Exceptionnel trésor byzantin en or retrouvé dans une épave du VIIe siècle en Croatie
Dix-neuf années de prospections sous-marines menées par le Département d’archéologie sous-marine de l’Institut croate de conservation au large de l’île de Mljet ont permis de recenser 20 épaves inédites, s’étalant du IIe siècle avant notre ère jusqu’au XVIe siècle. Parmi ces gisements, un navire byzantin daté de la fin du VIIe ou du début du VIIIe siècle s’impose comme l’une des découvertes les plus significatives de cette période en Méditerranée. Les campagnes de fouilles dirigées par Igor Miholjek et Pavle Dugonjić ont permis d’exhumer plus de 600 grammes d’or restaurés, constituant la plus importante concentration de métal précieux jamais découverte dans un contexte naufragé méditerranéen.
Des parures aristocratiques et la chevalière d’un haut dignitaire de l’Empire.
Initiées en 2015, les neuf campagnes de recherche ont révélé des éléments décoratifs d’un luxe sans équivalent. Les archéologues ont extrait quatre ensembles complets de ceintures en or, ainsi que des boucles et des ferrets ornés d’émeraudes, de rubis et de perles. Ces garnitures de cuir élaborées étaient strictement réservées aux dignitaires byzantins de haut rang pour marquer leur position dans la hiérarchie impériale. De tels objets n’avaient encore jamais été localisés dans un contexte sous-marin en Méditerranée.
Parmi les pièces remarquables figure un anneau sigillaire en or gravé à l’effigie d’un empereur de la dynastie des Héraclides (610 à 711). Confiée exclusivement aux hauts fonctionnaires civils ou militaires habilités à sceller les documents officiels, cette bague incarnait l’autorité de l’État. Les chercheurs émettent l’hypothèse qu’il s’agissait d’un présent diplomatique ou du bien personnel d’un haut dignitaire présent à bord.

Des monnaies impériales et de la vaisselle marchande pour dater le naufrage.
Le gisement a également livré des monnaies d’or frappées sous quatre empereurs distincts de la dynastie des Héraclides, permettant de situer le naufrage à la fin du VIIe ou au début du VIIIe siècle. Malgré l’instabilité politique qui traversait alors l’Empire byzantin, cette découverte atteste du maintien des réseaux maritimes à longue distance et des déplacements officiels à travers la mer Adriatique.
Outre les objets d’élite, le navire transportait une marchandise commerciale diversifiée. La récupération d’amphores, de balances de marchand, de jetons en ivoire et de vaisselle céramique (notamment des bols, des assiettes et des brocs) témoigne d’un usage mixte, combinant transport officiel et activités marchandes.
Un abri naturel au cœur des grandes routes maritimes de l’Adriatique.
L’île de Mljet se situe le long d’une voie maritime majeure reliant l’Orient et l’Occident méditerranéens. Les chercheurs supposent que le bâtiment a coulé en cherchant à se mettre à l’abri d’une tempête dans la baie de Polače, un havre naturel réputé abritant un complexe palatial de l’Antiquité tardive.
Les analyses en cours mobilisent plusieurs institutions internationales. Le professeur Justin Leidwanger de l’Université Stanford étudie la cargaison et les céramiques. Les spécialistes Falko Daim et Levante Samu analysent les techniques de fabrication et les motifs décoratifs des ceintures d’or, tandis que le docteur Željko Demo assure l’étude numismatique. Le soutien logistique est assuré par le commandement d’intervention de la police croate, le centre de plongée Aquatica Mljet et la société NavArchos, dirigée par le docteur Anton Divić.

Un témoignage inestimable sur l’administration et le commerce byzantins.
En réunissant les compétences d’experts internationaux, l’étude de l’épave de Mljet apporte des preuves matérielles indispensables sur la logistique, l’administration et la navigation de l’Empire byzantin à la fin du VIIe siècle. Cette découverte exceptionnelle démontre la résilience du commerce méditerranéen et la mobilité des élites à une époque marquée par de grands bouleversements politiques.
Source de l’article sur byzantine-world et HRZ
Crédits photographiques: Hrvatski restauratorski zavod, 20.07.2026.



