Fouilles d’un temple d’Hercule et de tombes républicaines près de Rome
Les archéologues de la Surintendance Spéciale de Rome ont exhumé un complexe antique majeur dans le quartier de Pietralata, au nord-est de la capitale. Le potentiel archéologique de cette zone est connu depuis 1997. À l’époque, des fouilles avaient révélé des traces d’occupation remontant à la période archaïque (VIIIe – VIe siècle avant notre ère), correspondant à la phase de la Royauté romaine.
La nouvelle campagne de fouilles, lancée à l’été 2022 dans le parc des Acacie, porte sur une surface de quatre hectares. Le site témoigne d’une occupation continue entre le Ve siècle avant notre ère et le Ier siècle de notre ère. Cette chronologie couvre la majeure partie de la période républicaine (509 à 27 avant notre ère). Un ancien cours d’eau relié à l’Aniene, un affluent majeur du Tibre, structure l’ensemble du complexe.
Un lieu de culte dédié à Hercule.
L’élément central du complexe découvert dans le parc des Acacie est un sacellum, un petit édifice de culte à plan quadrangulaire. Les archéologues ont déterminé que ce sanctuaire a été édifié au-dessus d’un dépôt votif encore plus ancien, confirmant la sacralité du lieu bien avant la construction de la structure maçonnée visible aujourd´hui.
Le bâtiment servait probablement au culte d’Hercule. Cette divinité faisait l’objet d’une vénération intense le long de la via Tiburtina, car elle était considérée comme la protectrice des voyageurs, des marchands et des troupeaux en mouvement. L’emplacement du sacellum n’est donc pas fortuit : il jalonnait un axe de passage important pour les échanges entre Rome et l’arrière-pays.
À l’intérieur de l’édifice, les fouilles ont révélé une organisation rituelle précise, avec un autel, dont la base est encore conservée au centre de la pièce. Les archéologues pensent qu´une statue de la divinité occupait le fond du sanctuaire, face à l´entrée. Par ailleurs, de nombreux ex-voto ont été retrouvés dans le dépôt votif et ailleurs dans le sol, notamment des statuettes, des représentations animales et de parties anatomiques. Ces objets témoignent de rituels de remerciement, ou de demandes de guérison.
Ce petit temple s’insérait à proximité immédiate d’un ancien cours d’eau lié à l’Aniene. Cette proximité avec l’eau était essentielle pour les rituels de purification des prêtres et des fidèles fréquentant le sanctuaire.
Vue des vestiges du sacellum consacré à Hercule
Une tête de statue retrouvée par les archéologues
Infrastructures et bassins monumentaux.
Le site révèle d’importants aménagements hydrauliques, composés de deux vastes bassins monumentaux situés à l’est et au sud. Le plus ancien date des IIIe et IIe siècles avant notre ère. Leur fonction exacte reste à confirmer, mais leurs dimensions et l’emplacement de ces structures suggèrent un usage rituel lié aux ablutions, une fonction de collecte des eaux ou une activité de production. Ces installations exploitaient la proximité d’un ancien cours d’eau relié au fleuve Aniene.
Une route antique traverse l’ensemble du complexe. Cet axe structurant reliait les différents espaces fonctionnels – religieux, funéraires et techniques – et souligne l’intégration de ce domaine dans le paysage routier de la périphérie romaine.

Des sépultures monumentales et une trace de chirurgie antique.
À proximité du sanctuaire, l’équipe a exhumé deux tombes à chambre monumentales. Les bâtisseurs ont creusé ces structures directement dans un banc de tuf en pente, sous l’actuelle Via di Pietralata. À l’origine, une façade monumentale en tuf unissait probablement les deux sépultures, avant d’être démantelée et réutilisée dès l’Antiquité. La qualité de construction désigne une famille aristocratique influente.
La Tombe A : son entrée monumentale, encadrée par des montants et un linteau, est scellée par une dalle monolithique. À l’intérieur, les archéologues ont découvert un sarcophage en péperin. Le mobilier funéraire est resté intact : il comprend un miroir, un bol peint en noir, une cruche en céramique et une petite coupe.
La Tombe B : Construite au IIIe siècle avant notre ère, soit quelques siècles après la première, cette sépulture témoigne de l’occupation prolongée du site. Elle abritait le crâne d’un homme adulte portant les traces d’une trépanation chirurgicale. Ce forage crânien constitue un témoignage rare de la maîtrise des pratiques médicales sous la République romaine.
Autour de ces sépultures, les chercheurs ont également identifié des traces de pratiques sacrificielles, notamment des dizaines de mâchoires de bovins, ainsi que des statuettes votives à l’effigie d’Osiris, témoignant de l’influence précoce des cultes orientaux dès la période républicaine.
Cette découverte confirme l’extension de la Rome antique bien au-delà de son centre historique – les fouilles se situent à environ 5 km de la porte des remparts de Rome la plus proche. Elle illustre le concept de « ville diffuse » : les zones périphériques actuelles intégraient alors des centres de vie religieuse et funéraire majeurs. La Surintendance prépare désormais un plan de valorisation pour rendre ce patrimoine accessible au public.

