Trois félins en un : le secret d’une momie de chat égyptien

 
 

Les vestiges de la civilisation égyptienne sont éparpillés dans de nombreux musées du monde, et les surprises ne viennent pas seulement de la vallée du Nil. Ainsi, un étude réalisée sur la momie d’un chat se trouvant au musée des Beaux-Arts de Rennes a livré une étonnante surprise.

La momification des animaux, une pratique à grande échelle dans l’Egypte ancienne.

La pratique de momifier les animaux était courante dans l’Egypte ancienne et remonte à des périodes très anciennes. Mais à la Basse Epoque, puis durant la période ptolémaïque, elle atteint une échelle presque industrielle. D’immenses nécropoles animales ont ainsi été retrouvées : à Saqqarah, des milliers d’ibis, l’animal du dieu de la sagesse, Thôt. A Bubastis, cité consacrée à la déesse chat Bastet, les félins étaient massivement momifiés.  A Memphis se trouvait le Sérapeum, qui abritait les momies des taureaux sacrés. On pourrait ainsi multiplier les exemples, tant géographiquement dans le pays que sur les animaux momifiés, selon les cultes locaux.

Mais pourquoi dont momifier des animaux ? La motivation des anciens Egyptiens était principalement spirituelle : certains animaux étaient considérés comme sacrés, d’autres servaient d’offrandes aux dieux et pouvaient être achetés par les pèlerins se rendant dans les sanctuaires. Par ailleurs, on inhumait souvent les animaux domestiques dans la tombe de leurs maîtres, pour les accompagner dans l’au-delà avec leur mobilier funéraire.

Les prêtres étaient naturellement les principaux acteurs de ce momifications, et l’ont pratiqué à une échelle massive : on estime que plusieurs dizaines de millions d’animaux ont été embaumés au cours de l’histoire égyptienne, et des élevages étaient exclusivement destinés à cette industrie.

Les secrets de la momie de chat du musée de Rennes.

Alors, que se cachait-il dans la momie de chat conservée au musée des Beaux Arts de Rennes et vieille de 2500 ans, ce qui la fait remonter à la Basse Epoque ?

This 3D-printed version of the cat mummy is transparent, such that viewers can see a replica of what the researchers found inside, namely a textile ball and a multitude of bones from multiple cats.C’est ce que les chercheurs ont pu déterminer grâce à l’utilisation d’une technique non invasive, la tomographie par ordinateur, utilisant les rayons X. Cette technologie leur a permis de réaliser une version digitale de la momie en 3D, puis une reconstruction imprimée en 3D, transparente, permettant donc de voir ce qui se trouve à l’intérieur. Et là, surprise : la momie n’abritait en fait pas les restes d’un seul animal, mais ceux de trois chats différents. Autre surprise : il ne s’agissait pas d’un chat entier, mais de restes partiels : il n’y avait par exemple ni vertèbres ou côtes, ni crâne. La tête de la momie était en fait constituée d’une boule de tissus. Il y avait en revanche cinq os de pattes postérieures. Enfin, ils ont pu constater que les os étaient en mauvais état, criblés de trous forés par des insectes nécrophages.

Théophane Nicolas, chercheur à l’INRAP, rapporte qu’il est fréquent de trouver des momies de chats dans des états extrêmement dégradés, se réduisant parfois même à une accumulation d’ossements. Et il n’est pas non plus rare que l’aspect extérieur ne correspond pas à ce qui se trouve à l’intérieur : alors que certaines momies contiennent ce qu’elles devraient, à savoir le squelette complet de l’animal, d’autres – comme celle de Rennes – ne renferment que des fragments d’os d’animaux, voire sont complètement vides.

Comment expliquer cette momie étrange ?

Certains chercheurs pensent qu’il s’agissait tout simplement d’une ancienne arnaque, organisée par des prêtres sans scrupules, ayant recours à des préparations moins élaborées, mais impossibles à détecter de l’extérieur, pour les vendre aux pèlerins. La forme de chat des momies aurait ainsi fini par représenter la réalité visible, au-delà de son contenu réel. Qui plus est, parce que les momies servaient souvent d’offrandes pour les dieux, les plus grosses se vendaient plus cher, et beaucoup auraient ainisi été arrangées pour paraître plus grosses que les animaux eux-mêmes.

Théophane Nicolas et son équipe ne soutiennent cependant pas cette théorie, et considèrent que d’innombrables façons différentes de réaliser des momies animales pouvaient coexister.

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