Pompéi : structure, monuments et urbanisme d’une cité romaine antique
La cité romaine de Pompéi, brutalement ensevelie par l’éruption du Vésuve en 79 de notre ère, offre bien plus qu’un instantané de l’époque impériale. Son tracé urbain est le fruit d’une longue évolution, marquée par les influences successives des peuples italiques et de la puissance romaine. Comprendre la structure de Pompéi, c’est décrypter une stratification architecturale unique où les monuments publics et les demeures privées racontent l’histoire d’une intégration initialement forcée, mais finalement réussie au sein du modèle romain, qui se reflète dans son urbanisme et sa culture.

L’évolution de l’urbanisme de Pompéi à travers les âges.
Les origines osques et les influences grecques et étrusques.
Pompéi émerge au VIIIe siècle avant notre ère sous l’impulsion des Osques, un peuple autochtone d’Italie centrale organisé en noyaux villageois sur un plateau de lave dominant la vallée du Sarno. Idéalement située à l’embouchure du fleuve, la cité devient rapidement une escale stratégique et un comptoir convoité par les marins grecs et phéniciens. L’arrivée des Grecs en Campanie, vers 740 avant notre ère, place Pompéi dans l’orbite culturelle et commerciale de la Grande-Grèce.
Dès le VIe siècle avant notre ère, l’influence hellénique marque durablement le paysage religieux et urbain. L’édification du Temple dorique, situé dans ce qui deviendra le Forum triangulaire, constitue le vestige le plus spectaculaire de cette période. Ce sanctuaire, construit selon les canons architecturaux grecs, témoigne de la richesse d’une cité déjà florissante. Parallèlement, l’introduction du culte d’Apollon transforme le centre religieux de la ville. Cette période favorise l’essor du commerce maritime et l’ouverture de Pompéi sur la Méditerranée, jetant les bases d’une culture cosmopolite où l’usage du grec restera un signe de distinction.
Peu après, les Étrusques s’installent dans la région dès 524 avant notre ère. Ils utilisent le Sarno comme voie de communication vers l’intérieur des terres. Sous leur contrôle, Pompéi intègre la Ligue étrusque et se dote de ses premières structures monumentales. Un premier espace de marché préfigure alors le futur forum, tandis qu’on élève le temple d’Apollon. C’est à cette époque que l’habitat privé adopte l’atrium toscan, élément architectural qui restera la signature de la domus romaine. Cette phase de prospérité est protégée par une imposante enceinte en tuf, le mur de pappamonte, dont le tracé englobe déjà une vaste surface.
Pompéi sous la domination Samnite et comme cité alliée de Rome.
Guerriers montagnards venant de l’Apennin, les Samnites arrivent en Campanie vers 424 avant notre ère. La prise de Cumes marque un tournant radical pour la région. Les Samnites ne font pas qu’occuper la cité : ils l’agrandissent en adoptant les principes d’urbanisme les plus modernes. Autour de l’ancien noyau urbain des Regio VII et VIII, qui conserve son tracé primitif et tortueux, ils imposent un premier schéma directeur fondé sur le plan hippodamien (plan en damier). Ils renforcent également l’enceinte de pierre, le mur de Sarno, et régularisent les axes de circulation autour de l’ancien noyau urbain des Regio VII et VIII.
À l’issue des guerres samnites, en 290 avant notre ère, Pompéi est forcée d’accepter le statut de cité alliée (socii) de Rome. Elle conserve cependant son autonomie administrative et linguistique, restant dominée par une aristocratie samnite dirigée par des meddices. Durant cette période, la ville s’enrichit grâce à l’exportation du vin et de l’huile, profitant de l’expansion romaine pour conquérir de nouveaux marchés. Au IIe siècle avant notre ère, cette opulence permet l’édification de monuments prestigieux témoignant d’un hellénisme florissant : le Grand Théâtre, la Basilique et les Thermes de Stabie.
La colonie de Sylla et la normalisation romaine.
Le tournant décisif survient en 89 avant notre ère. Durant la Guerre sociale, Pompéi s’élève contre Rome. Elle subit un siège violent mené par le général Sylla, dont les traces d’impacts de balistes sont encore visibles sur les remparts. Pompéi perd son autonomie et est réduite au rang de colonie romaine en 80 avant notre ère, sous le nom de Colonia Cornelia Veneria Pompeianorum. L’implantation de vétérans romains entraîne une transformation radicale du paysage urbain. Cette normalisation réussie se traduit par l’achèvement du Forum, la construction de l’amphithéâtre et la mise en place d’infrastructures hydrauliques de pointe.
Au premier siècle de notre ère, Pompéi atteint sa pleine maturité démographique avec une population estimée entre 8 000 et 12 000 habitants. La cité devient une escale commerciale prospère et une villégiature prisée par l’aristocratie impériale. Cependant, cet équilibre est rompu en 62 de notre ère par un violent séisme qui endommage gravement la majorité des édifices publics et privés.
En 79 de notre ère, au moment de l’éruption, Pompéi n’a pas encore effacé les stigmates de cette catastrophe. La ville est un vaste chantier. De nombreux monuments et de riches domus étaient en cours de restauration, expliquant la découverte d’outils et de fresques inachevées sous les cendres.

© Auteur inconnu ou Marcus Cyron, CC BY-SA 3.0.
Pompéi en chiffres, les statistiques d’une cité provinciale romaine.
L’état des lieux de la cité en 79 de notre ère peut se résumer par quelques indicateurs clés qui témoignent de sa vitalité.
Enceinte fortifiée : 3,2 kilomètres de long, percée de 7 portes monumentales.
Superficie : 66 hectares à l’intérieur des remparts.
Population estimée : Entre 8 000 et 12 000 habitants (en tenant compte des esclaves).
Trame urbaine :
9 Regio (quartiers) découpées par des dizaines d’insulae.
5 nécropoles principales, situées près des portes mais hors des murs.
Adduction d’eau et bains publics:
1 réservoir d’eau alimentant plus de 40 fontaines publiques.
4 thermes intra-muros et un complexe thermal suburbain.
Commerce et services :
Plus de 80 thermopolia (restauration rapide).
Environ 35 boulangeries (pistrina).
Un lupanar et entre 25 et 30 « chambres de passage », où se pratiquait la prostitution.
Capacité des édifices de spectacles :
20 000 places pour l’Amphithéâtre (soit plus que la population totale).
5 000 places pour le Grand Théâtre.
Environ 1500 places dans l’Odéon.
Les recherches archéologiques en cours depuis plus de 150 ans ont permis de dégager les deux tiers de la ville antique.
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L’organisation spatiale de Pompéi : un modèle de cité provinciale romaine.
La morphologie de Pompéi, son enceinte et les espaces extra-muros.
La structure de Pompéi est indissociable de sa géologie : la cité repose sur un plateau de lave préhistorique s’avançant vers la mer. Cette topographie offre une défense naturelle sur trois versants, surplombant la vallée du Sarno. Le fleuve a exercé une influence déterminante sur le développement de l’urbanisme romain. Il servait de barrière protectrice au sud et de moteur économique majeur. Fleuve navigable, le Sarno connectait l’arrière-pays fertile de la Campanie à la Méditerranée. Pompéi devint ainsi le port naturel des cités de Nola et Nuceria.
Pour compléter ces protections, une enceinte fortifiée de 3,2 kilomètres de long fut érigée. Renforcée à l’époque samnite par un agger (un remblai de terre massif soutenu par une double courtine), elle délimite un espace urbain de 66 hectares. Sept portes monumentales, dont la Porte de la Marine tournée vers le rivage, assurent la communication avec le territoire environnant.

L’influence de la cité s’étend bien au-delà des remparts. Conformément aux traditions funéraires romaines, les nécropoles s’alignent à l’extérieur des murs, le long des axes de communication majeurs. La célèbre Voie des Tombes, à la sortie de la Porte d’Herculanum, constitue le témoignage le plus prestigieux de cette pratique.
Cet espace suburbain accueillait également des infrastructures indispensables à la survie et à la prospérité de la cité :
- les infrastructures portuaires, situées près de l’embouchure du Sarno, connectaient Pompéi à la Méditerranée et au grand commerce, permettant notamment l’exportation massive du vin et de l’huile produits par la cité
- les zones artisanales : les complexes comme les briqueteries et les tuileries, gourmands en espace et présentant des risques d’incendie, étaient relégués hors des enceintes
- les villas suburbaines étainet de vastes domaines résidentiels et agricoles, tels que la Villa des Mystères, profitant de la proximité urbaine tout en exploitant les terres volcaniques fertiles du Vésuve.
Le tissu urbain : densité et système de voirie.
À l’intérieur des remparts, la cité présente une densité urbaine élevée. Contrairement à l’image d’une ville plane, Pompéi s’organise verticalement. De nombreuses insulae (îlots d’habitations) possèdent des étages supérieurs. Ces niveaux accueillaient des appartements loués à la classe moyenne ou des logements destinés au personnel domestique.

L’urbanisme romain à Pompéi repose sur une adaptation rigoureuse de la voirie au plan hippodamien en tenant compte des contraintes topographiques du plateau de lave. La ville s’organise autour d’axes directeurs orthogonaux : les decumani (est-ouest) et les cardines (nord-sud). Le Decumanus Maximus, formé par la Via de l’Abbondanza et la Via di Nola, constitue l’artère vitale de la cité. Cette grille géométrique permet une division administrative précise en neuf Regio, elles-mêmes subdivisées en insulae (îlots urbains).
La circulation y était intense mais régulée. Les rues étaient pavées de gros blocs de basalte (le basolato). Beaucoup conservent des ornières profondes creusées par le passage répété des charrettes. Pour garantir la sécurité des piétons, des trottoirs surélevés bordent les chaussées. Des blocs de pierre transversaux, véritables passages cloutés antiques, permettent de traverser la rue sans descendre dans la voie, évitant ainsi les eaux de ruissellement et les déchets, sans interrompre le flux des véhicules.
L’ingénierie hydraulique : adduction et distribution.
Le réseau d’adduction d’eau représente un sommet de l’ingénierie romaine. Pompéi est raccordée à l’aqueduc d’Auguste, l’Aqua Augusta. Egalement appelé aqueduc de Serino, il captait les sources de l’Apennin. L’eau parvenait au Castellum Aquae, un château d’eau sophistiqué situé au point culminant de la ville, à 42 mètres d’altitude, près de la porte du Vésuve. Ce répartiteur gérait la pression et la distribution vers trois réseaux distincts, classés par priorité :
- Les fontaines publiques, disposées aux carrefours pour l’usage gratuit des résidents.
- Les thermes, un élément central de la culture romaine, qui nécessitaient un débit constant pour les bassins chauds et froids.
- Les domus privées, dont les plus importantes disposaient d’une arrivée d’eau courante à domicile, car leurs bénéficiaires devaient s’acquitter du paiement d’une taxe spécifique.
Le système d’évacuation des eaux complète ce dispositif. L’inclinaison naturelle du plateau et un réseau de bouches d’égouts drainent les eaux usées hors de la cité. Dans la majorité de la cité, l’évacuation se faisait à ciel ouvert, par le ruissellement dans les rues, d’où la hauteur des trottoirs. Seules quelques zones, autour du forum, possédaient de véritables égouts souterrains. Cette gestion hydraulique garantissait une salubrité remarquable à Pompéi avant la catastrophe de 79 de notre ère.

Vie civique et économique à Pompéi : les forums et les édifices publics.
Le Forum : centre névralgique de la vie publique.
Le forum constitue le cœur politique, religieux et juridique de Pompéi. Cette vaste place rectangulaire, qui était interdite à la circulation des véhicules, était bordée de portiques à double étage qui unifiaient visuellement l’espace.
Les temples et édifices religieux autour du forum.
Le côté nord du forum est dominé par le Temple de Jupiter, transformé en Capitole après la déduction de la colonie romaine par Sylla. Dédié à la triade capitoline (Jupiter, Junon, Minerve), il symbolise l’allégeance directe à Rome. Gravement endommagé par le séisme de 62, le temple était encore ruiné en 79, et le culte était temporairement transféré au temple de Jupiter Meilichios.
À l’ouest, le Temple d’Apollon, l’un des plus anciens de la cité, témoigne des racines grecques et étrusques de Pompéi.

Le culte de l’Empereur est également manifeste sur le forum avec le Temple de Vespasien et le Sanctuaire des Lares Publics, destinés à célébrer la loyauté envers la figure impériale et les divinités protectrices de la cité.
Les édifices civils et judiciaires.
À l’angle sud-ouest se dresse la Basilique, l’édifice le plus imposant du Forum. Dans l’urbanisme romain, la basilique n’a pas de fonction religieuse : elle sert de tribunal et de centre d’échanges financiers. À l’extrémité sud de la place se trouvent trois édifices administratifs destinés aux magistrats locaux et au conseil municipal (l’Ordo Decurionum), ainsi que le Comitium, espace réservé aux élections.
L’économie et le commerce : Macellum et Eumachia.
L’activité économique du Forum est encadrée par des bâtiments spécialisés :
Les Mensa Ponderaria : Encastrée dans le mur du temple d’Apollon, cette table de contrôle des poids et mesures garantissait l’équité des transactions commerciales sur le forum.
Le Macellum : Situé au nord-est, ce marché couvert disposait d’une tholos centrale (bassin) pour le nettoyage du poisson et de boutiques pour les denrées périssables.
L’Édifice d’Eumachia : Construit par la prêtresse Eumachia, ce vaste monument servait probablement de siège à la corporation des foulons (travailleurs du textile). Il souligne l’importance de l’industrie de la laine à Pompéi, bien qu’il ait aussi pu servir de marcher aux esclaves.
L’économie locale : marchés et commerces de rue.
Au-delà du calme solennel du forum, Pompéi bouillonne d’une activité commerciale incessante. La ville fonctionne comme un centre de services et de petite industrie. Les rues sont jalonnées de thermopolia, l’équivalent antique de la restauration rapide – la cité en comptait plus de 80. Ces établissements disposent de comptoirs en maçonnerie où des jarres encastrées conservaient les aliments chauds pour les travailleurs et les passants.
L’industrie textile occupe également une place prépondérante. Les fullonicae, ou blanchisseries, traitaient la laine et les vêtements. La fullonica de Stephanus, située sur la Via de l’Abbondanza, est l’une des mieux conservées. Elle illustre le processus complexe de nettoyage et de foulage des étoffes.
Les boulangeries (pistrina) complètent ce paysage urbain. On y trouve des fours massifs et des meules en pierre volcanique actionnées par des ânes. Ces installations permettaient une production de pain à grande échelle, essentielle pour nourrir une population urbaine dense avant la catastrophe de 79 de notre ère.

Le Forum triangulaire : un héritage grec face au Sarno.
Le Forum triangulaire constitue l’un des espaces les plus singuliers de l’urbanisme pompéien. Érigé sur une crête de lave escarpée dominant la vallée du Sarno, ce complexe se distingue du forum civil par son absence de fonctions commerciales ou politiques. Son tracé, dicté par la topographie abrupte, s’articule autour du Temple dorique, vestige majeur de l’occupation hellénique du VIe siècle avant notre ère.
Cet espace sacré servait de zone de déambulation. On y accède par un propylée à colonnes ioniques marquant la transition vers le quartier des théâtres. Outre le temple, le site intègre une esplanade de promenade. Bordée de portiques, elle disposait d’exèdres offrant aux citoyens une vue imprenable sur le fleuve et la côte. Ce balcon sur la Méditerranée soulignait l’aspect spectaculaire de la cité avant 79 de notre ère. Les promeneurs pouvaient aussi voir une tholos (un édicule circulaire monoptère protégeant un puits sacré creusé dans le tuf), ainsi que l’herôon d’Hercule, monument commémoratif rappelant que le héros était considéré comme le fondateur mythique de la cité.
La sphère religieuse : des divinités romaines aux cultes orientaux.
Si le Forum concentre les sanctuaires les plus prestigieux comme le Temple de Jupiter (le Capitole) et celui d’Apollon, la piété pompéienne s’exprime également à travers des cultes plus spécifiques. Ces sanctuaires, disséminés dans la cité, illustrent la diversité spirituelle des habitants avant 79 de notre ère.
Pompéi et la diversité des cultes : dévotions civiques, dieux romains et mystères orientaux.
Le Sanctuaire de Vénus, situé sur une terrasse dominant la mer près de la Porte de la Marine, occupe une position symbolique majeure. Divinité tutélaire de la colonie romaine déduite par Sylla, Vénus protégeait la ville et ses activités maritimes. En reconstruction lors de l’éruption, le temple devait surpasser en faste les édifices du forum.
À l’opposé de cette religion civique, le Temple d’Isis témoigne de l’attrait pour les influences orientales. Situé près du quartier des théâtres, ce sanctuaire consacré à une divinité égyptienne est l’un des monuments les mieux conservés de la ville. Reconstruit rapidement après le séisme de 62, il accueillait des rituels liés aux mystères de la déesse, attirant une population en quête de spiritualité personnelle.
D’autres sanctuaires, comme le temple d’Esculape (ou de Jupiter Meilichios) ou le temple de la Fortune Auguste, situé près du forum et illustrant le culte impérial et la piété des élites locales, complétaient le paysage religieux de la cité.
La présence d’une communauté juive à Pompéi est attestée par des indices archéologiques et épigraphiques. Des inscriptions murales mentionnant des noms comme Maria ou Martha, ainsi que le graffiti « Sodoma Gomora », révèlent une connaissance des textes bibliques au sein de la cité. L’activité économique confirme également l’implantation d’une communauté intégrée au tissu urbain et commercial : la découverte d’amphores portant la mention garum castum indique la production d’une sauce de poisson « pure », respectant les prescriptions alimentaires juives.
Les Laraires La piété domestique et privée : les Laraires et les pratiques ésotériques.

La religion imprègne également l’espace privé de la domus. Chaque maison possède son laraire, un petit autel souvent situé dans l’atrium ou la cuisine. Ces sanctuaires domestiques permettaient aux familles et aux esclaves de rendre un culte quotidien aux Lares, divinités protectrices du foyer. Cette pratique garantissait la prospérité de la maisonnée et constituait le socle de la vie spirituelle romaine.
Outre les religions établies, la vie quotidienne à Pompéi était aussi marquée par de nombreuses pratiques magiques et ésotériques. Les archéologues ont par exemple retrouvé un « trésor de sorcières » dans la Maison du Jardin, contenant des objets en cristal de roche, en ambre et des scarabées, prouvant l’existence de rituels contre le mauvais œil, ainsi que de nombreux talismans et amulettes dans toute la cité.
L’architecture domestique : de la domus à l’insula.
L’urbanisme romain à Pompéi se caractérise par une imbrication étroite entre espaces productifs et zones résidentielles. La structure de l’habitat reflète une hiérarchie sociale rigide, allant de la demeure aristocratique fastueuse aux logements précaires des travailleurs et des esclaves.
Les demeures patriciennes et leur organisation.
La domus patricienne fonctionne comme un outil de représentation sociale. Son architecture suit une progression logique de l’espace public vers l’intimité familiale. Le visiteur entre d’abord dans l’atrium toscan, une vaste pièce centrale à ciel ouvert. Le compluvium (ouverture au toit) permet de recueillir l’eau de pluie dans l’impluvium (bassin central). Cet espace servait à la réception des clients et à l’exposition des portraits des ancêtres.
Au-delà de l’atrium se trouve le péristyle, véritable poumon de la maison. Ce jardin intérieur entouré de colonnades offre un cadre privé, protégé du tumulte de la rue. Autour de cet espace se déploient les salles de réception, notamment le triclinium. Cette salle à manger, souvent richement décorée, accueillait les banquets où les convives mangeaient allongés sur des lits de repos.

Atrium et péristyle de la Maison des Amours Dorées, Mentnafunangann, CC-by-SA 3.0 
Atrium et péristyle de la Maison des Vettii,
Diego Delso, CC-by-SA 4.0
Les jardins et les peintures murales.
L’art de vivre pompéien s’exprime par une quête de prestige visuel. Les jardins, qu’ils soient d’agrément ou productifs, témoignent du statut du propriétaire. Ils intègrent souvent des jeux d’eau, des statues et des canaux décoratifs.
La décoration intérieure repose sur un système complexe de peintures murales à fresque. Ces décors visaient à agrandir l’espace par des trompe-l’œil ou à afficher une culture hellénistique raffinée. Les scènes mythologiques et les paysages étaient des standards de l’esthétique urbaine avant 79 de notre ère.
Les maisons modestes et les esclaves.
L’habitat populaire diffère radicalement du modèle aristocratique. La majorité de la population réside dans des insulae, des immeubles de rapport à plusieurs étages. Au rez-de-chaussée, les artisans occupent souvent une boutique ouverte sur la rue. Ces commerces disposent d’une mezzanine étroite, la pergula, servant de logement à la famille et aux apprentis.
Les esclaves, essentiels au fonctionnement de la cité, ne disposent d’aucun espace propre. Dans les grandes domus, ils dorment dans des petites cellules aveugles (cellae) ou dans les espaces de service. Leur présence est invisible mais omniprésente, que ce soit dans les cuisines, les écuries ou les fullonicae (blanchisseries) où ils effectuent les tâches les plus rudes.
Jeux et plaisirs à Pompéi : les infrastructures du loisir.
La vie sociale à Pompéi est rythmée par une offre de divertissements variée, allant des démonstrations de force aux plaisirs plus intimes. Ces activités se déroulaient dans des complexes architecturaux monumentaux qui témoignent de l’importance accordée par Rome au contrôle social par les loisirs.
L’amphithéâtre et les théâtres.
Pompéi possède l’un des plus anciens amphithéâtres du monde romain, construit vers 70 avant notre ère. Contrairement au Colisée de Rome, ses gradins s’appuient en partie sur un remblai de terre. Construit grâce aux fonds personnels de deux magistrats de la ville, Caius Quinctius Valgus et Marcus Porcius, qui financèrent aussi la construction de l’Odéon, le monument pouvait accueillir environ 20 000 spectateurs, permettant non seulement à la population de la cité, mais aussi à un public venant des localités avoisinantes, d’assister aux spectacles : des chasses aux fauves (venationes) et des combats de gladiateurs. Un système de velum, de grandes toiles tendues, protégeait le public du soleil.

Image libre de droits.

Le quartier des théâtres, situé au sud de la cité et bordant le forum triangulaire, comprend deux édifices distincts :
- Le Grand Théâtre : de type grec, il accueillait 5 000 personnes pour des tragédies et des comédies.
- L’Odéon (Petit Théâtre) : couvert d’un toit pour une meilleure acoustique, il servait aux spectacles musicaux et aux lectures de poésie.
La Grande Palestre et les exercices physiques.
Adjacente à l’amphithéâtre, la Grande Palestre apparaît comme une vaste place fermée entourée de portiques. Ce complexe était dédié à l’entraînement physique de la jeunesse et des athlètes. Au centre, une piscine (natatio) permettait aux pratiquants de se rafraîchir. Bien qu’il n’existe pas de stade ou d’hippodrome spécifique pour les courses de chars à Pompéi (le terrain ne le permettant pas), la Palestre servait de cadre aux compétitions sportives et aux exercices militaires.

Les thermes : l’importance des bains publics.
Les bains publics sont essentiels à l’hygiène et à la vie politique de la cité. Pompéi dispose de plusieurs complexes, dont les Thermes de Stabies et les Thermes du Forum. Le parcours de soins suivait une progression thermique rigoureuse :
- L’apodyterium : Les vestiaires où l’on déposait ses vêtements.
- Le frigidarium : Le bain froid.
- Le tepidarium : Une salle tiède servant de transition.
- Le caldarium : Le bain chaud, chauffé par un système d’hypocauste (air chaud circulant sous le sol).
Les thermes étaient des lieux de détente et de sociabilisation importants dans la culture romaine.

Lupanars et autres loisirs urbains.
Les plaisirs de la cité incluaient également la prostitution. Le grand lupanar de Pompéi est le seul édifice de la ville construit spécifiquement pour cette fonction. Situé dans la Regio VII, il possède deux étages avec de petites chambres avec des lits en maçonnerie, ornées de peintures érotiques qui servaient de catalogue de services. Cependant, la ville comptait aussi entre 25 et 30 lieux où se pratiquaient aussi la prostitution : les cellae meretriciae – chambres de passages. Il s’agissait souvent d’une seule petite pièce, ouvrant directement sur la rue, et souvent situées près d’auberges, tavernes ou thermopilia.
Dans ces établissements, également essentiels aux loisirs, les Romains pouvaient se restaurer, se rafraîchir et s’adonner à des jeux de hasard (comme les dés ou les latroncules). Les joutes oratoires sur le forum et les déambulations dans les portiques ombragés complétaient cet art de vivre urbain avant la catastrophe de 79 de notre ère.
>> A Pompéi, des fouilles révèlent un thermopilia, genre de fast-food de l’époque romaine.
L’étude de Pompéi révèle une cité dont l’identité urbaine ne s’est pas figée en un jour, mais s’est forgée au gré des conquêtes et des hybridations culturelles. De ses racines osques et samnites à sa transformation en colonie romaine par Sylla, la ville a su intégrer les standards de Rome tout en préservant un vibrant héritage hellénistique. Cette stratification architecturale, visible dans la transition de l’atrium toscan vers le péristyle ou dans la rigueur du plan hippodamien, fait de Pompéi un laboratoire unique de la vie antique.
L’éruption du Vésuve en 79 de notre ère a paradoxalement immortalisé ce qui n’était alors qu’un état transitoire : une ville en pleine reconstruction après le séisme de 62, témoignant de la résilience de son économie et de la sophistication de ses infrastructures. Aujourd’hui encore, chaque Regio et chaque ruelle pavée de basolato continuent de livrer des secrets sur l’organisation sociale et le génie technique d’une cité qui fut, durant des siècles, un carrefour important de la Campanie romaine.





