La tragédie de l’expédition Franklin bientôt élucidée ?

C’est une histoire à donner froid dans le dos et l’une des grandes tragédies navales du XIXe siècle. Pas un homme ne revient de l’expédition envoyée par la Royal Navy sous les ordres de John Franklin en 1845 pour explorer un passage nord-ouest à travers l’Arctique. La découverte de l’épave du HMS Erebus en 2013 vient d’être complétée par celle du HMS Terror en septembre et pourrait lever les mystères entourant le sort funeste de ces aventuriers.

Une aventure du XIXe siècle… qui finit mal

En rouge, les voies navigables possibles. En bleu, le site d'abandon des navires. En violet, le site des deux épaves.
En rouge, les voies navigables possibles. En bleu, le site d’abandon des navires. En violet, le site des deux épaves.

Le XIXe siècle est une époque propice aux explorations plus ou moins scientifiques, exacerbée par l’expansion colonialiste des puissances européennes et les progrès technologiques. Dans cette optique, la Royal Navy a pour projet de reconnaître une potentielle route maritime navigable au nord du Canada qui pourrait permettre une communication beaucoup plus rapide entre l’Extrême-Orient et la Grande-Bretagne et servir ainsi les intérêts commerciaux britanniques. Le réchauffement climatique, en entraînant la fonte des glaces, remet d’ailleurs cette idée d’actualité.

L’expédition est menée par le capitaine John Franklin, un homme expérimenté qui a déjà participé à plusieurs expéditions. Elle rassemble 129 hommes répartis sur deux navires : le HMS Terror, un vaisseau de guerre à trois-mats qui a participé à la guerre américano-anglaise de 1814 en bombardant Baltimore en 1816, et le HMS Erebus.

Après son départ au printemps 1845 et des débuts prometteurs, l’expédition se retrouve prise dans les glaces. On connaît assez bien cette première phase de la catastrophe, car une note laissée par le capitaine du Terror fut retrouvée en 1859 dans un cairn. On sait ainsi que Franklin meurt en 1847 et qu’en avril 1848, après deux hivers piégés dans les bateaux, une centaine de survivants les abandonnent.

On pensait que ceux-ci avaient encore survécu quelques mois avant de tous disparaître. La découverte des restes humains sur l’île du roi Guillaume et sur le continent ont montré que les hommes moururent en effet de froid ou de faim entre 1848 et 1850, voire 51 ; par ailleurs, beaucoup montraient des traces de cannibalisme. Dans une région aux froids extrêmes et où la vie animale est presque absente, l’espoir de regagner des régions habitées par la terre était mince.

La découverte des épaves

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L’abandon des navires, vue d’artiste du XIXe siècle.

Beaucoup de causes ont été avancées pour expliquer le désastre de l’expédition : scorbut, botulisme, empoisonnement par le plomb (qui scellait les conserves emportées)… Les corps de quelques hommes d’équipage décédés avant que les navires ne se retrouvent pris dans les glaces, et qui ont été retrouvés en bon état dans le permafrost, ont montré qu’ils étaient morts de la tuberculose.

La découverte du HMS Erebus en 2014 loin du lieu d’abandon supposé des navires avait cependant jeté un doute sur ce que l’on pensait savoir de la fin de l’expédition. Le repérage de l’épave du HMS Terror, confirmée en septembre 2016, semble également montrer que les choses ne se sont pas déroulées exactement comme on l’a longtemps supposé. L’épave gît en excellent état par un peu plus de 20 mètres de fond… à 92 km au sud de celle du HMS Erebus, soit encore plus loin que là où les navires avaient été abandonnés. Le Terror semble de plus avoir été calfeutré en prévision de l’hiver.

L’hypothèse la plus probable pour le moment est cependant qu’après avoir abandonné les navires une première fois, les hommes d’équipage y soient remontés et les aient de nouveau manœuvrés plus tard, dans une tentative de se sortir du piège mortel où ils se trouvaient.

Au contraire de l’épave du Erebus, en assez mauvais état, celle du Terror est très bien conservée, et beaucoup de son mobilier paraît intact. Cela laisse espérer que des futures recherches permettront d’apporter de nouveaux éléments et éclairer le sort tragique de ces aventuriers.

 

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