Découverte archéologiqueEgypte ancienne

A Tanis, 225 ouchebtis royaux percent le mystère d’un sarcophage anonyme

Dans la nécropole royale de Tanis, au cœur du delta du Nil, une mission franco-égyptienne dirigée par l’égyptologue Frédéric Payraudeau vient de résoudre une énigme vieille de plusieurs décennies. Au fond de la chambre funéraire du pharaon Osorkon II, enfouies sous des couches de limon, gisaient 225 statuettes funéraires – et avec elles, l’identité d’un souverain longtemps anonyme.


Le nettoyage d´une chambre de la tombe du pharaon Osorkon II.

L’équipe travaillait ce jour-là au nettoyage systématique de la chambre nord de la tombe d’Osorkon II, sur le site de San el-Hagar appartenant à l’ancienne Tanis, une capitale royale et une cité majeure durant la troisième période intermédiaire. Trois coins de la fosse trapézoïdale avaient déjà été dégagés sans surprise particulière. Mais lorsque les archéologues atteignent le quatrième, trois ou quatre petites silhouettes vertes apparaissent dans la terre. La suite, Payraudeau la raconte avec un sourire : il court prévenir ses collègues et les autorités, et l’équipe installe des lumières pour travailler toute la nuit – la veille d’un week-end. Il faudra dix jours pour extraire avec soin l’ensemble des 225 pièces.


Des serviteurs pour l’éternité.

Ces statuettes sont des ouchebtis – terme parfois orthographié ushabtis, figurines funéraires destinées à servir le défunt dans l’au-delà. Celles de Tanis sont en faïence verte, disposées en étoile le long des parois de la fosse et en rangées horizontales au fond. Leur état de conservation, leur position d’origine intacte et leur nombre en font une découverte hors norme : aucune trouvaille comparable n’avait été faite dans la nécropole royale de Tanis depuis 1946. Plus au sud, dans la Vallée des Rois – massivement pillée depuis l’Antiquité, seule la tombe de Toutankhamon avait livré un ensemble similaire, en 1922.

Autre particularité frappante : plus de la moitié des figurines représentent des femmes, ce que Payraudeau qualifie lui-même d’« assez exceptionnel » pour un contexte royal.


Le sarcophage anonyme trouve enfin un nom.

Depuis des années, un imposant sarcophage en granit – 3,5 mètres de long pour 1,5 mètre de large – trônait dans cette chambre sans que l’on sache à qui il appartenait. Les symboles royaux gravés sur les ouchebtis ont tranché : il s’agit de Chéchonq III, pharaon de la XXIIe dynastie, qui régna entre 830 et 791 avant notre ère selon les sources, avec quelques variations chronologiques selon les chercheurs.

L’identification est d’autant plus surprenante qu’une autre tombe du site – la plus grande de la nécropole – porte le nom de ce même souverain. Pourquoi n’est-il pas inhumé là où il avait prévu de l’être ? Deux hypothèses circulent : soit la succession royale agitée – son règne fut marqué par une guerre civile particulièrement violente entre Haute et Basse-Égypte – a perturbé les plans funéraires ; soit ses dépouilles et son matériel funéraire ont été déplacés ultérieurement pour les mettre à l’abri des pillards. La question de savoir si le roi fut directement inhumé dans la chambre d’Osorkon II ou si ses affaires y furent transférées plus tard reste ouverte, et fera l’objet des prochaines phases d’étude.


Tanis, une nécropole qui pourrait révéler d’autres secrets.

Fondée vers 1050 avant notre ère comme capitale du royaume égyptien sous la XXIe dynastie, Tanis prit le relais de la Vallée des Rois comme lieu de sépulture royale à une époque où cette dernière était abandonnée et régulièrement pillée. Le site avait déjà stupéfié le monde en 1939 avec la mise au jour des « Trésors de Tanis », un ensemble funéraire parfois comparé en splendeur à celui de Toutankhamon.

Cette nouvelle découverte s’inscrit dans un effort de préservation plus large : l’équipe prépare la pose d’un dispositif de protection sur la structure, le traitement des sels qui endommagent les parois, et le nettoyage des éléments architecturaux en surface comme en profondeur. Des inscriptions découvertes dans la même chambre sont également en cours d’étude ; elles pourraient éclairer la manière dont la nécropole a été réutilisée et adaptée au fil du temps.

Après leur analyse, les 225 ouchebtis seront exposés dans un musée égyptien. En attendant, Tanis confirme une fois de plus sa place de site incontournable pour comprendre l’une des périodes les plus méconnues de l’Égypte ancienne : la Troisième Période intermédiaire.


Sources : AFP, Ahram Online, Egyptian Ministry of Tourism and Antiquities ; mission franco-égyptienne de Tanis (Sorbonne Université / CNRS)

Crédits photographiques: Ministère Egyptien du Tourisme et des Antiquités

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