A Kainua : le puit rituel d’une cité étrusque révèle ses trésors

Découverte archéologiqueEtrusques et peuples italiques

Une découverte majeure vient d’éclairer les rites fondateurs de la civilisation étrusque. Lors de la trente-neuvième campagne de fouilles sur le site archéologique de Kainua, près de Marzabotto, l’équipe de l’Université de Bologne a mis au jour un puits rituel d’une valeur inestimable. Située au cœur de l’aire sacrée dédiée à la déesse Uni, cette structure a préservé ses trésors dans un état de conservation parfait depuis l’Antiquité.


Kainua : une cité planifiée unique dans le monde étrusque.

Fondée au VIe siècle avant notre ère sur le plateau de Misano, la cité de Kainua (qui signifie « la nouvelle ») constitue un témoignage exceptionnel de l’urbanisme étrusque. Réorganisée autour de 500 avant J.-C. selon un plan quadrillé rigoureux aligné sur les points cardinaux, la ville occupait une position stratégique dans la vallée du Reno pour le commerce entre l’Étrurie et la plaine du Pô. Son abandon au IVe siècle avant notre ère, causé par les invasions celtiques, l’a préservée des constructions ultérieures. Kainua offre ainsi aux archéologues un plan urbain complet et intact, regroupant quartiers résidentiels, ateliers, nécropoles et acropole.

Vue aérienne d'une partie du site archéologique de la cité étrusque de Kainua
Vue aérienne d’une partie du site archéologique de la cité de Kainua. © Stefano Muratori, CC by-SA 3.0

Un puits situé au cœur de l’espace sacré de Kainua.

Vue du puits rituel étrusque retrouvé à Kainua
Vue du puits rituel étrusque retrouvé à Kainua

Le puits rituel a été découvert dans l’aire sacrée de Kainua, sur le plateau du Pian di Misano. Ce secteur névralgique abritait deux imposants temples monumentaux dédiés au couple divin suprême, Tinia (Zeus/Jupiter) et son épouse Uni (Héra/Junon). L’espace accueillait également le culte de Vei (Déméter/Cérès), déesse de la fertilité. C’est précisément dans le périmètre consacré à Uni que s’inscrit ce puits, confirmant son rôle central dans le culte des eaux et les cérémonies sacrées de la communauté.

Plan d'une partie du site de Kainua montrant l'emplacement du puits rituel votif
Plan du site de Kainua montrant l’emplacement du puits rituel votif.

Des objets en bronze intacts consacrés à la déesse Uni.

Statuette votive retrouvée dans le puits rituel étrusque consacré à la déesse Uni
Une des deux statuettes votives retrouvées.

Sous la direction de la professeure Elisabetta Govi, et avec le soutien du Gruppo Ravennate Archeologico (GRA), les chercheurs ont atteint le fond de la structure.

Les archéologues y ont découvert deux statuettes féminines en bronze d’une qualité remarquable. Un plat en bronze extrêmement rare complétait ce dépôt votif.

Les objets ont conservé toute la brillance et la couleur d’origine du métal. Ces offrandes ont été déposées lors d’un rite solennel de fondation du puits, entre la fin du VIe siècle et les premières décennies du Ve siècle avant notre ère, à l’époque de la naissance de Kainua.

Ensemble des offrandes votives retrouvées dans le puits rituel de la cité étrusque de Kainua
Ensemble des offrandes votives retrouvées par les archéologues dans le puits rituel.

Un rite de scellement fascinant du puits rituel.

Les chercheurs pensent que que le puits ne servait pas uniquement à l’approvisionnement en eau. Il possédait une fonction cérémonielle complexe liée au culte de l’eau. Dans une phase ultérieure, deux squelettes humains adultes ont été déposés dans la structure. Ce geste rituel a scellé définitivement le puits et marqué la fin de son utilisation.

Ce puits et cette cérémonie étaient probablement liés aux deux divinités principales de Kainua, le couple divin formé par Tinia (équivalent de Zeus ou Jupiter) et son épouse la déesse Uni (Héra ou Junon), auxquels étaient consacrés deux grands temples dans la cité.


Un modèle de coopération scientifique et le rôle du musée MNEMA.

Les fouilles menées à Kainua depuis 1988 s’appuient sur un partenariat solide. La Direzione Generale Musei du Ministère de la Culture a alloué un financement de 140 000 euros, soutenu par le DiVA, dans le cadre d’un accord-cadre signé en 2023. Cette enveloppe a permis de prolonger les fouilles de deux semaines en 2026, menant directement à ce succès. Cet effort réunit les Musei Nazionali di Bologna sous la direction de Luigi Gallo, le musée MNEMA dirigé par Denise Tamborrino, et l’Université de Bologne. Les pièces restaurées seront rapidement présentées au public au sein du MNEMA, conçu comme un laboratoire dynamique en constante évolution.


Source: Université de Bologne
Crédits photographiques (si non indiqué autrement): Université de Bologna

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