Une croix liturgique de Limoges du XIIIe siècle découverte dans une église en Hongrie
Une fouille préventive menée sur le site de l’église médiévale d’Avas à Szigliget, près du lac Balaton, vient d’aboutir à une double découverte remarquable. Lors du remplacement d’un sol en gravier dans la sacristie, l’équipe d’archéologues a mis au jour des fragments d’une croix liturgique dorée originaire de Limoges ainsi que des restes rares de cotte de mailles en fer.
Des découvertes spectaculaires au terme de neuf mois de chantier.
Les opérations archéologiques menées sous la direction de Győrffy-Villám Zsombor étaient liées aux travaux de terrassement d’un centre d’accueil. Ces travaux se sont poursuivis en plusieurs phases, pour s’achever au terme de neuf mois de chantier. C’est à l’avant-dernier jour des interventions que les découvertes les plus significatives ont émergé sous la couche de gravier de la sacristie :
- Des éléments en fer lourdement corrodés, identifiés dès leur extraction comme des anneaux et fragments de cotte de mailles médiévale.
- Des plaques en alliage de cuivre verdâtre recouvertes de dorure et finement gravées, correspondant aux vestiges d’une croix de procession ou d’autel.
La présence de matériel défensif tel qu’une cotte de mailles à l’intérieur d’un espace sacré demeure particulièrement inhabituelle pour la période médiévale.

Un chef-d’œuvre de l’orfèvrerie de Limoges sous la dynastie des Árpád.
L’analyse des fragments métalliques par les restaurateurs du musée et de la bibliothèque Wass Albert a révélé que les éléments en cuivre doré appartenaient à une croix fabriquée dans les ateliers de Limoges, en France. Au cours du XIIIe siècle, la ville de Limoges constituait un centre européen majeur pour la fabrication d’objets religieux en émail champlevé et en cuivre doré, exportant ses productions à travers tout le continent, y compris dans le Royaume de Hongrie.
Bien que les figures émaillées qui ornaient l’objet aient disparu, les fragments conservés présentent des traces bien visibles de dorure d’origine et de motifs gravés, le contour net du corps du Christ crucifié et un état de conservation permettant de reconstituer la quasi-totalité de l’apparence originale de cette pièce liturgique datant de l’époque des Árpád, la dynastie ayant régné sur le pays depuis la fin du IXe siècle jusqu’en 1301.
L’église d’Avas : un témoin architectural du Balaton médiéval.
L’église d’Avas, également connue sous le nom de Csonka-torony (la « tour tronquée »), est un édifice roman érigé aux XIIe et XIIIe siècles. Construite en pierre de basalte locale sur les fondations d’une ancienne structure d’époque romaine, elle desservait à l’origine le village médiéval d’Avas ou Újfalu.
Le site historique présente des caractéristiques architecturales et chronologiques bien documentées. Une tour octogonale en basalte constitue le vestige principal du sanctuaire roman d’origine. Le site a connu un abandon progressif au milieu du XVIe siècle, à l’époque où les incursions ottomanes ont provoqué le dépeuplement de la région. Outre sa fonction paroissiale, l’église était également entourée d’un cimetière à l’époque médiévale.
Des réseaux d’échanges internationaux à l’époque médiévale.
L’exhumation d’un objet liturgique français au sein d’une église paroissiale des bords du lac Balaton confirme l’intégration du Royaume de Hongrie dans les réseaux commerciaux et culturels d’Europe occidentale au XIIIe siècle. Ces pièces témoignent du niveau de richesse et des connexions artistiques dont bénéficiaient les communautés religieuses locales.
Ce chantier d’archéologie préventive montre qu’une intervention ciblée sur une surface restreinte peut apporter des données inédites sur la culture matérielle, l’art sacré et l’histoire militaire du Moyen Âge central.

