nécropole royale qui a livré un nombre de tombes intactes supérieur à la vallée des rois, et les extraordinaires trésors des pharaons des XXIe et XXIIe dynasties.

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Tanis, une fondation relativement récente

Confusion archéologique autour d´un site délaissé

Les vestiges monumentaux de la Thèbes du Nord

Une découverte archéologique majeure : les tombes royales de Tanis

Le trésor du pharaon Psousennès Ier

Actualités des fouilles archéologiques sur le site


Tanis, une fondation relativement récente.

En comparaison d’antiques cités comme Abydos ou Hiérakonpolis, la fondation de Tanis est récente, puisqu’elle est probablement intervenue à la toute fin du Nouvel Empire. A cette époque, la branche du Nil sur laquelle se trouve Pi-Ramsès, la capitale fondée par Ramsès II et la plus grande ville du delta, s’envase et se dessèche, ce qui entraîne le déclin rapide de la ville.

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Située seulement à une quinzaine de kilomètres, mais sur une nouvelle branche du fleuve, le site de Tanis offre une alternative qui n’échappe pas aux pharaons de la XXIe et de la XXIIe dynastie. Durant cette période, le pays a perdu son unité et l’autorité de ces souverains s’étend surtout à la Basse Egypte. Cela ne les empêche pas de faire édifier une ville splendide, notamment en y faisant déplacer un grand nombre de monuments d’autres villes du delta, et notamment de Pi-Ramsès, dont les sanctuaires tout entier sont démontés, transportés puis remontés à Tanis.

Sous la XXIIIe dynastie, d’origine berbère, Tanis semble conserver une certaine importance politique qu’elle perd par rapidement par la suite. Elle reste cependant une ville et un centre religieux majeurs à la Basse Epoque, ainsi que sous les Ptolémée qui la font embellir et jusqu’à l’époque romaine.

La cité décline cependant par la suite, victime elle aussi de l’assèchement de la branche du Nil sur laquelle elle se trouvait, rendant ses terres moins fertiles et son accès moins aisé. A l’époque byzantine, elle est cependant encore le siège d’un évêché. A cette époque, elle est probablement frappée par un séisme qui renverse nombre de ses monuments, et tombe dans l’oubli après la conquête arabe.

Dès la fin de l’antiquité, ses pierres sont réemployées et son calcaire réduit en chaux. Seuls les matériaux trop durs comme le granite sont laissés sur place, ce qui explique l’aspect généralement ingrat des vestiges de Tanis.


Confusion archéologique autour d’un site délaissé.

Mentionné dans la Bible sous le nom de Zoan, l’immense tell recouvrant les vestiges de la cité antique ne passait pas inaperçu et a été localisé assez tôt par les égyptologues. Dès 1722, puis lors de l’expédition d’Egypte en 1798, le tell de Sân est identifié à la ville antique de Tanis.

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Vue aérienne d’une partie du tell de Tanis, près de San al-Hagar.

L’importance visible des vestiges conduit les archéologues du XIXe siècle à s’y intéresser – mais bien moins que pour d’autres sites du delta ou de Haute-Egypte. L’archéologue français Auguste Mariette mène des fouilles entre 1860 et 1864 dans le grand temple d’Amon, le sanctuaire principal de la cité, dont les épais murs de brique étaient facilement repérables.

En 1866, le prussien Karl Richard Lepsius y découvre le Décret de Canope, une stèle datant de -238, qui tout comme la pierre de Rosette comporte le même texte en hiéroglyphe, démotique et grec. Cette trouvaille va elle aussi contribuer à mieux comprendre l’écriture des anciens égyptiens.

En 1884, ces explorations sont poursuivies par l’anglais Flinders Petrie, archéologue qui fouilla notamment les nécropoles prédynastiques des premiers pharaons à Abydos et qui contribua à définir des règles de fouilles plus rigoureuses. Il dresse le premier plan détaillé de l’enceinte du temple d’Amon.

Lors de ces fouilles, les ouvriers mettent à jour des statues et des inscriptions de toutes les époques, même très anciennes. Beaucoup iront enrichir les musées européens, mais posent des problèmes chronologiques qui contribuent à entretenir le flou au sujet du site et de son histoire. Lorsque l’archéologue français Pierre Montet commence à travailler à Tanis en 1929, l’abondance des inscriptions se référant à Ramsès II le persuade qu’il explore Pi-Ramsès, qui ne ferait qu’une avec Tanis, et serait la cité biblique où les Juifs avaient été réduits en esclavage.

Il faudra attendre la découverte de Pi-Ramsès, près de Qantir, pour que la chronologie et l’identification des différents sites soient clarifiées.


Les vestiges monumentaux de la « Thèbes du Nord ».

L’ambition des pharaons des XXIe et XXIIe dynastie de faire de leur capitale un pendant à Thèbes a été confirmée par l’archéologie : les sanctuaires de la ville reflètent ceux de la capitale de la Haute-Egypte, et le grand temple de Tanis est aussi consacré au culte du dieu Amon, qui domine le panthéon égyptien à cette période.

Le grand temple d’Amon-Râ.

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Reconstitution de l’enceinte et du sanctuaire d’Amon-Râ.

Dès l’époque d’Auguste Mariette, les fouilles se concentrent principalement sur ce sanctuaire. De nombreux vestiges monumentaux y sont retrouvés, comme le grand sphinx de Tanis en 1825 ou plusieurs obélisques remontant au règne de Ramsès II.

Les deux enceintes de brique crue et l’accès monumental.

Les fouilles ont permis de comprendre la disposition du temple. Son emprise était marquée par un gigantesque mur de briques crues,  grossièrement rectangulaire, et épais d’environ 15 mètres. Il protégeait un vaste espace d’environ 430 mètres sur 370. A l’intérieur se trouvait une seconde enceinte, aux formes plus irrégulières.

L’accès le plus monumental du sanctuaire se faisait par la porte monumentale de Sheshonq III et une avenue processionnelle décorée à l’origine par plus de 15 obélisques remontant à l’époque de Ramsès II, qui conduisaient à l’entrée du sanctuaire d’Amon. 

Le sanctuaire d’Amon.

Aujourd’hui, le sanctuaire proprement dit apparaît comme un champs de blocs, de colonnes et de débris peu visibles, et peu de structures architecturales demeurent intactes. Cependant, les archéologues ont réussi à faire parler les ruines et à reconstituer l’essentiel de son histoire complexe.

C’est aussi dans l’enceinte du sanctuaire que se trouvait la nécropole royale de Tanis, qui a concentré l’essentiel des recherches dans les années 1930 et 40.

Le grand sphinx de Tanis.

Cet énorme sculpture de granite rose est découverte en 1825 dans les ruines du temple d’Amon. Elle est cependant bien plus ancienne que le sanctuaire, et fait partie des éléments architecturaux transportés depuis d’autres sites pour orner Tanis. Cependant, les chercheurs débattent pour déterminer l’époque exacte de réalisation du sphinx : ou durant la IVe dynastie (il remonterait alors à l’Ancien Empire et aurait entre 4500 et 4600 ans), ou durant la XIIe dynastie (Moyen Empire, entre 3800 et 4000 ans). 

Le sphinx royal est représenté couché, portant la coiffe de Némès, avec une fausse barbe droite, sur un socle dont les inscriptions partiellement effacées mentionnent plusieurs pharaons qui se sont successivement appropriés le monument : Amenemhat II (XIIe dynastie), Apophis Ier (XVe dynastie), Mérenptah (XIXe dynastie) et finalement Sheshonq Ier (XXIIe dynastie). Ses proportions sont grandioses : large de 1 mètres 54, long de 4,8 mètres, il s’élève à une hauteur de 1 mètre 83 !

Acheté en 1826 par Henry Salt, il entre ensuite dans les collections du Louvre où il est toujours visible aujourd’hui, et compte parmi les plus grands sphinx hors d’Egypte.

Le temple de Mout, Khonsou et Astarte.

Cet autre sanctuaire, moins important que celui d’Amon, comprenait différents temples dont le principal était dédié à la déesse Mout. Depuis les années 2000, différentes campagnes sont menées pour mieux comprendre le site.


Une découverte archéologique majeure : les tombes royales de Tanis.

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Pierre Montet examinant le sarcophage du pharaon Psousennès Ier.

Mais à de partir 1939, Pierre Montet va faire une série de découvertes qui vont placer Tanis parmi les sites archéologiques les plus importants d’Egypte : la nécropole royale de plusieurs pharaons de la troisième période intermédiaire. Certaines d’entre elles, intactes, livrent des trésors exceptionnels. La guerre mondiale occulte cependant quelque peu le retentissement de ces découvertes.

La tombes de la nécropole diffèrent des modes d’ensevelissement des époques précédentes : on ne construit plus de pyramides comme durant l’Ancien et le Moyen Empire. De par la nature du sol du delta, trop meuble, on ne peut pas non plus creuser de vastes hypogées comme dans la nécropole thébaine au Nouvel Empire. A Tanis, tout comme dans les autres capitales des dynasties du delta comme Bubastis, Saïs, Mendès ou Léontopolis, les anciens Egyptiens ont décidé d’aménager les tombes royales à l’intérieur des grands sanctuaires. Par ailleurs, elles sont de taille beaucoup plus réduites.

Entrée du tombeau d’Osorkon II.

C’est ainsi qu’en 1939, les ouvriers fouillant une section comprise dans l’enceinte du grand temple d’Amon découvrent une lourde porte de pierre. Elle bloque l’accès à une tombe collective composée de quatre chambres en calcaire décorées de bas-reliefs, qui renferment les cuves d’Osorkon II, du prince Hornakht, ainsi que les restes funéraires des pharaons Takelot II et d’Osorkon Ier. Les caveaux ont été pillés, mais on y retrouve des restes de parures en or et pierres semi-précieuses, ainsi que des amulettes dans la tombe du prince Hornakht.

Mais les découvertes ne s’arrêtent pas là : au final, un total de sept tombes – dont certaines très petites – sont découvertes. Certaines ne comportent pas d’inscriptions et l’on ne sait pas à qui les attribuer. D’autres peuvent être liés à des pharaons de la XXIe et XXIIe dynastie, avec plus ou moins de certitude.

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Ainsi, la tombe de Sheshonq III (-825 à -773), qui voit le pouvoir royal s’affaiblir et la vallée du Nil se morceler, est ainsi décoré de bas-reliefs peints sur les parois entourant le sarcophage du roi.

C’est surtout la découverte de la tombe de Psousennès, une des plus importantes découvertes archéologiques du XXe siècle, qui va assurer la célébrité de Tanis.


Le trésor du pharaon Psousennès Ier.

La tombe de Psousennès (-1043 à -991, XXIe dynastie) est en fait une tombe collective conçue pour abriter plusieurs caveaux : celui du pharaon lui-même, de son épouse, d’un de ses fils et d’un grand dignitaire. Les richesses qui y ont été retrouvées lui permettent de rivaliser avec le trésor de la tombe de Toutankhamon. Cependant l’humidité du sol a entraîné la dégradation de tous les matériaux organiques, y compris les momies réduites à l’état de squelettes.

L’antichambre et le trésor de Sheshonq II (-887 à -885, XIIe dynastie).

L’exploration de l’antichambre de la tombe livre le matériel funéraire du pharaon Sheshonq II, probablement réinstallé là après le pillage de sa propre tombe. Il n’en reste par conséquent qu’un matériel funéraire assez pauvre : des vases canopes, mais surtout le sarcophage en argent à tête de faucon, chef d’oeuvre d’orfèvrerie, qui contenait encore le masque en or du roi et des bijoux. La tombe originelle de Sheshonq II, pillée, est d’ailleurs découverte peu après, un peu plus au nord-est.

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Sarcophage et vases canopes en argent de Shehshonq II.

Dans l’antichambre est aussi repérée l’entrée d’un caveau : celui du prince et général Ânkhefenmout, le fils de Psousennès. Pierre Montet s’y introduit en mars 1939, mais la cuve est vide et la tombe semble n’avoir jamais été utilisée.

On remarque aussi que deux entrées sont dissimulées dans la paroi ouest : elles conduisaient aux chambres du roi Aménemopé, trouvée presque vide, et celle de son père Psousennès Ier.

La chambre de Psousennès Ier.

Le mobilier funéraire de ce pharaon est de loin le plus riche retrouvé à Tanis, comportant des vases canopes et un grand nombre d’objets d’or et d’argent. Les amulettes et le magnifique masque d’or du pharaon se trouvaient encore en place, dans un cercueil en argent placé dans un sarcophage de granite noir, lui-même inséré dans une cuve de granite rose.

Le caveau d’Aménémopé (991 à ?, XXIe dynastie).

On ne sait pas très bien s’il était le fils de Psousennès Ier et de la reine Moutnedjemet, ou celui d’un grand chef lybien, hypothèse soutenue par Jean Yoyotte. Toujours est-il qu’il disposait de sa propre tombe, découverte dans la nécropole par Pierre Montet. Celle-ci ayant été pillé, le pharaon a été réinhumé dans la chambre funéraire initialement prévue pour l’épouse de Psousennès, Moutnedjemet. Les archéologues ont découvert le sarcophage intact du roi, avec ses masques funéraires.

Cette reine est la seule grande épouse royale de la IIIe période intermédiaire dont on ait retrouvé la sépulture, mais les archéologues n’ont trouvé aucune trace de son mobilier funéraire ou de ses restes. Il est possible que la momie de la reine et ses richesses aient été déménagées ailleurs pour faire place à Aménémopé ; ou bien qu’elle lui ait survécu et ait été inhumée dans son propre caveau. L’apparition d’oushebtis à son nom sur le marché des antiquités dans les années 80 laisse penser que sa tombe a malheureusement été retrouvée et pillée.

Le caveau d’Oundebaoueded.

Enfin en 1946, en relevant le plan de la tombe, on soupçonna l’existence d’un autre caveau. Après son ouverture, on découvrit la tombe d’un haut dignitaire portant le doux nom d’Oundebaoueded. Personnage inconnu par ailleurs, il semble pourtant avoir occupé une place de premier rang auprès de Psousennès, portant – parmi beaucoup d’autres – les titres de prince héréditaire, de père du roi, général, grand prêtre de Khonsu et prêtre d’Osiris.

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Masque funéraire en or d’Oundebaoueded et patères en or et argent, y compris la patère des nageuses, au centre.

Actualités des fouilles à Tanis.

Même s’il a livré de nombreuses œuvres d’art qui ont enrichi les musées européens au XIXe siècle et celui du Caire plus récemment, le tell de San al-Hagar reste dans l’ensemble largement inexploré. Fondée en 1964 par Jean Yoyotte, la Mission Française des Fouilles de Tanis, a pris la relève des travaux de Pierre Montet et fouille toujours sur le site, publiant régulièrement ses avancées.

A noter, les découvertes archéologiques les plus récentes :


Dix grandes découvertes archéologiques en Egypte

Outre les ruines de Tanis, l’Egypte compte un grand nombre d’autres sites archéologiques reflétant la richesse de son histoire millénaires.

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