Bouto, antique cité de la déesse cobra Ouadjet

Bouto. Le nom évoque une divinité-cobra, un royaume légendaire, une ville jumelle au cœur de la mythologie de l’Égypte ancienne. Le site archéologique, connu aujourd’hui sous le nom de Tell el-Fara’in, se dresse dans le nord-ouest du delta du Nil, à environ 90 km d’Alexandrie. Ses habitants l’ont occupé sans interruption ou presque de la période prédynastique (vers 3800 avant notre ère) jusqu’à la période islamique ancienne (VIIe siècle de notre ère). Cinq millénaires d’histoire superposés, couche par couche, sous la boue alluviale du Delta. Son site archéologique, encore relativement peu étudié, présente un énorme potentiel.

Vue et localisation du site archéologique de Bouto en Egypte
Crédits photographiques, Abouarab et al. (2026), Acta Geophysica, CC-by-SA 4.0

Importance historique de Bouto.

C’est principalement son ancienneté, comparable à celle de Bubastis, qui fait de la cité antique de Bouto l’un des sites majeurs de Basse-Egypte. La ville est en effet peuplée dès la préhistoire. Elle devient ensuite la capitale de la Basse-Egypte au IVe millénaire avant notre ère, durant les ères prédynastiques et protodynastiques. Dès cette époque, c’est un centre religieux de premier plan. Même si elle ne conserve pas durablement la primauté politique, elle reste un lieu saint et une ville importante durant toute la période pharaonique.

Florissante avant l’unification de l’Egypte, Bouto reste importante sous les Ière et IIe dynasties. Elle décline en revanche à partir de la IIIe dynastie, qui marque le début de l’Ancien Empire. Les pharaons décident alors de centraliser le pouvoir à Memphis. Ils y réunissent l’ensemble des fonctions étatiques et établissent les nécropoles royales à proximité.

Si elle perd son influence politique et économique, Bouto conserve cependant son prestige symbolique et religieux. Ainsi, les textes des pyramides mentionnent la cité. Les pharaons du Moyen et du Nouvel Empire continuent également à se préoccuper de ses sanctuaires.

statue Ramsès II et Ouadjet à Bouto
Ramsès II et la déesse Ouadjet sous la forme de la déesse lionne Sekhmet.

A partir du règne de Ramsès II, qui établit sa capitale dans le delta et lance à Bouto des travaux d’envergure, la cité semble reprendre une position plus significative.

Ce nouvel essor ne se dément pas à l’époque Saïte et perdure pendant des siècles : Hérodote témoigne de la réputation de l’oracle de la ville et des grandes fêtes qui y avaient lieu, tandis que la ville est décrite à l’époque ptolémaïque comme l’une des plus importantes dans cette région du delta.

Ce n’est qu’à la fin de l’époque romaine et au passage à l’ère chrétienne que la ville décline, avant d’être progressivement abandonnée au début de l’ère islamique.

Commence alors le démantèlement des monuments antiques, pour fournir de la pierre de construction aux nouvelles cités ou produire de la chaux.


Importance mythologique et religieuse de Bouto.

Bas-relief montrant la déesse cobra Ouadjet
La déesse cobra Ouadjet portant la couronne rouge de Basse-Egypte, dont elle est la divinité protectrice.

Le site est anciennement associé à plusieurs déesses. La première est Ouadjet, déesse tutélaire de la ville et de sa région. C’est la déesse Cobra, protectrice de la couronne rouge de Basse-Egypte. Pour les anciens Egyptiens, c’était un symbole très important de la royauté. Il était souvent intégré à la coiffure des pharaons.

Dans la mythologie égyptienne, après le meurtre d’Osiris, sa veuve Isis se réfugia à Bouto pour y cacher son fils Horus de la colère de Seth, frère et meurtrier d’Osiris. Ouadjet cache alors l’enfant dans les marais de Chemnis. C’est l’origine de Ouadjet, l’uræus divin, qui protège le dieu destiné à la royauté. Elle trouve son équivalent dans la déesse vautour Nekhbet, qui joue un rôle similaire pour la Haute-Egypte. Ces deux déesses sont ainsi intégrées et constituent un élément important des parures et coiffures royales.

Cependant Ouadjet peut aussi prendre la forme d’une lionne. Elle se confond alors avec la déesse Sekhmet, protectrice du dieu soleil Rê.


Influence architecturale.

Tout comme les expériences architecturales menées à Nekhen, une autre capitale prédynastique, celles de Bouto ont eu une influence et une postérité importante. C’est ainsi que le sanctuaire primitif de Bouto va s’imposer comme le temple type de toute la Basse-Egypte. Ainsi, le sanctuaire de Saïs (une autre ville du delta très importante à la Basse-Epoque) reproduit son plan.

Par ailleurs, les reliefs des tombes de l’époque représentent fréquemment le temple de Bouto. Ces témoignages graphiques permettent ainsi de connaître sa disposition.


Bouto dans l’antiquité : une cité double.

Bouto était en fait constituée de deux villes, Pé et Dep, séparées par un bras du delta du Nil. Cet ensemble urbain semble avoir constitué la ville la plus importante de Basse-Egypte avant l’unification du royaume et la Ière dynastie.

Elle était en tout cas la capitale religieuse de la région. Elle abritait le culte des ancêtres divinisés des rois (sanctuaire des âmes de Pé). Ce sanctuaire, tout comme celui dédié à la déesse Ouadjet, se situait à Dep.


Bouto aujourd’hui : le site archéologique de Tell el-Farain.

plan-vestiges-bouto

Alors que l’archéologie prend son essor, le site se résume à trois kôms assez informes. Comme ce fut le cas sur les sites de la plupart des villes antiques du delta, une bonne partie de ses matériaux ont servi à d’autres usages. Les paysans ont prélevé les briques de crue pour fertiliser leurs champs, endommageant gravement les structures préexistantes.

Aucun vestige particulièrement remarquable n’émerge alors du site lorsque l’archéologue anglais Flinders Petrie identifie Bouto au Tell el-Farain (littéralement, la colline des pharaons) en 1886. Il met ainsi au jour les niveaux d’occupation de l’époque romaine.

Mais le site de Bouto est surtout connu par les études et fouilles plus récentes, menées par l’Institut allemand d’archéologie orientale. Elles ont permis de dégager dans les années 2000 les vestiges de l’ancienne cité primitive et de mieux appréhender la structure et l’évolution de la ville antique. Les archéologues ont aussi retrouvé les ruines du sanctuaire principal de Ouadjet, qui remontent pour l’essentiel au Nouvel Empire.

Les différents relevés cartographiques effectuées dans le cadre de ces recherches ont aussi montré que la cité antique occupait une vaste étendue, dont subsistent les trois kôms que nous avons cité plus haut.

La cité de Dep.

Ses vestiges correspondent aujourd’hui au Kôm A et au Kôm B. Le premier se trouve au nord. Les archéologues y ont retrouvé un grand complexe administratif remontant au Ière et IIe dynasties. Peut-être s’agissait-il d’entrepôts rattachés au palais.

Le second, contigu au premier, abrite les vestiges du grand sanctuaire de Ouadjet. Entre les les deux monticules s’étendait la ville antique, habitée jusqu’à l’époque romaine.

La cité de Pé.

Un canal aboutissant au temple de Ouadjet séparait la cité de Pé de celle de Dep. Il s’agit aujourd’hui du kôm C, situé plus au sud des deux autres. Les chercheurs pensent que le grand temple d’Horus, où les anciens Egyptiens honoraient les âmes de Pé (les ancêtres des pharaons), s’y trouve encore enfoui.

Grâce à des prospections géophysiques pratiquées à grande échelle, les chercheurs ont repéré le tracé d’une grande enceinte rectangulaire dans le kôm C, complètement invisible en surface. Il pourrait s’agir du sanctuaire d’Horus.


L’archéologie à Bouto : un site à gros potentiel.

Stèle et statues du site archéologique de Bouto
Quelques éléments monumentaux sur le site archéologique de Bouto.

L’étude du site de Bouto a beaucoup apporté à l’égyptologie. L’ancienneté du site lui donne en effet une grande importance, notamment pour comprendre le processus d’unification du pays.

Les études archéologiques ont notamment permis de mettre en lumière deux aspects importants de cette période marquée par l’unification de la vallée du Nil et la mise en place du pouvoir pharaonique :

  • le sud de l’Egypte semble avoir absorbé le nord, ce que l’étude des céramiques montre sur le site de Bouto : la production locale est en effet remplacée par une production caractéristique des cultures de la Haute-Egypte.
  • Bouto était florissante avant l’unification de l’Egypte, et reste importante sous les Ière et IIe dynasties. Elle décline en revanche à partir de la IIIe dynastie, marqué par l’essor de Memphis.

Actualités des fouilles à Bouto.

A noter, les découvertes archéologiques les plus récentes :

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