Karnak, le gigantesque temple du dieu Amon-Râ à Thèbes
Le temple de Karnak était le principal sanctuaire de la capitale de la Haute-Egypte, Thèbes, qui fut la résidence de nombreux pharaons au Moyen et au Nouvel Empire. Il s’agit en fait d’un gigantesque ensemble de plusieurs temples et de nombreux autres édifices, et constitue l’un des sites archéologiques les plus impressionnants d’Egypte, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO avec d’autres édifices antiques de Thèbes. Aujourd’hui, ses vestiges se situent à environ 2,5 km au nord de la ville moderne de Louxor.
Le nom de Karnak dérive de l’arabe, mais les anciens Egyptiens désignaient généralement le temple sous le nom de Nesut-Tawy, signifiant « Trône des Deux Terres », même si d’autres noms pouvaient aussi être utilisés.
Karnak en bref
Le plus grand complexe religieux de l’Egypte antique : près de 100 hectares, édifiés sur plus de 2000 ans.
Le sanctuaire d’Amon-Râ, roi des dieux au Nouvel Empire, et de la triade thébaine (Amon, Mout et Khonsou).
Une trentaine de pharaons y ont bâti, de Sésostris Ier (XIIe dynastie) jusqu’aux Ptolémées.
Sa grande salle hypostyle et ses 134 colonnes restent un sommet de l’architecture mondiale.
Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO au sein de l’ensemble monumental de Thèbes antique.
Pourquoi Karnak est important : le complexe donne la mesure du pouvoir, à la fois religieux et politique, du dieu Amon, et du génie bâtisseur égyptien. Plus qu’un temple, c’est une ville sacrée qui a grandi pendant deux millénaires.
Les origines du temple de Karnak
Karnak commence à prendre de l’importance il y a environ 4000 ans. A cette époque, l’Egypte connaît la première période intermédiaire, une période de troubles politiques et de morcellement qui suit la fin de l’Ancien Empire. Or les pharaons de la XIe dynastie (-2134 à -1991), originaires de Thèbes, vont parvenir à réunifier la vallée du Nil et ouvrent la période du Moyen Empire. A cette époque, le dieu guerrier Montou est le dieu suprême. Il est révéré à Thèbes, mais aussi à Tôd et dans deux autres sanctuaires de la région thébaine.
Le site de Karnak est alors déjà considéré comme sacré, et il est vraisemblable qu’une structure pour vénérer le dieu Amon s’y trouve déjà. Ce dieu n’est alors qu’une divinité importante, mais dont l’influence reste régionale. Cependant, Amon va progressivement être fusionné avec Râ, le dieu de la cité sacrée du soleil, Héliopolis, pour devenir Amon-Râ. Cette montée en puissance s’accompagne d’une intense activité architecturale à Karnak.
Au Nouvel Empire, Amon-Râ devient le dieu suprême de l’Egypte. Le temple est encore agrandi et devient le plus important sanctuaire du pays, et le plus riche. A tel point que son grand-prêtre fait peut-être de l’ombre au pharaon. Ce serait l’une des raisons qui aurait pu pousser Akhénaton à promouvoir le culte du dieu unique Aton et à construire une nouvelle capitale à Amarna, ou bien encore une des raisons pour lesquelles Ramsès II fonda une nouvelle capitale à Pi-Ramsès, dans le delta du Nil, bien loin de Thèbes.
Toujours est-il que l’importance du sanctuaire ne se dément plus dans l’histoire égyptienne. Une trentaine de pharaons font bâtir à Karnak, jusqu’à l’époque ptolémaïque. et de morcellement qui suit la fin de l’Ancien Empire. Or les pharaons de la XIe dynastie (-2134 à -1991), originaires de Thèbes, vont parvenir à réunifier la vallée du Nil et ouvrent la période du Moyen Empire. A cette époque, le dieu guerrier Montou est le dieu suprême. Il est révéré à Thèbes, mais aussi à Tôd et dans deux autres sanctuaires de la région thébaine.
Karnak au Moyen Empire
Les pharaons de cette période établissent le premier grand temple, qui constituera par la suite le noyau du sanctuaire tout entier. La plus ancienne réalisation subsistante de cette époque est la Chapelle Blanche de Sésostris Ier, ainsi que la cour du Moyen Empire. A l’extérieur du sanctuaire proprement dit, près du lac sacré, les archéologues ont aussi retrouvé une zone d’habitation du Moyen Empire, probablement pour les prêtres et le personnel du temple.
Le vestige le plus frappant du Moyen Empire qui nous soit parvenu est probablement la Chapelle Blanche, ou chapelle du jubilé de Sésostris Ier. C’était un petit édifice construit dans un calcaire très fin et décoré de bas-reliefs de haute qualité, listant notamment tous les nomes d’Egypte et leurs emblèmes, et montrant Sésostris Ier couronné et enlacé par les dieux Amon, Horus, Min et Ptah. Lors de la construction du troisième pylône, au Nouvel Empire, la chapelle fut démantelée et ses matériaux servirent à remblayer l’intérieur du pylône. Ses blocs furent retrouvés par l’archéologue Henri Chevrier entre 1927 et 1934, puis la chapelle fut soigneusement remontée à la fin des années 1930. Elle se dresse aujourd’hui dans le musée de plein air de Karnak.


Karnak au Nouvel Empire : l’âge des grands bâtisseurs
C’est au Nouvel Empire, à partir du XVIe siècle avant notre ère, que Karnak prend son visage monumental. Devenu dieu d’Empire, Amon-Râ reçoit une part du butin de chaque campagne militaire. Les pharaons, en retour, rivalisent de générosité pour graver leur nom dans la pierre du sanctuaire.
Thoutmosis Ier lance les grands travaux et élève deux des plus anciens pylônes conservés, les quatrième et cinquième. Sa fille Hatshepsout dresse ses obélisques et fait bâtir une « chapelle rouge » en quartzite pour la barque d’Amon. Thoutmosis III, le pharaon conquérant, fait bâtir l’Akh-menou, sa grande « salle des fêtes », sur les murs de laquelle un fameux « jardin botanique » grave les plantes et animaux rapportés de ses campagnes en Asie. Plus tard, Séthi Ier et Ramsès II érigent la grande salle hypostyle. La plupart des grands noms du Nouvel Empire, des Thoutmosis aux Ramessides, ont laissé leur marque à Karnak.
Ce foisonnement explique l’aspect un peu déroutant du site : Karnak n’a pas été conçu d’un seul jet. Chaque règne a ajouté, démoli, recouvert ou détourné l’œuvre des prédécesseurs. Le temple est un palimpseste de pierre, où se lit l’histoire entière de l’Egypte impériale.

La parenthèse atonienne d’Akhénaton
Au cœur de cette histoire surgit une rupture brutale. Au début de son règne, le pharaon Aménophis IV fait édifier, à l’est de Karnak, d’immenses temples non pas à Amon, mais au disque solaire Aton. Ces sanctuaires, dont le Gem-pa-Aton, sont bâtis avec de petits blocs de grès standardisés, faciles à manier, que les archéologues appellent « talatat ».
Le souverain prend bientôt le nom d’Akhénaton, ferme les temples d’Amon, en fait marteler le nom et transfère la capitale à Amarna. C’est une attaque frontale contre Karnak et son puissant clergé. Mais la révolution ne survit pas à son auteur. Après sa mort, le culte d’Amon est restauré et l’on s’acharne à effacer sa mémoire. Ses temples d’Aton sont entièrement démontés, et leurs dizaines de milliers de talatat servent de remblai à l’intérieur des nouveaux pylônes, en particulier le neuvième. Paradoxe de l’histoire : en cherchant à les faire disparaître, on a parfaitement conservé ces blocs, que les chercheurs réassemblent aujourd’hui comme un gigantesque puzzle pour reconstituer l’art si particulier de l’époque amarnienne.
Basse époque, Ptolémées et déclin
Karnak n’a jamais cessé d’être enrichi après le Nouvel Empire. Les pharaons koushites venus de Nubie, comme Taharqa, y élèvent de hauts kiosques à colonnes. Les rois de la Basse époque, tel Nectanebo Ier, entourent le sanctuaire de nouvelles enceintes et entreprennent le grand premier pylône, resté inachevé. Sous les Ptolémées, héritiers grecs d’Alexandre, on restaure, on décore, on ajoute encore des portes monumentales.
Le déclin vient avec la fin des cultes antiques. Sous l’Empire romain, puis avec la montée du christianisme, le temple est peu à peu délaissé. Des églises coptes s’installent dans ses cours. Le sable et les villages recouvrent les ruines. Pendant des siècles, Karnak n’est plus qu’un champ de pierres énigmatiques, jusqu’à ce que les voyageurs et les savants européens en redécouvrent l’ampleur.
Un gigantesque complexe sacré
Dans son extension maximale, le temple de Karnak couvre une zone d’environ 100 hectares, soit 1 km². Karnak n’est pas consacré au seul Amon-Râ mais à la triade thébaine : Amon-Râ, son épouse Mout, et leur fils Khonsou. Par ailleurs, d’autres divinités sont aussi vénérées dans le sanctuaire, en particulier le dieu faucon Montou, originaire de la région thébaine et principale divinité de l’Egypte du Moyen Empire avant d’être supplanté par Amon. L’organisation du complexe reflète cela : Karnak se divise en trois domaines principaux, comprenant chacun un ou plusieurs temples et enfermé dans sa propre enceinte. Chaque domaine dispose de chaussées d’accès qui les relient entre eux, ou aux autres grands sanctuaires de Thèbes, notamment le temple de Louxor, situé à 1,5 km plus au sud. Seul le temple d’Amon-Râ comprend un débarcadère menant devant l’allée des sphinx et son pylône principal.

L’allée des sphinx, de Karnak à Louxor
C’est par cette voie que passait la procession d’Opet. L’allée des sphinx, parfois appelée « route des béliers », reliait en ligne droite Karnak au temple de Louxor sur près de 2,7 km. Elle était bordée de plus d’un millier de statues : des sphinx à corps de lion, et, près de Karnak, des sphinx à tête de bélier, animal sacré d’Amon, protégeant entre leurs pattes une petite effigie du roi. Aménagée surtout sous Nectanebo Ier, au IVe siècle avant notre ère, elle reprenait un tracé bien plus ancien.
Longtemps ensevelie sous la ville moderne, l’avenue a fait l’objet de fouilles et d’une restauration de plusieurs décennies. Elle a été inaugurée en grande cérémonie le 25 novembre 2021, lors d’un spectacle nocturne qui rejouait la fête d’Opet, sous les yeux du monde entier. On peut de nouveau parcourir à pied ce chemin sacré qui relie les deux grands temples de Thèbes.
Le domaine d’Amon et le grand temple du dieu
Bien entendu, il s’agit du plus important des trois domaines. Il est clos par une immense enceinte percée de plusieurs portes, et comprend le gigantesque temple d’Amon, mais aussi une vingtaine d’autres temples et chapelles subalternes, dont les plus importants sont ceux de Khonsou, le fils d’Amon, et d’Opet. L’enceinte enferme également un lac sacré, les habitations des prêtres et des bâtiments administratifs, nécessaires pour administrer le sanctuaire et les vastes biens possédés par le temple à Thèbes et au-delà.
Le noyau du sanctuaire, derrière le cinquième pylône et près du lac sacré, était probablement l’emplacement du site sacré originel de Karnak. Il remonte pour l’essentiel au Moyen Empire. Par la suite, et notamment au Nouvel Empire, le temple va s’étaler dans deux directions : vers le nord-ouest, en direction du seul débarcadère du sanctuaire qui le reliait par un canal au Nil, et vers le sud et le domaine de Mout.
Le temple d’Amon ne se visite pas comme un monument unique, mais comme une succession d’espaces de plus en plus sacrés. On y avance par une enfilade de portes monumentales, les pylônes, séparées par des cours et des salles. Le domaine d’Amon en compte dix, répartis sur deux axes : six sur l’axe principal, d’ouest en est, qui mène au cœur du sanctuaire, et quatre sur un axe transversal, du nord au sud, qui file vers le domaine de Mout.
Cette disposition raconte deux mille ans d’histoire. Plus on s’enfonce vers l’est, plus on remonte le temps : les parties les plus anciennes sont au centre, près du lac sacré, tandis que les pylônes les plus récents, à l’ouest, sont aussi les plus monumentaux. Le premier pylône, le plus grand de tous, n’a jamais été achevé. Il date de la Basse époque et atteint encore près de 40 mètres de haut. Derrière lui s’ouvre une vaste cour, puis l’on franchit le deuxième pylône pour pénétrer dans le monument le plus célèbre de Karnak.
La grande salle hypostyle, une forêt de pierre
C’est l’image que tout le monde retient de Karnak. La grande salle hypostyle est une forêt de 134 colonnes plantées sur près de 5000 m², soit la surface d’une cathédrale. On la doit pour l’essentiel à deux pharaons de la XIXe dynastie : Séthi Ier, qui décore et achève l’aile nord, et son fils Ramsès II, qui complète la partie sud.

Les douze colonnes des deux rangées centrales sont les plus hautes : elles culminent à environ 24 mètres et leurs chapiteaux, en forme de fleurs de papyrus épanouies, mesurent assez large pour qu’une cinquantaine de personnes puissent s’y tenir debout. Les colonnes latérales, plus basses, imitent au contraire des tiges de papyrus fermées. Ce décalage de hauteur n’est pas un caprice : il permettait d’ouvrir, en partie haute, des fenêtres à claustra qui laissaient filtrer une lumière rasante. La salle figurait ainsi le marais primordial d’où, selon les Egyptiens, le monde avait surgi.
Chaque colonne, chaque mur est couvert de bas-reliefs et de textes : scènes d’offrandes, rituels, exploits guerriers des Ramsès. A l’origine, tout cela était peint de couleurs vives, dont on devine encore les traces à l’abri du soleil. Privée de son toit, aujourd’hui effondré, la salle a perdu sa pénombre sacrée, mais rien de son écrasante majesté.
Les obélisques de Karnak
Dressés vers le ciel, les obélisques étaient des rayons de soleil pétrifiés, offerts au dieu par le pharaon. Karnak en a porté plusieurs dizaines. La plupart ont disparu, abattus, brisés ou emportés. Deux des plus célèbres ornent aujourd’hui des villes européennes. Le plus grand obélisque égyptien jamais taillé, élevé par Thoutmosis III, se dresse à Rome, sur la place Saint-Jean-de-Latran, où il culmine aujourd’hui à plus de 32 mètres (il était encore plus haut avant d’être raccourci lors de son remontage). Un autre obélisque du même pharaon veille sur l’ancien hippodrome d’Istanbul.
Sur place, deux géants tiennent encore debout. Le plus impressionnant est celui de la reine Hatshepsout, taillé dans un seul bloc de granit rose d’Assouan. Il s’élève à près de 29 mètres et pèse plus de 300 tonnes, ce qui en fait l’un des plus hauts obélisques antiques encore dressés en Egypte. Sa pointe était jadis recouverte d’électrum, un alliage d’or et d’argent, pour capter et renvoyer la lumière du soleil. Non loin se trouve l’obélisque, plus modeste, de son père Thoutmosis Ier, le premier élevé sur ce site.
Ces monolithes posent une énigme qui fascine toujours les ingénieurs : comment extraire, transporter sur des centaines de kilomètres, puis redresser des blocs de plusieurs centaines de tonnes, sans poulie ni grue ? Un obélisque inachevé, resté dans les carrières d’Assouan, montre qu’une simple fissure pouvait condamner des mois de travail.

Le lac sacré et la vie du temple
Au sud de la salle hypostyle s’étend le lac sacré, un vaste plan d’eau rectangulaire d’environ 120 mètres de long, le plus grand conservé d’Egypte. Il n’avait rien d’un ornement. Ses eaux, alimentées par la nappe phréatique reliée au Nil, servaient aux ablutions des prêtres, aux rites de purification et à la navigation symbolique des barques divines. On y élevait aussi des oies, animaux sacrés d’Amon. À l’angle nord-ouest se dresse un colossal scarabée de granit, image du dieu solaire Khepri, sculpté pour Aménophis III puis amené là plus tard. Les visiteurs aiment en faire le tour, suivant une tradition qui promet chance et fécondité.
Car Karnak n’était pas seulement un lieu de culte : c’était une véritable institution, peuplée de milliers de personnes. Prêtres, scribes, artisans, boulangers, brasseurs, jardiniers et paysans faisaient vivre le domaine du dieu. Le temple possédait des terres, des troupeaux, des ateliers et des flottes dans toute l’Egypte. Chaque jour, on lavait, habillait et nourrissait la statue d’Amon comme un être vivant, dans le secret du sanctuaire où seul le grand-prêtre, et théoriquement le pharaon, pouvait pénétrer.
Le domaine de Mout
Second en importance, il se situait au sud du grand temple d’Amon, auquel il était relié par une chaussée massive flanquée de sphinx à tête de bélier. Le domaine était clos par une enceinte enfermant environ 20 hectares, et comprenait le temple de la déesse proprement dit, un grand lac sacré et plusieurs temples plus petits, notamment celui de Khonsou enfant.
Le temple de Mout a été construit principalement par Aménophis III, mais a également reçu des additions de plusieurs autres pharaons, notamment Taharqa (-690 à -664) de la dynastie koushite, et Nectanebo Ier (-380 à -362). Il en subsiste les traces d’un large pylône, ouvrant sur une cour étroite, avec un second pylône qui donnait accès à la zone intérieure du sanctuaire. Cependant, les vestiges sont très ruinés et il est difficile de reconstituer précisément le plan du sanctuaire ou sa décoration. A l’époque d’Aménophis III, le temple aurait été décoré de 700 statues de la déesse Sekhmet, tout comme au sanctuaire de l’Amenophium.
Il subsiste aussi des vestiges d’un petit temple élevé sur le bord ouest du lac sacré par Ramsès III, qui conserve encore quelques scènes militaires sur ses murs extérieurs et deux colosses du pharaon sans tête devant son entrée.
Le temple de Khonsou enfant, le seul autre d’une taille importante, a été construit en grande partie en réemployant des blocs d’autres structures du Nouvel Empire. Il conserve une partie de sa décoration, notamment plusieurs représentations de naissance et de circoncision.
Deux autres structures se trouvaient à l’extérieur de l’entrée : à l’est, le temple d’Amon Taureau et un petit reposoir pour barque sacrée, remontant aux règnes d’Hatshepsout et de Thoutmosis III. Aujourd’hui, le domaine de Mout fait l’objet de recherches et de fouilles continues menées par le musée de Brooklyn et l’Institut des Arts de Détroit.
Le domaine de Montou
Enfin, le domaine de Montou, au nord, comprend le temple du dieu faucon et celui d’autres divinités, notamment Maât. Plus modeste et longtemps négligé, il livre encore des surprises aux archéologues.
A lire : Une équipe sino-égyptienne fouille un lac sacré inconnu près du temple de Montou.
Le rayonnement de Karnak à l’époque antique
Le clergé d’Amon, un pouvoir colossal
Si Akhénaton s’en est pris à Karnak, c’est que le temple était devenu une puissance. Au sommet du Nouvel Empire, le domaine d’Amon possédait des centaines de milliers d’hectares, des dizaines de milliers de personnes, des troupeaux innombrables, des mines, des ateliers et des navires. Le grand-prêtre d’Amon administrait une fortune qui rivalisait avec celle de l’Etat.
Cette montée en puissance finit par déborder le religieux. A la fin du Nouvel Empire, les grands-prêtres d’Amon prennent le contrôle de fait de la Haute-Egypte et fondent une lignée quasi dynastique à Thèbes, pendant que les pharaons règnent depuis le nord. Plus tard, le pouvoir s’incarne dans une figure singulière : la « Divine Adoratrice d’Amon », une princesse consacrée au dieu, qui gouverne le domaine thébain en son nom. A Karnak, le spirituel et le politique n’ont jamais cessé de se mêler.
La fête d’Opet : Karnak en procession
Une fois par an, le dieu sortait de l’ombre. Lors de la « belle fête d’Opet », au cœur de la saison de la crue, les statues d’Amon, de Mout et de Khonsou quittaient Karnak en grande pompe pour rejoindre le temple de Louxor, à environ 2,5 km au sud. Portées sur des barques sacrées, par voie de terre le long de l’allée des sphinx ou par le Nil, elles étaient accompagnées d’une foule immense, de prêtres, de musiciens, de danseuses et de porteurs d’offrandes.
La fête, qui durait d’abord onze jours, s’étendit jusqu’à vingt-sept jours sous Ramsès III. Elle célébrait la régénération de la royauté : à Louxor, le pharaon renouvelait symboliquement son union avec Amon et puisait une force divine. C’était l’un des rares moments où le peuple, tenu à l’écart du sanctuaire, pouvait approcher la présence du dieu et solliciter ses oracles.
Redécouverte de Karnak et fouilles archéologiques
L’expédition de Bonaparte, à la toute fin du XVIIIe siècle, révèle Karnak à l’Europe et en publie les premiers relevés. Tout au long du XIXe siècle, voyageurs et égyptologues se succèdent sur le site. Mais la découverte la plus spectaculaire est l’œuvre de Georges Legrain, au début du XXe siècle.

La cachette de Karnak
En 1903, en dégageant la cour du septième pylône, Legrain tombe sur un dépôt extraordinaire : la « cachette de Karnak ». Les prêtres y avaient enfoui, dans l’Antiquité, des statues devenues trop nombreuses dans le temple. Les fouilles, menées jusqu’en 1907 dans des conditions difficiles à cause des infiltrations d’eau, livrent environ 800 statues de pierre et quelque 17 000 statuettes de bronze. La plupart représentent des prêtres et des notables ayant servi à Karnak du Nouvel Empire à l’époque ptolémaïque. C’est une source inépuisable sur le clergé et l’évolution des cultes.
Le CFEETK
Depuis 1967, le site est étudié et restauré sans interruption par le Centre franco-égyptien d’étude des temples de Karnak (CFEETK), fruit d’un accord entre la France et l’Egypte. Relevés, consolidation des structures, remontage des blocs épars, bases de données des inscriptions : le travail est immense et toujours en cours. Karnak reste un chantier vivant, où l’on découvre encore régulièrement de nouveaux vestiges.
Visiter Karnak aujourd’hui
Karnak se trouve à la lisière nord de Louxor, à quelques minutes de la ville. C’est le domaine d’Amon, le mieux conservé et le plus vaste, qui s’offre à la visite : l’allée des sphinx à tête de bélier, la grande cour, la salle hypostyle, les obélisques et le lac sacré. Il faut compter au moins deux à trois heures pour en faire le tour sans se presser, et beaucoup plus pour qui veut s’attarder.
Mieux vaut venir tôt le matin ou en fin d’après-midi, quand la lumière rasante fait vibrer les reliefs et que la chaleur se fait plus clémente. Le soir, un spectacle son et lumière met en scène l’histoire du sanctuaire. Karnak se visite naturellement avec le temple de Louxor, auquel il est de nouveau relié par l’allée des sphinx, et avec les grands sites de la rive ouest, de la vallée des Rois au Ramesséum.
Pour aller plus loin
Karnak est si vaste qu’aucun article ne peut l’épuiser. Plusieurs de ses trésors mériteraient à eux seuls un développement : la grande salle hypostyle et son symbolisme, l’aventure des obélisques égyptiens, de Karnak à Rome et Istanbul, la fête d’Opet et les processions de barques, ou encore l’énigme des talatat d’Akhénaton. Autant de portes d’entrée pour continuer l’exploration du plus grand sanctuaire de l’Egypte antique.