Vaste centre de production vieux de 2500 ans retrouvé à Paphos, à Chypre

Situé à un kilomètre à l’est du sanctuaire d’Aphrodite de Paphos, sur l’île de Chypre, le plateau Hatziaptoulla fait l’objet depuis 13 ans d’une campagne annuelle de fouilles archéologiques. Lors de la dernière, menée entre mai et juillet 2018, les chercheurs y ont découvert un grand complexe architectural, remontant au Ve siècle avant notre ère.

Paphos, la cité d’Aphrodite.

La naissance Vénus, de Boticelli. Ce thème mythologique a eu une grande postérité artistique.

Paphos est l’une des plus anciennes cités chypriotes, et l’un des centres les plus importants du culte de la déesse de l’amour, Aphrodite. Les anciens Grecs s’accordaient en effet à voir dans cette cité le point d’arrivée de la déesse lorsqu’elle émergea des flots méditerranéens. La ville comptait ainsi un grand sanctuaire consacré à la déesse, mais elle était de plus au Ve siècle avant notre ère un Etat indépendant dominé par une dynastie locale.

Le complexe de bâtiments dégagés par les archéologues, qui n’avait pas de caractère religieux, était en revanche lié à l’organisation politique et économique de Paphos, et était probablement destiné à la gestion des ressources de la dynastie royale de la ville.

Un ensemble de production et de stockage.

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Vue d’une unité de production et des couloirs attenants.

Les archéologues travaillant sur le site ont dégagé et identifié six unités de production et de stockage, ainsi que leurs couloirs d’accès individuels. Les restes des maçonneries de pierre s’élèvent souvent jusqu’à deux mètres de haut, et les installations de production sont bien préservées, ainsi qu’un nombreux matériel : meules, bassins, pressoirs à olive, poids et canalisations ont ainsi été retrouvées. De riches données archéo-environnementales (os d’animaux, graines, noyaux d’olive, charbon) ont aussi été recueillies et analysées.

D’après leurs premiers résultats, deux des unités retrouvées confirment le stockage et la production d’huile. Une autre était principalement utilisée comme entrepôt : un grand nombre de fragments d’amphores locales et importées (contenant du vin, en majeure partie) y a été retrouvé. Ils révèlent l’étendue des échanges commerciaux de l’ancienne Paphos : avec les îles de la mer Egée comme Thassos, Kos, Rhodes, Chios ou Samos, mais aussi avec des cités de la côte de l’Asie Mineure, comme Ephèse ou Milet, et ce particulièrement entre le IVe et le IIe siècle avant notre ère.

Un centre de traitement du murex.

Dans une autre unité, les chercheurs ont retrouvé de larges quantités de coquilles de murex. Deux espèces de ce mollusque étaient pêchées dans l’antiquité. On les utilisait pour extraire un pigment rouge de leurs glandes : la pourpre, couleur souvent réservée à la royauté durant l’antiquité. Cette industrie était particulièrement prospère et renommée sur la côte phénicienne, face à Chypre. L’étude approfondie des coquillages retrouvés a confirmé que l’extraction du précieux pigment se faisait dans des installations adjacentes, mais qu’un traitement secondaire était réalisé dans le bâtiment fouillé et que les coquillages y étaient notamment, utilisés pour étanchéifier des tissus.

Ces découvertes et les études du matériel découvert sur le site devraient permettre aux chercheurs de mieux comprendre comment fonctionnait le modèle économique de l’ancien Etat de Paphos, il y a 2500 ans.

 

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