Mosaïques romaines d’exception : les révélations de la villa de Pompeiopolis.
Des fouilles archéologiques menées sur le site antique de Pompeiopolis, situé dans la province de Kastamonu au nord de la Turquie, ont mis au jour de spectaculaires mosaïques provenant d’une imposante résidence romaine. Datée du IIe siècle de notre ère, cette villa s’étend sur au moins 3 000 mètres carrés, ce qui en fait l’une des trois plus grandes demeures privées romaines documentées en Anatolie. Les recherches actuelles, conduites sous la direction du professeur Mevlüt Eliüşük de l’université de Karabük pour le compte du ministère turc de la Culture et du Tourisme, mobilisent une équipe pluridisciplinaire de 45 spécialistes, dont 15 archéologues italiens.
Une cité fondée par Pompée au Ier siècle avant notre ère.
Fondée en 64-63 avant notre ère par le général romain Pompée le Grand après sa victoire sur le roi Mithridate VI du Pont, Pompeiopolis s’impose rapidement comme le centre politique et économique majeur de la Paphlagonie antique. Érigée dans la vallée de la rivière Amnias – l’actuelle Gökırmak – sur le territoire de la commune moderne de Taşköprü (province de Kastamonu), la cité intègre d’abord la province romaine de Bithynie-Pont avant d’être rattachée à la Galatie, puis d’obtenir le statut de métropole régionale au IIe siècle de notre ère. Pompeiopolis constitue alors un carrefour stratégique du nord de l’Anatolie, voyant émerger de grandes familles de l’aristocratie impériale et maintenant un rayonnement urbain continu durant toute l’Antiquité.
Une campagne majeure de conservation du triclinium.
La campagne de fouilles 2026 concentre une grande partie de ses efforts sur la restauration du triclinium, la salle à manger formelle de la résidence. Cet espace de 112 mètres carrés conserve des sols décorés constitués de milliers de tesselles formant des motifs géométriques et figuratifs. Environ 10 mètres carrés de mosaïques ont été consolidés en 2025, et les interventions se poursuivent sur quatre mois. La minutie des décors et le niveau d’exécution technique suscitent des comparaisons directes avec les célebres mosaïques de Zeugma. Les équipes d’archéologues appliquent des méthodes de stabilisation réversibles pour prémunir ces œuvres de l’érosion et des dégradations biologiques, des facteurs risquant de détruire certaines sections d’ici quelques années sans intervention d’urgence.

Quatre siècles d’occupation par l’élite provinciale.
L’analyse stratigraphique et architecturale montre que la structure a fonctionné du IIe au VIe siècle de notre ère, offrant un témoignage archéologique continu sur environ 400 ans. Cette durée d’occupation reflète l’évolution du mode de vie des élites provinciales romaines puis byzantines dans le nord de la péninsule anatolienne. La présence d’un complexe résidentiel de cette ampleur dans la région du Pont et de la mer Noire remet en question les modèles d’occupation du sol, jusqu’ici concentrés sur les régions méridionales et occidentales de l’Anatolie. Les archéologues estiment que la propriété appartenait vraisemblablement à un haut dignitaire de l’administration romaine.
Perspectives pour la recherche et le patrimoine régional.
Les fouilles menées dans le district de Taşköprü se poursuivront jusqu’à la fin du mois d’octobre 2026 grâce au soutien financier de la Direction générale des patrimoines culturels et des musées, complété par des partenaires locaux et privés. Au-delà des problématiques scientifiques axées sur l’urbanisme et le programme décoratif de la ville antique, la mise en valeur du site vise à intégrer Pompeiopolis dans le circuit touristique de la région de la mer Noire. L’aménagement des infrastructures doit permettre l’accueil futur du public tout en garantissant la préservation à long terme de ce patrimoine exceptionnel.
Source et crédits photographiques: Ministère de la Culture et du Tourisme de la République de Turquie
