Actualité archéologiqueGrèce antique

Redressement d’un des énigmatiques télamons du temple de Zeus d’Agrigente

Le redressement d’une statue colossale du temple antique de Zeus Olympien à Agrigente a été achevé, et une cérémonie d’inauguration a eu lieu sur le site fin février 2024. Ce temple gigantesque, le plus grand temple d’ordre dorique du monde grec, est l’un des moins bien préservés de la célèbre vallée des temples d’Agrigente, un des sites archéologiques les mieux préservés d’Italie, classé à l’UNESCO.


Le temple de Zeus Olympien d’Agrigente.

Le magnifique temple de Zeus Olympien, un monument imposant qui témoignait de la grandeur et de la gloire de l’ancienne ville d’Akragas, se dressait sur la partie ouest de la majestueuse colline des Temples. Sa construction remonte à la période suivant la victoire de la ville sur les Carthaginois vers 480 av. J.-C., un événement qui marqua un moment de triomphe et fut célébré par l’érection de cette structure extraordinaire en l’honneur du tyran Théron. Le temple de Zeus Olympien se distinguait par son audacieux design architectural, caractérisé par des solutions innovantes et impressionnantes. Ses demi-colonnes cannelées extrêmement hautes étaient si spacieuses que, selon le récit de Diodore de Sicile, « un homme pouvait s’y loger confortablement ». Les dimensions du temple lui-même étaient colossales, avec une largeur d’environ 112 mètres et une longueur de 56 mètres, occupant une superficie d’environ 6 340 mètres carrés (le Parthénon à Athènes, pour donner une comparaison, mesure 69,54 par 30,87 mètres). Construit en blocs de calcarenite locale, ce temple avait un plan inhabituel, avec sept demi-colonnes doriques sur chacun des côtés courts et quatorze sur chacun des côtés longs. La structure du bâtiment comprenait un imposant linteau, composé de trois rangées de blocs surmontées d’une frise dorique. Entre les colonnes, à une hauteur d’environ 11 mètres, se dressaient des statues monumentales majestueuses, les télamons, représentant des figures humaines tenant un lourd fardeau avec leurs bras. Malheureusement, la majesté du temple de Zeus Olympien a été tragiquement interrompue par un tremblement de terre en 1401, qui l’a irrémédiablement compromis. Plus tard, au XVIIIe siècle, le temple a été pillé et dépouillé, avec ses précieux blocs utilisés pour la construction du quai à Porto Empedocle.

Le temple de l’Olympiéion, ainsi que le célèbre Temple de la Concorde et les fascinants temples de Paestum, ont exercé un attrait irrésistible sur les voyageurs et les érudits au cours des XVIIIe et XIXe siècles. En particulier, son impact extraordinaire sur le père de l’histoire de l’art moderne, Johann Joachim Winckelmann, était remarquable : le grand théoricien du néoclassicisme a été étonné par les dimensions titanesques du temple, comparant ses colonnes majestueuses à celles de la basilique Saint-Pierre.


Les télamons, des équivalents masculins des caryatides pour soutenir le linteau du temple.

La statue, ou télamon (l’équivalent masculin d’une caryatide), était l’une des figures anthropomorphiques titanesques qui soutenaient le linteau du temple. Il mesure près de 8 mètres de haut, et son redressement a nécessité la mise en place d’une structure en acier de près de 12 mètres de hauteur, sur laquelle des supports sont ancrée pour accueillir les fragments individuels du monument, désormais réunis.

Vestige du temple de Zeus à Agrigente, vue d'un telamon
Vue d’une statue reconstituée d’un télamon du temple de Zeus

Cette initiative s’inscrit dans le projet d’étude, de recherche et de muséographie entreprise sur la zone de l’Olympéion depuis 2004, sous l’égide de l’Institut archéologique allemand de Rome. Elle devrait se poursuivre avec la reconstruction au sol d’une partie significative de l’entablement et de la corniche du temple. L’idée est de donner au public une idée concrète de la taille gigantesque et de l’unité architecturale du monument, mais aussi à assurer la préservation des découvertes archéologiques faites sur le site. Grâce à ce travail, plus de 90 fragments ont été identifiés, appartenant à au moins huit télamons distincts. En particulier, il a été possible de préserver environ les deux tiers des éléments originaux qui composaient l’un d’eux. Ce noyau homogène de blocs est devenu le centre de la reconstruction du télamon, le « frère » de celui déjà restauré à la fin du XIXe siècle et actuellement exposé au musée archéologique « Pietro Griffo ».

Le mythe de l’énigmatique Olympiéion a également été alimenté par les gravures et les aquarelles d’artistes tels que Jean Houel et Philipp Hackert, qui ont contribué à créer une aura de mystère autour de cette structure majestueuse. Les archéologues de l’époque ont été confrontés à une énigme, se demandant à propos de sa taille et de sa structure. Cependant, c’est un jeune architecte britannique nommé Charles R. Cockerell, en 1812, qui a fait une découverte vraiment significative : il a été le premier à identifier l’existence des telamons, reconnaissant une tête qui avait été attribuée à tort au pignon lors des fouilles bourboniennes, et les combinant pour créer une première image de leur apparence. Plus tard, vers 1920, Pirro Marconi a mis au jour plusieurs découvertes qui font désormais partie du projet de muséographie en cours. C’est alors le surintendant Pietro Griffo, en 1965, qui a abrité le premier telamon reconstruit dans le musée archéologique nouvellement fondé, qui porte désormais son nom.

Au cours des années suivantes, l’intérêt croissant pour ces énigmatiques colosses, jamais mentionnés dans la description originale de Diodore du temple, a alimenté un débat international animé parmi les archéologues, un débat qui se poursuit encore aujourd’hui.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *