Le canal de Charlemagne livre ses secrets

Charlemagne est aujourd’hui souvent présenté comme le « père de l’Europe », précurseur des unions politiques modernes. Si l’on peu débattre de la réalité d’un dessein européen, il lance en revanche l’un des projets les plus ambitieux du haut Moyen-Age occidental : construire un canal afin de permettre la navigation depuis la mer du Nord jusqu’à la mer Noire. Les incertitudes qui ont longtemps entouré ce chantier de grande ampleur ont été partiellement levées ces dernières années par une série d’études archéologiques.

Une liaison stratégique.

La liaison Rhin-Main-Danube et la Fosse CarolineRelier deux des plus grands fleuves européens, le Rhin et le Danube, et par delà la mer du Nord à la mer Noire présente aujourd’hui encore un intérêt économique et stratégique considérable qui n’a pas échappé à l’homme au cours des siècles. En témoigne toujours l’actuel canal, mis en service en 1992 pour remplacer l’ouvrage du XIXe siècle abandonné après les destructions de la Seconde Guerre mondiale.

La paternité de l’idée est cependant bien plus ancienne : c’est Charlemagne qui eut l’idée de faire percer un canal de 3 km en Bavière, à environ 60 km de Nuremberg, pour relier l’Altmühl, affluent du Danube, au Rezat, affluent du Main et par delà, du Rhin.

D’après les sources, 7000 hommes furent assignés à ce chantier considérable, à une époque où le principe de l’écluse à sas n’était pas connu, ce qui entraînait nécessairement des aménagements compliqués d’étangs et de retenues pour maintenir un niveau en eau suffisant dans les différentes sections du canal.

La Fosse Caroline, vestige d’un ambitieux projet.

Les restes méridionaux de cette réalisation sont encore visibles près de la ville de Treuchtlingen et sont connus sous le nom de Fosse caroline (en allemand Karlsgraben). Ils consistent en une section en eau d’une longueur d’environ 500 mètres, ainsi que des remblais de quelques mètres de hauteur.

Avant les fouilles commencées en 2012, de grands pans de l’histoire de ce canal restaient dans l’ombre : la date exacte de sa réalisation en premier lieu, mais aussi son achèvement. En effet, les sources historiques se contredisent sur sa mise en service : des chroniques affirment que le chantier fut abandonné en raison des difficultés, mais d’autres sources présentent le canal comme opérationnel à l’époque carolingienne. Sur le terrain, rien ne permettait de confirmer quelle affirmation était la bonne. On n’était même pas sûr que le canal avait jamais été relié au Rezat, qui se jette dans le Main.

L’archéologie tranchera le débat !

Dans le cadre d’une étude programmée entre 2012 et 2018 pour mieux connaître les ports de l’empire romain au Moyen-Âge impliquant plusieurs universités et instituts allemands, des recherches ont été menées qui ont déjà permis de résoudre certaines questions.

En 2013, l’étude du bois de construction a ainsi permis de déterminer la date du chantier par dendrochronologie : 793, soit quelques années avant le couronnement de Charlemagne empereur, en 800.

Plusieurs sondages archéologiques et géomagnétiques menés cette année sur la section nord du canal, jusqu’alors inconnue, ont permis d’en révéler des traces. Un premier sondage à mis à jour une section du canal mesurant cinq mètres de large, et partiellement renforcé et stabilisée par d’importants ouvrages en bois (retrouvé en excellent état de conservation). Un deuxième, aux abords immédiats du Rezat, a montré que le canal y était moitié moins large et que sa technique de construction était rudimentaire.

Les études de ces prochaines années devraient donc définitivement trancher la question de la navigabilité du canal et de sa connexion effective avec le Rezat. Mais les résultats apportés par la récente campagne semblent corroborer les sources rapportant que le canal était bien navigable, même si le tronçon final de l’ouvrage a peut-être été réalisé avec moins de moyens, ou plus tardivement.

Dans tous les cas, même s’il fut opérationnel, il semble que les lourdes charges d’entretien du canal, outrepassant probablement ses bénéfices, finirent par provoquer son abandon.

 

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