Une stèle royale d’Assurbanipal exhumée aux portes de Ninive

Assyrie & MésopotamieDécouverte archéologique

Une mission archéologique irako-américaine opérant dans le nord de l’Irak, vient de mettre au jour un monument majeur du VIIe siècle avant notre ère. Découverte lors de travaux de restauration et de déblaiement à la porte de Shamash (Bab Shamash), l’une des entrées fortifiées les plus symboliques de Ninive, l’ancienne capitale de l’empire néo-assyrien. Cette imposante stèle assyrienne en marbre de Mossoul jette ainsi une lumière nouvelle sur les dernières décennies de l’une des plus grandes puissances de l’antiquité.

Malgré les outrages du temps et une destruction visiblement intentionnelle lors de la chute de la cité, les chercheurs ont réussi à identifier ce témoignage exceptionnel du pouvoir royal.


Le mémorial brisé du dernier grand souverain assyrien

Les fouilles menées sur le flanc est de la cité antique ont révélé les restes fragmentés d’une structure monumentale en calcaire et marbre de Mossoul. Mesurant au moins deux mètres de haut pour près d’un mètre de large, l’objet a subi un bris d’une grande violence lors du sac de la ville. Les archéologues ont d’ores et déjà récupéré 196 fragments de tailles diverses.

Les premières analyses menées par Ruwaid Muwaffaq al-Laila, inspecteur des antiquités de Ninive, confirment que ce monument glorifie directement le roi Assurbanipal, qui régna entre 668 et 627 avant notre ère. La face avant de la stèle présente un relief sculpté représentant le souverain, tandis que la partie dorsale arbore une longue inscription gravée en écriture cunéiforme. Le texte répertorie de manière détaillée les réalisations architecturales et urbaines commanditées par le monarque pour embellir sa capitale.


Bab Shamash, un carrefour hautement stratégique et sacré

La découverte s’est faite au niveau de Bab Shamash, la « Porte du Soleil », un élément clé du système défensif de Ninive qui comptait dix-sept accès fortifiés. Située sur la bordure orientale de la ville, sur la rive gauche du Tigre (face à l’actuelle Mossoul), cette porte contrôlait la route caravanière majeure menant vers Arbela (l’actuelle Erbil).

Au-delà de son rôle militaire et commercial, cette entrée possédait une charge sacrée fondamentale. Dédiée à Shamash, le dieu mésopotamien du soleil, de la vérité et de la justice, la porte servait de point de passage pour les processions royales. L’implantation d’une stèle à cet endroit précis garantissait une visibilité maximale aux décrets et à l’image du souverain, affirmant sa légitimité politique et spirituelle devant les marchands, les diplomates et les citoyens entrant dans la métropole.


Un témoigne précieux de l’apogée à la chute de l’Empire

L’histoire de l’Assyrie est marquée par le déplacement de ses centres de pouvoir. Si la cité sainte d’Assur, bâtie sur le Tigre, est demeurée le berceau historique et religieux de la civilisation, la capitale politique a successivement migré vers Kalhu, puis Dur-Sharrukin, avant que le roi Sennacherib ne choisisse de faire de Ninive le cœur névralgique de l’empire. Sous le règne d’Assurbanipal, Ninive atteint une splendeur inégalée, caractérisée par des palais monumentaux, de vastes réseaux de canaux et de célèbres archives textuelles.

Cette stèle documente précisément cette période de grandeur, juste avant le basculement tragique de l’empire. Quelques décennies après la mort d’Assurbanipal, en 612 avant notre ère, une coalition de Babyloniens et de Mèdes assiégea et détruisit la ville. La fragmentation de la stèle en près de deux cents morceaux témoigne directement de la violence de cet événement qui mit un terme définitif à l’hégémonie assyrienne. Les fragments font actuellement l’objet d’une étude approfondie et d’une restauration minutieuse en vue d’une future exposition au musée de Mossoul.

Détail de la stèle assyrienne du roi Assurbanipal découverte à Bab Shamash, dans l'ancienne capitale néo-assyrienne de Ninive, à Mossoul
La stèle lors de son déplacement après la découverte.

Sources:

Iraq’s State Board of Antiquities and Heritage

Crédits photographiques: Iraq’s State Board of Antiquities and Heritage via Facebook

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