Découverte archéologiqueRome antique

Statue d’Apollon tueur de lézard trouvée dans des bains romano-étrusques de Toscane

Les fouilles des bains étrusques et romains de San Casciano dei Bagni ont occasionné en 2022 une découverte exceptionnelle de nombreux bronzes antiques. Les archéologues poursuivent leur travail sur ce site, et viennent de mettre au jour une statue d’Apollon Stauroctonos, le « tueur de lézard », copie d’un original grec de Praxitèle.


Les fouilles du complexe thermal de Balnea Clusinae à San Casciano dei Bagni, en Toscane.

La naissance et le développement de San Casciano dei Bagni sont essentiellement liés à la présence de nombreuses sources d’eau chaude. Au total, 42 qui fournissent une eau à une température moyenne de 40 °C. Avec un débit de plus de 5 millions de litres par jour, ce débit place aujourd’hui encore San Casciano parmi les sources thermales les plus importantes.

Cette profusion avait naturellement attiré l’attention des anciens : les Etrusques s’en servirent pour fournir de l’eau au premier sanctuaire et complexe thermal de Balnea Clusinae. Les fouilles archéologiques ont pu attester que l’établissement remontait au IIIe siècle avant notre ère, même si des légendes rapportaient une fondation encore plus ancienne. Après la soumission des Etrusques par Rome et l’intégration de leur cités et de leur peuple, les bains continuent d’être utilisés. Les vertus thérapeutiques qu’on prête à leurs eaux, ainsi que leur proximité de Rome par la Via Cassia en fait une ville d’eau prisée par les Romains, et le complexe reçoit des visiteurs illustres comme Octave Auguste ou Triaria, l’épouse de l’empereur Vitellius.

Preuve de l’importance du lieu dans l’antiquité, les archéologues ont mis au jour un ensemble exceptionnel de statues de bronze étrusco-romaines en 2022, et la découverte de la statue de marbre de l’Apollon Stauroctonos s’inscrit dans ce contexte.


La découverte d’une nouvelle statue en marbre d’Apollon Sauroctonos.

Les archéologues ont retrouvé plusieurs fragments d’une statue en marbre grandeur nature. Elle devait orner les bords du grand bain, et représente le dieu Apollon. Il s’agit de la copie romaine d’une statue du sculpteur Praxitèle, l’Apollon Stauroctonos (le « tueur de lézard »). Praxitèle fut l’un des sculpteurs les plus célèbres de l’antiquité, et exerçait à Athènes au IVe siècle avant notre ère. Beaucoup de ses statues ont été copiées dans le monde gréco-romain, en particulier durant les deux premiers siècles de notre ère. La statue d’Aphrodite récemment retrouvée en Turquie imitait aussi un modèle du même sculpteur.

La statue de Praxitèle est aujourd’hui connue par des représentations sur des pièces de monnaie, ainsi qu’environ 40 statues copiant le modèle original. Apollon est représenté en jeune homme, sur le point d’attraper un lézard grimpant à un arbre – d’où son nom de « tueur de lézard ». Preuve de leur notoriété dans l’antiquité, le poète romain Martial a écrit une épigramme à propos de ce thème statuaire : « Epargne le lézard, garçon perfide, qui rampe vers toi ; il veut périr de tes mains ». Divinité associé à la guérison et aux maladies, Apollon recevait des offrandes votives de la part des malades cherchant à guérir de leurs afflictions. En outre, le lézard est aussi souvent lié à l’ophtalmologie, car ils étaient considérés à l’époque gréco-romaine comme un ingrédient clé pour soigner les affections oculaires. Placer sa statue près du bassin des bains associait naturellement la divinité aux maux que cherchaient à guérir les curistes.

La statue pourrait avoir été endommagée au début du Ve siècle, lorsque la christianisation de la zone aurait entraîné le renversement des statues dans les bassins et la fermeture du sanctuaire.

En plus de cette statue, les archéologues ont retrouvé un autel votif en travertin, portant une inscription bilingue en latin et en étrusque, et remontant au Ier siècle de notre ère. Cela témoigne de l’influence que la culture étrusque continuait encore d’exercer à l’époque impériale, même si l’assimilation de ce peuple était assez rapide et que les chercheurs considèrent que la langue étrusque elle-même aurait cessé d’être une langue vivante au cours du IIe siècle. C’est aussi une addition intéressante au corpus d’inscriptions en étrusque, relativement rare dans un contexte qui n’est pas lié au monde funéraire.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *