Égypte : une nécropole de 5 000 ans éclaire les origines des pyramides

Découverte archéologiqueEgypte ancienne

En Égypte, une colline du désert vient de livrer un chapitre oublié de l’histoire des pyramides. Sur le site de Jabal al-Tair, dans le gouvernorat de Minya, une mission archéologique a mis au jour deux tombes vieilles de près de 5 000 ans. Leur architecture n’a rien d’anodin. Elle montre comment les bâtisseurs égyptiens, bien avant Khéops, ont appris à empiler la pierre vers le ciel.


Une découverte sur la rive est du Nil, à Minya

Le site se trouve à Jabal al-Tair, sur la rive orientale du Nil, à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la ville de Minya, au sud du Caire. La fouille est menée par une mission égyptienne du Conseil suprême des Antiquités. Le lieu était déjà connu comme une vaste zone funéraire. Les nouvelles découvertes confirment qu’il a servi de cimetière pendant des millénaires.

Le ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, salue une avancée pour comprendre l’évolution de l’architecture des tombes à travers les époques. Au cœur de la trouvaille : deux tombes datées du début de l’époque thinite, la première période dynastique, vers 3100 à 2686 avant notre ère. S’y ajoutent des sépultures bien plus anciennes, puis bien plus récentes.


Deux tombes qui annoncent les pyramides

L’intérêt majeur tient à la forme de la première tombe. Ses murs s’amincissent peu à peu, de la base vers le sommet. Cette mise en retrait progressive n’est pas un détail esthétique. C’est une solution d’ingénieur, pensée pour la stabilité de l’ouvrage.

Or, ce principe est précisément celui qui mènera, quelques siècles plus tard, aux pyramides à degrés, puis aux pyramides à faces lisses. Mohamed Abdel Badie, responsable du secteur des Antiquités égyptiennes, y voit une étape charnière du savoir-faire. Avant la célèbre pyramide à degrés de Djéser à Saqqarah, il a d’abord fallu maîtriser ce geste simple : alléger une structure à mesure qu’elle s’élève.

Vue aérienne des deux tombes voisines de la nécropole de Jabal al-Tair à Minya
Vue aérienne des deux tombes voisines de la nécropole de Jabal al-Tair à Minya, ©MOTA

Les secrets de chantier des premiers bâtisseurs

La première tombe a souffert. À une époque plus tardive, on y a prélevé des pierres comme dans une carrière. Mais les parties conservées sont précieuses. Elles gardent la mémoire des techniques de construction.

Les archéologues ont repéré des traits d’oxyde sur la pierre. Ces marques servaient de guides pour tailler les blocs avec précision. Ils ont aussi trouvé de grands supports en bois, insérés dans la maçonnerie pour renforcer les murs. Certains couraient sur toute la longueur de la paroi, d’autres jouaient un rôle d’armature ponctuelle. Ces indices concrets racontent un chantier réel, avec ses outils et ses astuces.


Un écho aux tombes royales d’Abydos

La seconde tombe se trouve juste au sud de la première. Son plan est presque identique, mais elle est bien mieux conservée, car elle a échappé aux carriers. Les premières études relèvent une ressemblance frappante avec une sépulture célèbre : la tombe du roi Den, à Abydos.

Den fut l’un des grands souverains de la Ire dynastie. Sa tombe est réputée pour son architecture en avance sur son temps, avec le premier escalier connu menant à la chambre funéraire. Selon Hisham El-Leithy, secrétaire général du Conseil suprême des Antiquités, ce parallèle renforce l’importance de Jabal al-Tair. Il suggère une tradition architecturale partagée, au moment même où naissait l’État égyptien.


Une nécropole utilisée pendant des millénaires

La mission a aussi dégagé une partie d’un cimetière de l’époque prédynastique, plus ancien encore que les deux tombes. Les corps y reposaient en position repliée, enveloppés dans des nattes de fibres végétales, aujourd’hui presque entièrement décomposées.

À côté, les fouilleurs ont recueilli des céramiques à bord noir, typiques des cultures de Nagada II et Nagada III. Elles datent d’avant l’unification de l’Égypte. Ces vases rappellent que la colline était déjà sacrée avant les premiers pharaons, comme l’était plus au sud le grand site prédynastique de Nekhen, ou Hiérakonpolis.

Le site n’a pas cessé d’être occupé. Des sépultures de la Basse Époque, individuelles et collectives, ont également été retrouvées. Certains défunts reposaient dans des cercueils de bois, dont il subsiste des fragments. D’une époque à l’autre, on a continué d’enterrer les morts au même endroit.

Nécropole des premières dynasties fouillée à Jabal Al-Tayr
Nécropole des premières dynasties fouillée à Jabal Al-Tayr, Nécropole des premières dynasties fouillée à Jabal Al-TayrNécropole des premières dynasties fouillée à Jabal Al-Tayr, © MOTA

Pourquoi Minya compte

Cette région du Moyen Empire géographique est l’une des plus riches d’Égypte sur le plan archéologique. Non loin se trouvent Beni Hassan et ses tombes peintes, ainsi que Hermopolis, la cité du dieu Thot. Jabal al-Tair ajoute une pièce essentielle à ce puzzle, en éclairant les tout débuts de l’architecture funéraire.

Dirigées par Sami Derderi, à la tête du département central des Antiquités de Moyenne-Égypte, les fouilles se poursuivent. D’autres découvertes sont attendues. Chacune affine un peu plus le récit des hommes qui, pierre après pierre, ont inventé la pyramide. Pour aller plus loin, explorez nos autres grands sites de l’Égypte antique.


Sources

Crédits de l’image de couverture et de toutes les images: Ministry of Tourism and Antiquities وزارة السياحة والآثار

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