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Les Incas, mystères et archéologie d’une civilisation disparue

Les mystères liés aux Incas expliquent en grande partie la fascination qu’a exercé et exerce toujours cette civilisation disparue sur l’imaginaire collectif. Son ascension fulgurante, jusqu’à devenir le plus grand empire qu’ait connu l’Amérique du Sud précolombienne, puis l’histoire de sa conquête par les Espagnols et du pillage de ses trésors ont jeté les bases de cette fascination. A l’époque où le Pérou prend son indépendance et se cherche une identité, les vestiges monumentaux des Incas et l’exploration spectaculaire du Machu Picchu assurent sa prolongation.

Mais l’intérêt que suscite cette civilisation s’explique aussi par sa disparition brutale et dramatique, et le grand nombre de mystères qu’elle a laissé en suspens. Ces énigmes et les mythes qu’ils ont engendré constituent un puissant aimant pour les touristes, les explorateurs et chercheurs, recommandables ou non. L’archéologie, menée de manière plus ou moins sauvage, a également largement contribué à créer cette fascination. Les découvertes sensationnelles des cités perdues incas, et notamment du Machu Picchu, ont eu un grand retentissement dans le monde entier et comptent dans l’imaginaire collectif parmi les plus grandes découvertes archéologiques de tous les temps. Pourtant, le terrain reste encore largement inexploré et continue d’apporter – ou de laisser espérer – toujours plus de trouvailles et la résolution de quelques uns des mystères des Incas.


L’empire inca : une ascension nimbée de mystères et une chute dramatique.

A l’arrivée des Espagnols en 1527, les Incas règnent sur un empire immense qui sur plus de 4000 km, du nord du Chili et de l’Argentine jusqu’en Colombie. Même si la région andine a vu plusieurs grands empires naître et s’écrouler pendant plusieurs millénaires – on peut cité parmi eux Tihuanaco, les Huaris ou encore les Chimu – aucun d’entre eux n’a été aussi vaste.

La rapidité avec laquelle les Incas, peuple pastoral déjà établi autour de Cuzco au XIIe siècle, parviennent à constituer ce qui a été le plus grand empire précolombien – et l’un des plus grands à l’échelle mondiale – ne manque pas d’interroger. En effet, l’essor des Incas est tardif et ne remonte qu’au XVe siècle, soit à peine un siècle avant que la conquête espagnole.


Comment les Incas ont-ils réussi à constituer en moins d’un siècle un empire aussi vaste ?

carte-empire-incaEncore aujourd’hui, cela reste un mystère. Les Incas n’ayant pas d’écriture et s’appuyant essentiellement sur la transmission orale, les sources historiques sont rares et confinent souvent à la légende. Les premiers écrits sur les Incas remontent donc à l’époque de la conquête ou au début de la colonisation et sont souvent partiaux, dans un sens ou dans l’autre.

Si l’on sait que les Incas étaient à l’origine établis autour de Cuzco et de sa vallée, sur les hauts plateaux andins, la chronologie de leurs conquêtes est plus difficile à établir. Selon les récits recueillis par les Espagnols de la bouche même des membres de la famille royale, ce serait l’Inca Pachacutec qui aurait bâti l’empire au XVe siècle.

Appelé « empire des quatre quartiers » par les Incas, leur empire s’organise autour du roi, l’Inca, et de leur capitale Cuzco. Le reste est divisé en quatre secteurs selon les directions cardinales. Maintenir la cohésion d’un espace aussi vaste, abritant des populations aussi hétérogènes et parfois hostiles, n’est pas aisé.

La force de l’empire inca s’explique par l’application de trois grands principes. Tout d’abord, le pouvoir est centralisé dans la capitale, Cuzco, où réside d’ordinaire l’Inca (le roi).  Ensuite, l’empire s’appuie sur un système bureaucratique, animé par des dignitaires que les Espagnols  appelleront Orejon (car ils portaient des élargisseurs d’oreilles), qui administrent les provinces conquises. Enfin, l’emploi obligatoire de la langue quechua comme lingua franca.

Par ailleurs, les Incas restaurent ou entretiennent un réseau routier de grande qualité, ainsi que des magasins situés sur les principaux axes et permettant des communications faciles et un ravitaillement plus aisé.

Un autre moyen de contrôler les territoires conquis était le déplacement de population. C’est ce que les Incas ont fait dans les vallées voisines de Quito (aujourd’hui en Equateur) ou dans celles de Tucuman, en Argentine, y installant des populations jugées fidèles à même de les soutenir au niveau local. Inversement, des populations hostiles pouvaient être déplacées dans des zones où le pouvoir des Incas était solide et ou leur capacité de nuisance était ainsi plus réduite.

Enfin, les Incas n’hésitaient pas à mater les révoltes dans le sang. Peu avant le premier débarquement des Espagnols à Tumbes, l’Inca Huayna Capac est ainsi à Quito où il réprime une rébellion avec une grande cruauté.


Pourquoi la conquête de l’empire Inca a été si facile ?

Comme dans la chute de l’empire aztèque, un cocktail de facteurs, mêlant la grande et la petite histoire peuvent expliquer la facilité de la chute de l’empire inca, malgré la gigantesque disproportion des forces en présence.

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Francisco Pizarro.

Tout d’abord, la maladie. En débarquant en 1527, les Espagnols conduits par Pizarre amènent avec eux la variole. Elle va faire des ravages parmi peuples précolombiens de l’empire inca, dont les populations n’ont jamais été exposées à ce virus et n’ont donc pas développé de réponse immunitaire. L’inca Huayna Capac lui-même y succombe.

Or sa mort engendre le deuxième facteur : une crise de succession, qui oppose Guascar, son fils légitime, à son demi-frère bâtard Atahualpa. Le premier est proclamé Inca à Cuzco, le second à Quito. Une guerre fratricide s’ensuit, qui va affaiblir l’Inca. Les Espagnols, arrivant cinq ans plus tard, bénéficient d’un timing parfait et vont pouvoir metter à profit ces divisions internes.

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L’entrevue entre Pizarro et Atahualpa à Cajamarca aboutit au massacre de la suite de l’Inca et à la capture de celui-ci.

En 1532, Pizarro débarque avec 60 cavaliers et 200 soldats. C’est par une série de ruses qu’il va parvenir à abattre l’empire des Incas. Après une première entrevue glaciale avec Atahualpa, une rencontre prévue le lendemain tourne au pugilat. Les Espagnols se saisissent de l’Inca, qui propose en échange de sa libération de remplir une pièce d’or. La rançon est réunie, mais les Espagnols décident finalement d’exécuter Atahualpa. Ils entrent ensuite dans la capitale, Cuzco, et saccagent le temple du soleil.

Par la suite, ils intronisent successivement deux frères d’Atahulpa, qu’ils espèrent manipuler. Après la mort du premier, le second, Manco, s’échappe cependant. Il va fonder le royaume de Vilcabamba, centré dans des régions fortement boisées et plus difficiles d’accès, et affronter les Espagnols. Il assiège même sans succès Cuzco en 1535. Après sa mort en 1544, ses fils continuent d’animer la résistance jusqu’à la destruction de Vilcabamba en 1572 et la capture du dernier Inca, Tupac Amaru, exécuté peu de temps après.

La disparition brutale de l’empire inca laisse de nombreuses questions en suspens. La rareté des sources historiques  – les Incas n’ayant pas d’écriture – et leur caractère souvent légendaire renforcent les énigmes qui entourent cette civilisation. Dès le XIXe siècle, une série de découvertes archéologiques spectaculaires vont frapper les imaginations : tout comme au Mexique, des cités entières oubliées, sont redécouvertes.


A la recherche des mystérieuses cités perdues des Incas.

Après la fin du royaume de Vilcabamba et de la résistance indigène à l’invasion, plusieurs cités, derniers refuges des Incas, sont détruites ou abandonnées. Elles retournent à la végétation et leur emplacement est oublié, mais leur souvenir perdure. Au XIXe siècle, de nombreux aventuriers se lancent à leur recherche – motivés essentiellement, il faut le dire, par l’appât du gain et l’espoir de découvrir les trésors des Incas. Une aventure commence qui va mener à la découverte des cités perdues des Incas. Nombreux sont ceux qui vont tenter de mettre au jour leur mystère, mais le nom d’Hiram Bigham reste étroitement associé à la plupart des découvertes, au premier rang desquelles trône le célèbre Machu Picchu.


La vertigineuse Choquequirao.

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La cité de Choquequirao et son site spectaculaire.

Elle servit de refuge à l’Inca Manco Capac et constituait probablement l’un des points d’entrées dans le royaume de Vilcabamba. C’est la plus anciennement connue des « cités perdues » des Incas, puisqu’elle avait déjà été visitée dès le début du XVIIIe siècle.

Ses terrasses et son site absolument spectaculaires ont poussé les autorités péruviennes à promouvoir ce site, le présentant comme le « second Machu Pichu » et espérant y détourner une partie du flot des visiteurs.


Vitcos, refuge de Manco Capac.

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Vue du site archéologique de Vitcos.

Parmi les cités dont le nom avait été transmis mais dont on avait perdu l’emplacement se trouvait celle de Vitcos. C’est là que Manco Capac est assassiné par des Espagnols en 1544.

Lorsque Hiram Bigham se lance à la recherche de la dernière capitale des Incas, il identifie en 1911 des ruines à un lieu-dit appelé Rosaspata, qui correspond aux descriptions historiques données de Vitcos et d’un oracle voisin.


Vilcabamba, la capitale des quatre derniers Incas.

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L’oracle inca de Vilcabamba.

Aujourd’hui appelée Espíritu Pampa, elle fut le dernier refuge du royaume de Vilcabamba, fondé par Manco Capac. En 1572, les Espagnols la détruisirent, mettant par la même fin aux dernières résistances des Incas. On pense que cette cité est à l’origine du mythe de la cité perdue des Incas, Païtiti.

Après sa destruction, ses ruines sont oubliées et englouties sous la végétation pendant près de 320 ans. Hiram Bingham les met à jour lors de ses explorations en 1911. Il n’en relève cependant qu’une partie, qui le conduit à sous-estimer l’ampleur du site qu’il échoue à identifier correctement. Après avoir découvert le Machu Pichu, il spécule en effet que ses vestiges considérables sont ceux de la dernière capitale des Incas.

Il se trompait : les vestiges de Vilcabamba sont bien ceux de la capitale de Manco Capac et de ses successeurs. Grâce à une série de fouilles menées dans les années 60 et dirigées notamment par Gene Savoy, on connaît aujourd’hui l’étendue globale du site, bien plus important que ce que pensait Hiram Bigham.


La découverte du Machu Picchu, archétype de la cité perdue.

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Vue du Machu Picchu, le plus célèbre site archéologique inca.

Mais c’est la découverte du Machu Picchu en 1911 par Hiram Bigham qui reste inscrite dans les mémoires, tant ce site est devenue le symbole du génie de la civilisation Inca. Bien que ses vestiges n’aient jamais été oubliés des populations locales, et qu’il est possible que des aventuriers allemands s’y soient rendus avant lui, Hiram Bigham est en tout cas le premier européen à porter son existence au public, à y mener des explorations organisées… et peut-être à lui attribuer un faux nom.

Comme nous l’avons vu, il est si impressionné par les vestiges qu’il identifie la cité comme étant Vilcabamba. Mais les recherches postérieures montrent que Machu Picchu, domaine royal construit vers 1450-1460, a été abandonné à l’époque de la conquête.

C’est là l’un des mystères du Machu Picchu : pourquoi ses habitants l’ont-ils quitté ?

Plusieurs théories sont avancés pour expliquer cet abandon : les épidémies décimant l’empire inca après les premiers contacts avec les Espagnols, ou bien encore les ravages et l’insécurité liées à l’établissement de la domination espagnole.

Toujours est-il que cet abandon a contribué à l’extraordinaire préservation du site, aujourd’hui l’un des plus visités du Pérou, et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

>> Pour en savoir plus sur le Machu Picchu, la forteresse des Incas au cœur des Andes.


Païtiti, le mythe de la cité perdue des Incas.

Le mythe de Païtiti est une légende bien vivace née dès le XVIe siècle, et fondée sur quelques sources écrites mentionnant un royaume aux grandes richesses, qui se trouverait sur le flan oriental des Andes, du côté amazonien. Selon certaines versions, les derniers Incas s’y seraient réfugiés en y emmenant leurs trésors lors de l’invasion espagnole. Cette légende, à mettre en relation avec celle de l’El Dorado, a motivé durant des siècles de nombreuses explorations.

Il est possible que ce mythe soit un reflet d’événements réels. Après l’exécution d’Atahualpa, les Espagnols intronisent son frère Tupac Huallpa comme Inca. Après la mort de celui-ci, ils choisissent un autre de ses frères, Manco, pour lui succéder. Humilié et maltraité par les Conquistadors, Manco finit par s’enfuir en 1535 et prend la tête de la résistance face aux envahisseurs. Il s’installe à Vilcabamba, dans les montagnes à environ 200 km au nord-est de Lima, dans une région au climat plutôt tropical. Il va y combattre les Espagnols jusqu’à son assassinat en 1544.

Aujourd’hui encore, les explorations pour retrouver Païtiti se poursuivent, et les annonces de sa possible découverte se succèdent. En 2008, on pensait déjà l’avoir retrouvée, puis en 2017 c’était au tour de quatre villageois ayant retrouvé des vestiges incas de prétendre avoir retrouvé Païtiti, non loin du Machu Pichu.

Encore aujourd’hui, de nombreux explorateurs/aventuriers – dont les travaux ne font pas l’unanimité – recherchent cette cité mythique, comme les Français Benoit Duverneuil ou Thierry Jamin.


Les mystères des momies incas.

Les Incas et leurs momies.

De nombreux peuples andins avaient l’habitude de momifier leurs morts, pratique qui, tout comme en Egypte, était favorisée dans de nombreuses régions par un climat sec. Ainsi, les plus vieilles momies du monde ont plus de 8000 ans : ce sont celles des Chinchorros, qui vivaient dans le désert s’étendant aujourd’hui entre le Pérou et le Chili.

Pour les Incas, le culte des ancêtres revêt la plus haute importance. Leur bienveillance est requise pour obtenir de bonnes récoltes ; leurs cadavres ont des vertus thérapeutiques et livrent des oracles aux vivants par le truchement d’un interprète.

C’est pourquoi les personnages importants étaient momifiés. Il semble que les Incas enlevaient les viscères pour les enterrer, puis rembourraient le corps de goudron et le faisaient sécher de la même manière que les patates ou la viande, en l’exposant successivement au gel nocturne et au soleil.

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Paquet funéraire de la culture péruvienne de Chancay (1100-1450), musée du quai Branly.

Les momies sont recroquevillées en positions fœtales. Elles sont parfois enrobées dans ce que l’on appelle les paquets funéraires. Cette coutume n’est pas propre aux Incas : d’autres peuples la pratiquaient également (on a ainsi retrouvé récemment un paquet funéraire sur le grand site religieux de Pachacamac). Un paquet funéraire était constitué de plusieurs épaisseurs de tissu, drapées autour du corps du défunt et des offrandes funéraires qui l’accompagnaient parfois, et formant une sorte de cocon autour de la momie. Parfois, une tête postiche était également placée à leurs sommet.

Les momies n’étaient pas enterrées, mais placées dans des cavités naturelles. Lors de fêtes importantes, par exemple liées aux rites agricoles ou à des victoires militaires, on sortait les momies des rois Incas et on les transportait en grande pompe au Temple du Soleil de Cuzco ou sur la grande place. On les asseyait alors et on leur donnait à manger et à boire. Francisco Pizarre, au moment de la conquête du Pérou, rapporte ainsi « qu’il était d’usage que les morts se visitent, et ils tenaient de grandes danses et débauches, et parfois le mort rendait visite aux vivants, et parfois les vivants rendaient visite aux morts ». Par ailleurs, on attendait de l’Inca qu’il aille chercher conseil auprès des momies de ses ancêtres pour prendre des décisions importantes. Ce culte et ces rites se révélaient onéreux : pour assurer leur tenue, les momies disposaient de terres et de tributaires.

Après la conquête, les Espagnols vont s’attacher à évangéliser les populations autochtones et vont lutter contre les rites funéraires et la momification. Ils finissent par imposer les pratiques catholiques, même si certains aspects des coutumes antérieures subsistent.


Que sont devenues les momies des rois et reines incas ?

Les Espagnols ne mettent pas longtemps à comprendre que les populations précolombiennes enterraient souvent leurs morts avec des trésors. Les Conquistadors se livrent très vite à un pillage en règle des sépultures, qui se poursuit durant toute l’époque coloniale et moderne. Cependant à l’arrivée des Espagnols, les Incas cachèrent les corps de leurs rois et continuèrent de les vénérer en secret. L’un des premiers magistrats de Cuzco, Juan Polo de Ondegardo y Zárate, l’ayant appris, s’efforça de les localiser. Il parvint à en retrouver la plupart des momies, avec leurs objets rituels et leurs statues.

Le chroniqueur Garcilaso de la Vega, qui visita la maison d’Ondegardo, rapporte y avoir vu les corps embaumés de cinq rois et reines. Puis, il semble que les momies aient été envoyées au vice-roi à Lima, qui les entreposa dans un hôpital de la ville, réservé aux Espagnols et donc inaccessibles pour les indigènes. Par la suite, on perd leur trace et on ignore exactement ce qu’il en est advenu. Il est possible qu’elles aient été ramenées à Cuzco et y aient été secrètement enterrées pour empêcher leur culte.


Le mystère de la tombe et de la momie de l’Inca Atahualpa.

Parmi les mystères qui demeurent encore aujourd’hui irrésolus figure le devenir du corps dernier Inca Atahualpa après son exécution par les Espagnols. La question resurgit en 2010, lorsque l’archéologue équatorienne Tamara Estupiñan se déclare convaincue que la momie du roi a été emportée en Equateur par ses fidèles. Elle s’appuie sur un faisceau d’indices et quelques sources historiques pour conclure que le corps de l’Inca aurait été enterré près de Sigchos, au cœur d’un domaine appartenant à Atahualpa. On y trouve en effet une zone appelée Malqui (malqui était le mot désignant la momie d’un Inca), et un lieu nommé Machay (mot désignant une zone funéraire). Pour Estupiñan, c’est là que le corps d’Atahualpa a été emporté.

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Les ruines incas de Machay-Malqui.

Se rendant sur place, elle découvre en effet des ruines incas – jusqu’alors inconnues – au sommet d’une montagne. Elles s’organisent autour d’une place de forme trapézoïdale, avec un réseau de murs de pierre et de conduites d’eau. La plupart des chercheurs considèrent que le complexe était probablement un site gouvernemental ou religieux inca. Mais rien de plus probant n’a été découvert sur le site – et surtout pas le corps d’Atahualpa. Ainsi, de nombreux chercheurs réfutent qu’il s’agisse du lieu de sépulture du dernier Inca, et soutiennent que d’autres lieux pourraient aussi prétendre à ce titre.


L’or des Incas : mystères et réalités.

Dès leur arrivée dans l’empire inca, les Espagnols prennent vite conscience de sa richesse. Pourtant pour les sociétés andines, l’or ou l’argent ne sont pas les seuls biens de grande valeur. Les textiles, d’une qualité remarquable, jouent un rôle majeur dans leurs sociétés. Coquilles ou plumes d’aras ont également une valeur marchande et symbolique de premier plan.

Le trésor perdu d’Atahualpa.

Mais les Incas, et particulièrement leur roi Atahualpa, remarque très vite l’intérêt des Espagnols pour les métaux précieux. Après sa capture à Cajamarca, il promet de remplir une pièce entière d’or en échange de sa libération (ou de sa vie). Le métal précieux afflue alors de tout l’empire. Malgré cela, les Espagnols décident finalement d’exécuter l’Inca. Or l’un de ses généraux, Rumiñahui, qui acheminait l’or venant d’Equateur, n’était pas encore arrivé. En apprenant la mort de son souverain, il aurait caché le trésor qu’il convoyait dans la région montagneuse de Llanganatis – des histoires similaires, plus ou moins d’ordre légendaire, rapportent que d’autres envoyés auraient jeté leurs cargaisons précieuses dans le lac Titicaca.

Rumiñahui aurait par la suite également pris en charge la dépouille d’Atahualpa – les corps de leurs rois ayant une grande importance symbolique pour les Incas. Selon la théorie d’Estupiñan, il l’aurait conduit à Machay-Malqui, en Equateur, pour l’inhumer. C’est la raison pour laquelle le trésor et le corps d’Atahualpa, pour certains chercheurs, sont liés : trouver l’un reviendrait aussi à trouver l’autre, bien que les sources historiques pour étayer une telle idée soient assez minces.


Chercheurs de trésors et pilleurs de tombe.

La recherche de l’or perdu des Incas a motivé au cours des siècles de nombreuses recherches. Peu après leur arrivée, les Espagnols ont déjà rassemblé un fabuleux butin, grâce à la rançon d’Atahualpa et leurs propres pillages, notamment dans la capitale inca Cuzco. Mais les Incas organisent la résistance : le royaume de Vilcabamba va résister encore près de 40 ans aux Espagnols. Après sa disparition, l’emplacement de ses cités est oublié, mais on les imagine au XIXe siècle emplies de trésors : c’est une des motivations pour leur recherche, qui va aboutir aux découvertes de Vitcos, Vilcabamba ou du Machu Picchu. Cependant, les ruines découvertes ne livrent pas les trésors espérés.

Cela n’empêche pas les chasseurs de trésor de poursuivre leur quête. Avec des motivations parfois peu scientifiques et des méthodes souvent contestables – on peut se demander dans certains cas s’il s’agit de recherche ou de pillage – nombreux sont ceux qui espèrent découvrir les trésors des Incas.

Parmi ces aventuriers modernes, on peut citer Philippe Esnos, qui découvre en 1988 plusieurs tombes incas ou encore Benoit Duverneuil et Thierry Jamin qui recherchent la cité de Païtiti.


Les savoirs perdus des Incas.

Le site de Moray, un laboratoire d’agronomie ?

site archéologique inca de Moray, Pérou
Vue des dépressions artificielles du site de Moray.

Nombreux sont les sites archéologiques incas dont la fonction reste encore énigmatique. Parmi eux, le site archéologique de Moray reste l’un des plus remarquables. Situé à une quarantaine de kilomètres de l’ancienne capitale Inca de Cuzco, dans une vallée riche en sites incas, il se compose de différentes dépressions artificiellement aménagées. Les différences de niveaux ainsi créées, jouant avec le vent et l’exposition au soleil, provoquent des différentes de températures et d’humidité très importantes entre les différents niveaux, créant une vingtaine de microclimats dans différentes parties du site.

S’il semble très probable que le site avait une fonction agricole, les interprétations divergent quant à ce qu’utilisation exacte qu’en faisaient les Incas. Certains pensent que les Incas l’utilisaient pour cultiver des plantes particulièrement importantes, comme par exemple la coca. D’autres pensent que les différentes microclimats du site reproduisaient les conditions climatiques de différentes zones climatiques de l’empire inca, et pouvaient servir à des expériences agronomiques ou à l’acclimatations de plantes vivant normalement dans des conditions différentes de celles prévalant dans la région de Moray, située sur les hauts plateaux andins, à 3500 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Dans tous les cas, le site de Moray est une preuve de l’inventivité et de l’ingéniosité des Incas, ainsi que de leurs importantes savoirs en matière agricole et agronomique.


Les quipus, un système ingénieux de consignation de données.

Quipu inca de la collection archéologique de Lima
Quipu inca de la collection archéologique de Lima. Crédits : Claus Ableiter, CC BY-SA 3.0

Les quipus sont des dispositifs de cordes et de nœuds utilisés par les Incas pour enregistrer et transmettre des informations. Leur nom signifie d’ailleurs « corde » ou « compte » en quechua. Ils se présentent sous la forme de cordes principales auxquelles sont attachées des cordes secondaires, elles-mêmes nouées à différents endroits et de différentes manières. Les quipus ont été utilisés pour enregistrer des données statistiques, telles que les recensements de population, les stocks de nourriture, les tributs et les impôts, ainsi que pour transmettre des messages et des récits historiques.

Bien que les quipus aient été utilisés pendant des siècles par les Incas, leur signification exacte et leur fonctionnement restent encore en grande partie mystérieux. Les chercheurs ont cependant pu déchiffrer certaines parties des quipus en utilisant des codes de couleurs et de nœuds, ainsi qu’en comparant les quipus à des documents écrits de l’époque coloniale. Les quipus sont donc une source importante d’informations sur la culture et l’histoire incas, et leur étude continue de faire l’objet de recherches actives.


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