El-Tod – Touphion et son temple de Montou

Le site archéologique d’El-Tod (ou Tôd) n’est certes pas des plus connus. Appelé Djerty (« faucon ») par les anciens Egyptiens, Touphion par les Grecs et Tuphium par les Romains, le site correspond à une ancienne cité égyptienne de Haute-Egypte. Non loin se trouve la cité d’Hermonthis, tandis que la capitale de Haute-Egypte, Thèbes, ne se situait qu’à une vingtaine de kilomètres au nord-est. Le site archéologique de Tôd est fortement associé à un dieu assez méconnu du panthéon égyptien, Montou.


Montou, une divinité majeure de l’Egypte du Moyen Empire.

Bien que moins connu que beaucoup d’autres divinités du panthéon égyptien, Montou est loin d’être un dieu anodin. Son nom signifie « nomade », et il était à l’origine considéré comme la fureur de Rê. Il reste une divinité guerrière, représentée avec une tête de faucon ou de taureau surmontée du disque solaire. Il personnalisait la vitalité conquérante de pharaon et on le vénérait comme dieu de la guerre et protecteur des armes. Il était particulièrement vénéré dans la région de Thèbes, dont fait partie El-Tod.

Le culte de ce dieu militaire fut particulièrement populaire auprès es pharaons de la XIe dynastie, qui parvinrent à réunifier l’Egypte vers -2055, mettant ainsi fin à la première période intermédiaire et ouvrant le Moyen Empire, une ère de grande prospérité pour la vallée du Nil, qui dure jusqu’en 1650. A cette époque, Montou est le dieu suprême, avant d’être progressivement surpassé par un autre dieu thébain, Amon.


Une occupation très ancienne du site de Tôd.

Le site de Tôd est occupé depuis les temps anciens, et son sanctuaire existait déjà sous l’Ancien Empire sous la forme d’un petit temple de brique. Il y a environ 4500 ans, Ouserkaf ordonne son agrandissement. Le plus ancien objet retrouvé par les archéologues est un pilier qui remonte à ce pharaon de la Ve dynastie, connu pour le temple solaire, le premier du genre, qu’il fait construire à Abousir, près de Memphis.

Une autre phase de construction, attestée par la découverte de blocs de pierre au nom de Mentouhotep II et Montouhotep III, remonte au début du Moyen Empire. Ces deux pharaons appartiennent à la XIe dynastie, originaire de Thèbes, qui réunifie l’Egypte grâce à ses nombreux succès militaires. Montou, divinité guerrière et protecteur de la vallée de Thèbes, jouit alors d’un immense prestige qui explique l’agrandissement de son temple. Tôd et son sanctuaire est alors l’un des quatre principaux centres du culte de Montou, avec Thèbes, Hermonthis et Médamoud (on parles des « quatre Montou »).

A l’apogée du Moyen Empire, Sésostris Ier (-1962 à -1928) fait construire un nouveau temple. Traversant les âges, il sera une dernière fois agrandi sous Ptolémée VIII (-184 à -116), à la période hellénistique. Les vestiges visibles de nos jours appartiennent principalement à ces deux périodes.


El-Tod et l’archéologie.

Champollion décrit sa visite des vestiges de Tôd (qu’il nomme Taoud).

« Le 7 mars, nous avons visité les ruines de l’ancien Tuphium, aujourd’hui Taoud, situé sur la rive droite du fleuve mais à proximité de la chaîne arabe et tout près d’Hermonthis qui se trouve sur la rive opposée. On y trouve deux ou trois petits appartements d’un temple, habités par des Fellahs ou leur bétail. Dans le plus grand, il reste des bas-reliefs qui m’ont appris que la triade adorée dans le temple était composée de Mandou, de la déesse Ritho et de leur fils Harphré, comme dans le temple d’Hermonthis, chef-lieu du nome (district) auquel appartenait Tuphium. »

L’archéologue Fernand Bisson de La Roque mène au XXe siècle deux grandes séries de fouilles sur le site. La première entre 1934 et 1940, se concentre principalement sur les vestiges visibles remontant à la période gréco-romaine, mais met aussi au jour le temple du Moyen Empire, avec ses reliefs des XIe et XIIe dynasties, et des vestiges de la deuxième période intermédiaire.

La seconde campagne, menée entre 1946 à 1950, porta sur les portes monumentales, les enceintes, le dromos et le débarcadère du temple principal, précisant son développement depuis le Nouvel Empire jusqu’à son remaniement complet sous les Ptolémée. Selon les règles en vigueur à l’époque, les trouvailles faites durant les fouilles sont partagées à l’issue des campagnes, ce qui explique que de nombreux éléments provenant de Tôd soient aujourd’hui visibles au musée du Louvre.


La découverte du trésor de Tôd.

En 1936, lors de sa première campagne de fouilles, l’archéologue Bisson de la Roque (1885-1958) fait soulever les dalles du temple dédié à Tôd par le pharaon Sésostris Ier. Il découvre quatre coffres contenant de nombreux objets en matériaux précieux. Au total se trouvait dans le trésor près de 6,98 kg d’or et 8,87 kg d’argent. Les objets se trouvaient dans quatre coffres en cuivre portant le nom du pharaon Aménophis II. Leur origine n’est pas égyptienne mais reste incertaine, et ils pourraient provenir de différentes parties du monde. Certains chercheurs pensent qu’une partie du trésor aurait été fabriquée en Iran, et que certains objets d’or pourraient provenir d’Anatolie, comme ceux en argent.

Selon le partage des fouilles en vigueur,  le musée du Louvre conserve deux ces coffres et leur contenu.

Trésor d'Aménophis Ier découvert dans le temple de Montou à El Tod
A gauche, photographie montrant la découverte des quatre coffres. A droite, les coffres conservés au Louvre et leur contenu.