Plus de 20 000 structures précoloniales repérées dans le sud-ouest de l’Amazonie
Une vaste étude par balayage laser aéroporté (LiDAR) sur 4 430 km de vol révolutionne l’archéologie amazonienne et révèle l’ampleur de la présence humaine précoloniale dans le sud-ouest de l’Amazonie. Les données couvrent 4 497 km² dans les États brésiliens de l’Acre et de l’Amazonas. Les chercheurs ont identifié 432 structures terrassées, dont 396 étaient totalement méconnues. Ces travaux s’inscrivent dans la continuité des recherches par LiDAR ayant déjà mis en lumière l’urbanisme jardinier précolombien dans la vallée de l’Upano en Équateur. Dans le sud-ouest amazonien, ces données permettent de revoir l’emprise géographique et la démographie de la civilisation Aquiry.

L’architecture monumentale et l’organisation sociale de la culture Aquiry.
Dans l’ombre des civilisations préhispaniques les plus connues, comme les Incas ou les Mayas, la culture Aquiry s’est épanouie sur le territoire actuel du Brésil et y a édifié des enclos géométriques délimités par des fossés et des remblais de terre entre 600 avant notre ère et 850 de notre ère. La superficie de ces terrassements varie généralement entre 0,35 et 14 hectares. La plus grande structure connue atteint près de 50 hectares. Les fossés mesurent entre 9 et 13 mètres de largeur pour une profondeur maximale de 5 mètres. Le LiDAR montre également la présence de nombreux enclos quadrilatéraux et multilatéraux sans fossé.
Ces complexes servaient de centres publics, cérémoniels et politiques lors de rassemblements temporaires. Ils ne comportent pas d’habitats permanents ni de fortifications. Ce modèle correspond à une forme d’urbanisme forestier à faible densité, comparable à certains centres de rassemblement de l’État inca.
Les données démographiques clés de la région Aquiry.

- Grâce à cette nouvelle étude, l’espace occupé par la civilisation Aquiry a été portée de 60 000 km² à 183 000 km².
- Entre 24 000 et 30 000 structures terrassées ont été identifiée au total dans la région, dont deux tiers attribuables à la période Aquiry.
- Ces recherches ont permis une réévaluation de la population de la région: à son pic ( vers 100 – 300 de notre ère), elle est désormais estimée entre 1,25 et 3 millions d’habitants (densité de 7,1 à 16,5 hab/km²).
- Dans la zone cœur, la densité de population atteignait probablement 13,6 à 32,6 hab/km² sur 85 000 km².
Un multiplicateur par cinq pour les détections sous couvert forestier.
L’analyse comparative montre que le LiDAR détecte cinq fois plus de structures que l’imagerie satellite conventionnelle dans les zones déboisées (156 structures trouvées contre 30 auparavant). La modélisation statistique basée sur ces résultats permet d’extrapoler le nombre total de terrassements dissimulés sous le couvert forestier dense. Dans la zone centrale de 85 000 km², la densité moyenne atteint 0,25 structure par kilomètre carré.

Une gestion durable des sols et des ressources forestières.
Les données archéologiques et botaniques réfutent l’idée d’une Amazonie aux sols pauvres incapables de supporter de fortes populations. Les habitants de la région Aquiry cultivaient le maïs, la courge, le manioc, la patate douce, le piment, les haricots et l’arachide. L’analyse des macrofossiles confirme l’exploitation intensive du noyer du Brésil (Bertholletia excelsa) et de plusieurs espèces de palmiers (bacaba, palmier-pêche, uricuri).
Le brûlage contrôlé des forêts de bambou sur plusieurs siècles a préservé la fertilité des sols. Les populations précoloniales ont ainsi façonné la composition et la biodiversité de la forêt tropicale actuelle.
Cette étude démontre que le sud-ouest de l’Amazonie a abrité une civilisation monumentale complexe et densément peuplée. L’empreinte durable laissée par la culture Aquiry, par ailleurs largement méconnue, sur la structure des sols et de la forêt impose de réévaluer l’histoire environnementale globale de l’Amazonie ainsi que les modèles climatiques actuels
Crédits photographiques: Martti Pärssinen et al., Nature, Springer Nature – CC by-SA 4.0
