À Louxor, un lac sacré oublié refait surface dans le complexe de Karnak
C’est une annonce qui n’est pas passé inaperçue dans le monde de l’égyptologie en ce début d’année 2026. Une mission archéologique sino-égyptienne vient de révéler l’existence d’un lac sacré, bien conservé, au sein du complexe de Karnak, situé dans la ville moderne de Louxor, en Haute-Egypte. Situé dans l’enceinte du temple de Montou, ce réservoir de plus de 50 mètres carrés n’apparaissait sur aucun plan archéologique connu. Après huit ans de travaux sur le site, l’équipe a réussi à dégager cette structure maçonnée, restée enfouie sous les débris. La découverte est d’autant plus marquante qu’elle révèle une configuration unique : deux lacs sacrés parallèles, alignés nord-sud, un schéma encore jamais observé dans ce secteur du complexe thébain.
Une source d’eau réservée aux rituels du temple.
Contrairement aux puits domestiques, les lacs sacrés égyptiens étaient exclusivement réservés aux rituels de purification et aux cérémonies quotidiennes des prêtres. Ce nouveau lac, qualifié de « lac sacré sud » par les experts, se distingue par sa structure artificielle robuste et son excellent état de conservation. Selon Jia Xiaobing, directeur de la mission pour la partie chinoise, cette découverte révèle une configuration spatiale unique : deux lacs sacrés parallèles, alignés selon un axe nord-sud. Cette symétrie parfaite au sein des murs de Karnak témoigne de la planification méticuleuse des architectes de l’époque pour honorer Montou, le dieu guerrier, et Maât, la déesse de l’équilibre et de la justice.

Un trésor d’informations pour la science.

Ce chantier est historique à plus d’un titre. Il s’agit en effet du premier lac sacré de l’histoire de l’archéologie égyptienne à bénéficier de fouilles aussi systématiques et scientifiques. Hend Ali, inspectrice en chef du temple de Montou, ne cache pas sa fierté de voir révélés les secrets de ce qui n’était qu’un monticule de poussière.
« Ce lac sacré va ouvrir de nouveaux horizons pour la recherche dans un futur proche », affirme-t-elle.
Les fouilles ont déjà permis de récolter une quantité impressionnante de données brutes qui aideront à comprendre comment ces réservoirs étaient alimentés, ainsi que la manière dont ils étaient gérés et leur rôle rituel et spirituel.
Statuettes et chapelles : les secrets de la Basse Époque.
Autour du lac, les fouilles ont livré d’autres secrets fascinants. Les archéologues ont exhumé des dizaines de mâchoires de bétail – probablement des restes de sacrifices – ainsi que des blocs de pierre réutilisés mentionnant des rois et des divinités. Plus loin, dans la zone des chapelles osiriennes, l’équipe a découvert trois structures dédiées au dieu Osiris, accompagnées de dizaines de statuettes à son effigie. Ces éléments, datant de la Basse Époque (747-332 avant notre ère), apportent des preuves cruciales pour reconstruire l’histoire de Thèbes sous le règne des « Divines Adoratrices », ces puissantes prêtresses qui exerçaient une influence religieuse et politique majeure.



Le travail est loin d’être terminé à Louxor. Si la structure du lac est désormais visible, les archéologues doivent encore relever des défis pour poursuivre leurs recherches. En effet, le niveau élevé des eaux souterraines ne leur permet pas encore d’atteindre les couches les plus profondes et les fondations de la structure, ce qui permettrait de déterminer sa date exacte de construction. Cependant, cette collaboration internationale réussie permet déjà une meilleure compréhension de cette zone du sanctuaire de Karnak, l’un des plus importants de l’histoire de l’Egypte ancienne.
Crédits photographiques: Xinhua/Xin Mengchen
Principale source ici (en anglais)