Les pyramides de Gizeh : histoire, construction et découvertes archéologiques

Egypte ancienne

Les pyramides de Gizeh sont les monuments les plus célèbres de l’Égypte ancienne. Sur un plateau dominant la rive ouest du Nil, aux portes du Caire, trois pyramides monumentales se dressent depuis plus de quatre mille cinq cents ans : celles des pharaons Khéops, Khéphren et Mykérinos. À leurs pieds veille le Grand Sphinx.

Élevées au cours de la IVe dynastie, vers 2600 à 2500 avant notre ère, en plein Ancien Empire, elles forment une nécropole royale d’une ampleur inégalée. Le plateau jouxte Memphis, la capitale de l’Ancien Empire : c’est tout naturellement à ses portes que les pharaons se font inhumer. La grande pyramide de Khéops, haute de près de 146 mètres à l’origine, est restée la plus haute construction humaine pendant près de quatre millénaires. C’est aussi la seule des sept merveilles du monde antique parvenue jusqu’à nous.

Comment ces montagnes de pierre ont-elles été bâties ? Que cherchaient les pharaons en les érigeant ? Et que révèlent les fouilles, d’Hérodote à Flinders Petrie jusqu’aux découvertes les plus récentes ? Cet article retrace l’histoire, la construction et l’archéologie des pyramides de Gizeh.

Les pyramides de Gizeh en bref

Lieu : plateau de Gizeh, rive ouest du Nil, aux portes du Caire (Égypte)

Époque : Ancien Empire, IVe dynastie (vers 2600 à 2500 avant notre ère)

Pharaons : Khéops, Khéphren et Mykérinos

Sur le site : trois grandes pyramides, pyramides des reines, temples et le Grand Sphinx, vaste nécropole

Khéops : environ 146 mètres à l’origine, plus haute construction humaine pendant près de 4000 ans

Statut : seule des sept merveilles du monde antique encore debout ; patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979

Le plateau de Gizeh, nécropole royale de la IVe dynastie

Si les pharaons choisissent Gizeh, c’est d’abord une affaire de géographie. À quelques kilomètres au sud s’étend Memphis, la grande capitale de l’Ancien Empire. Partout le long de la vallée, les souverains se font enterrer dans le désert, sur la rive ouest, du côté du soleil couchant et du royaume des morts. Gizeh n’est donc qu’un maillon d’une immense nécropole memphite qui court sur des dizaines de kilomètres.

Cette géographie funéraire a pourtant une longue préhistoire. Les tout premiers rois ne reposent pas dans le nord : les pharaons de la Ire dynastie, et même leurs prédécesseurs prédynastiques, se font inhumer bien plus au sud, à Abydos, près de l’antique Thinis, dans la nécropole d’Oumm el-Qaab. Ce sont les plus anciennes tombes royales d’Égypte. À la IIe dynastie, les souverains hésitent encore : plusieurs choisissent Saqqarah, au nord, avant que les derniers, comme Khasekhemoui, ne reviennent à Abydos.

Tout bascule à la IIIe dynastie. Vers 2650 avant notre ère, le pharaon Djoser fait élever à Saqqarah la première pyramide de l’histoire, la célèbre pyramide à degrés. Le choix de la région memphite devient alors définitif. Gizeh en marque l’apogée sous la IVe dynastie. Mais les pharaons continueront longtemps d’y bâtir leurs tombeaux : à Abousir sous la Ve dynastie, de nouveau à Saqqarah, et, bien plus tard, jusqu’au Moyen Empire à Licht. Pendant des siècles, c’est aux portes de Memphis que repose la royauté égyptienne.

Les rois ne sont d’ailleurs pas seuls. Tout autour des pyramides s’alignent des champs de mastabas : les tombes de la famille royale, des hauts dignitaires, des prêtres et des grands fonctionnaires. À Gizeh, ces cimetières organisés en rues forment une véritable cité des morts, où chacun cherche à reposer au plus près de son souverain.

Plan du plateau de Gizeh et localisation de ses principaux monuments antiques
Plan des monuments majeurs du plateau de Gizeh, credits MesserWoland et traduction par Moez, CC-by-SA 3.0.

La grande pyramide de Khéops

La plus imposante des trois, et la plus ancienne du plateau, est celle de Khéops, deuxième pharaon de la IVe dynastie et fils de Snéfrou. Achevée vers 2560 avant notre ère, elle est tout simplement la plus grande pyramide jamais construite. Chaque côté de sa base mesure près de 230 mètres, et elle culminait à l’origine à environ 146 mètres, contre 138 aujourd’hui, sommet et parement disparus.

Les chiffres donnent le vertige : près de 2,3 millions de blocs de calcaire, d’un poids moyen de 2,5 tonnes, certains bien plus lourds encore. À l’origine, un revêtement de calcaire blanc de Toura, lisse et éclatant, la faisait briller au soleil.

La pyramide ne se dressait pas seule : elle s’inscrivait dans un vaste complexe funéraire, avec son temple haut, sa chaussée, son temple bas, les petites pyramides des reines et des fosses où fut retrouvée, en 1954, la célèbre barque solaire de Khéops.

La grande pyramide de Khéops sur le plateau de Gizeh
La pyramide de Khéops, la plus grande jamais bâtie, ,mesurait à l’origine 146 mètres.

Les chambres et galeries internes

L’intérieur de la pyramide est un chef-d’œuvre d’ingénierie. Depuis l’entrée, sur la face nord, un couloir descendant s’enfonce dans le roc jusqu’à une chambre souterraine inachevée. Un couloir ascendant mène ensuite à deux espaces. Le premier, appelé par erreur chambre de la Reine, n’a jamais abrité de souveraine. Le second se rejoint par la grande galerie, un extraordinaire corridor en encorbellement de près de 47 mètres de long et 8,6 mètres de haut.

La galerie débouche sur la chambre du Roi, entièrement bâtie en granite rouge d’Assouan, où repose encore une cuve de granite vide. Au-dessus, cinq chambres de décharge répartissent l’énorme poids de la maçonnerie. C’est là que furent relevées, au XIXe siècle, des inscriptions d’ouvriers mentionnant le nom de Khéops, qui confirmèrent l’attribution du monument. De fines conduites filent vers l’extérieur, en direction du ciel. Quant à la momie et au trésor du pharaon, ils avaient disparu bien avant les premiers explorateurs : la pyramide fut pillée dès l’Antiquité.

Coupe de la pyramide de Khéops, plateau de Guizeh, Egypte
Coupe schématique de la pyramide de Khéops. De l’entrée (1) part un couloir descendant (4) de 105 mètres, qui s’enfonce jusqu’à la chambre souterraine (5), creusée dans la masse rocheuse. Un couloir ascendant (6) s’en détache par le plafond (3) et rejoint le bas de la grande galerie. Là s’embranche un couloir horizontal de 39 mètres (8), menant à la chambre de la reine (7). La grande galerie (9), longue de 47 mètres, conduit enfin à la chambre du roi (10), par l’intermédiaire de la chambre des herses (11).

Le vide détecté par ScanPyramids

Depuis 2015, la mission ScanPyramids ausculte la pyramide sans y porter le moindre coup de pioche. Sa méthode : la muographie, qui utilise les muons, des particules issues du rayonnement cosmique, pour radiographier la masse de pierre et y déceler les cavités.

En 2017, l’équipe annonce dans la revue Nature une découverte spectaculaire : un grand vide d’au moins 30 mètres de long, de section comparable à celle de la grande galerie, juste au-dessus de cette dernière. C’est la première grande structure interne mise au jour depuis le XIXe siècle. Sa fonction reste débattue : simple vide de construction, ou espace encore inconnu ? En 2023, la mission révèle un autre secret, le couloir de la face nord : un corridor d’environ 9 mètres au plafond en chevron, dissimulé derrière la façade, exploré à l’aide d’un minuscule endoscope. Plus de 4500 ans après son achèvement, la pyramide de Khéops n’a donc pas livré tous ses mystères.


La pyramide de Khéphren et le Grand Sphinx

 Le Grand Sphinx de Gizeh devant la pyramide de Khéphren
Le Grand Sphinx, taillé dans le rocher du plateau, veille devant la pyramide de Khéphren qui conserve une partie de son parement de calcaire.

La deuxième pyramide du plateau est celle de Khéphren, fils de Khéops. À première vue, elle semble plus haute que celle de son père. C’est une illusion : Khéphren l’a fait bâtir sur un point plus élevé du plateau, mais elle est en réalité un peu plus petite, avec une base de près de 215 mètres et une hauteur d’origine d’environ 143 mètres.

Elle se distingue par un détail spectaculaire : à son sommet subsiste une partie de son revêtement de calcaire de Toura, qui couvrait jadis toutes les pyramides. C’est le meilleur témoin de ce que furent ces monuments, lisses et étincelants. Son complexe funéraire est lui aussi remarquable, en particulier le temple bas, bâti d’énormes blocs de granite, où fut retrouvée la célèbre statue du pharaon en diorite, le faucon Horus protégeant sa nuque. L’intérieur de la pyramide, plus simple que celui de Khéops, fut ouvert en 1818 par l’aventurier Giovanni Belzoni, qui y laissa sa signature.


Le Grand Sphinx de Gizeh

Au pied de la chaussée de Khéphren veille la plus célèbre statue de l’Antiquité : le Grand Sphinx. Cette créature au corps de lion et à tête humaine fut taillée directement dans un éperon de calcaire du plateau, vers 2500 avant notre ère. Avec ses 73 mètres de long et ses 20 mètres de haut, c’est la plus grande sculpture monolithique jamais réalisée.

On reconnaît traditionnellement dans son visage les traits de Khéphren, dont il garderait l’image. Le Sphinx portait la coiffe royale, le némès, ainsi qu’un uraeus et une barbe postiche dont des fragments sont aujourd’hui conservés dans les musées. Son nez, lui, a disparu. Contrairement à la légende, ce ne sont pas les canons de Bonaparte qui l’ont brisé : le Sphinx apparaît déjà sans nez sur des dessins antérieurs à l’expédition d’Égypte.

Le monument a passé une grande partie de son histoire enseveli sous les sables, dont il fallut le dégager à plusieurs reprises. Entre ses pattes se dresse d’ailleurs la « stèle du Songe », érigée par le pharaon Thoutmôsis IV, plus de mille ans après la construction du Sphinx. Le roi y raconte comment, endormi à l’ombre du colosse alors qu’il n’était encore que prince, il aurait reçu la promesse du trône s’il libérait la statue du sable qui l’étouffait.

Il fallut attendre l’époque moderne pour le voir enfin sortir tout entier des sables. En 1817, l’explorateur Giovanni Battista Caviglia dégagea sa poitrine, mettant au jour la stèle du Songe.

Le grand sphinx de Gizeh ensablé, photographié vers 1870
Le grand sphinx de Gizeh ensablé, photographié vers 1870

Puis, de 1925 à 1936, Émile Baraize, mandaté par le Service des Antiquités, le libéra sur tous ses côtés. Ce fut enfin l’égyptologue Selim Hassan qui, en 1936 et 1937, le sortit définitivement de sa gangue de sable et en mena l’étude complète.


La pyramide de Mykérinos

Pyramide de Mykérinos, les trois petites pyramides des reines et les deux autres grandes pyramides de Gizeh en arrière plan
Les trois petites pyramides des reines et la pyramide de Mykérinos devant les deux autres grandes pyramides de Gizeh.

La troisième pyramide, celle de Mykérinos, fils de Khéphren, est de loin la plus modeste. Sa base dépasse à peine cent mètres de côté, et elle s’élevait à l’origine à environ 65 mètres, soit moins de la moitié de la hauteur de ses voisines. Son volume ne représente qu’une fraction de celui de Khéops.

Sa construction marque pourtant un raffinement. Mykérinos fit revêtir les premières assises de granite rouge d’Assouan, plus précieux et plus difficile à tailler que le calcaire. Le pharaon mourut toutefois avant la fin du chantier, laissant ce parement en partie brut. C’est son successeur, Chepseskaf, qui acheva l’ensemble, recourant en partie à la brique crue. Le temple bas a livré quelques-uns des plus beaux chefs-d’œuvre de la statuaire égyptienne, les « triades » de Mykérinos, où le roi se tient aux côtés de la déesse Hathor.

L’histoire de son sarcophage est plus rocambolesque. Retrouvée dans la pyramide en 1837, la cuve de basalte fut embarquée vers l’Angleterre. Mais le navire qui la transportait, le Beatrice, sombra en 1838 au large de l’Espagne. Le sarcophage repose depuis au fond de la Méditerranée.

La pyramide garde enfin la cicatrice d’une tentative de destruction. À la fin du XIIe siècle de notre ère, un fils de Saladin entreprit de démanteler les pyramides et s’attaqua d’abord à celle de Mykérinos. Devant l’ampleur de la tâche, il renonça, mais la profonde entaille qu’il ouvrit sur la face nord est encore visible aujourd’hui.


Comment les pyramides de Gizeh ont-elles été construites ?

C’est la grande question, celle qui fascine depuis l’Antiquité. Comment des hommes équipés d’outils en cuivre et de cordes ont-ils pu élever de telles montagnes de pierre ? Aucun plan de chantier ne nous est parvenu, et le détail des techniques se dérobe encore. Mais l’archéologie a, ces dernières décennies, levé une grande partie du mystère.

Des matériaux venus de tout le pays

L’essentiel de la masse des pyramides provient du plateau lui-même. Le calcaire grossier des blocs internes était extrait sur place, à quelques centaines de mètres du chantier. Mais les matériaux les plus nobles venaient de loin. Le fin calcaire blanc du parement était taillé à Toura, sur l’autre rive du Nil. Le granite rouge des chambres royales descendait d’Assouan, à plus de 800 kilomètres au sud.

Restait à acheminer ces pierres. Tout passait par l’eau. Un document exceptionnel l’atteste : le journal de Merer, le plus ancien papyrus inscrit connu, découvert en 2013 sur la côte de la mer Rouge. Ce fonctionnaire y consigne, sous le règne de Khéops, les rotations de bateaux qui transportaient le calcaire de Toura jusqu’à Gizeh par un réseau de canaux. Et en 2024, une étude a identifié, enfouie sous les terres cultivées, une ancienne branche du Nil, baptisée Ahramat, qui longeait autrefois la nécropole. Elle expliquerait à la fois l’alignement des pyramides en bordure du désert et la logistique de leur édification.

Un chantier d’État, et non des esclaves

Longtemps, on a imaginé des foules d’esclaves sous le fouet. L’archéologie a balayé cette image. Au sud du plateau, les fouilles ont mis au jour le village des bâtisseurs : des boulangeries, des brasseries, des dortoirs, de quoi nourrir et loger des milliers d’ouvriers. Tout près, un cimetière abritait leurs tombes, et les squelettes montrent des fractures soignées, signe d’une véritable prise en charge.

Les pyramides furent en réalité l’œuvre d’une main-d’œuvre encadrée et entretenue par l’État. Un noyau d’artisans qualifiés travaillait à l’année, renforcé par des équipes de paysans qui montaient au chantier, sans doute pendant la crue, quand les champs disparaissaient sous l’eau. Les graffitis laissés par ces équipes, qui se donnaient des noms comme « les amis de Khéops », disent leur fierté plus que leur servitude.

Rampes et ingéniosité : hisser les blocs

Reste le geste technique : comment monter 2,3 millions de blocs à plus de cent mètres de hauteur ? Aucune source ancienne ne le décrit, et les égyptologues en débattent toujours. L’hypothèse la plus admise est celle de la rampe, sous des formes variées : une longue rampe droite, une rampe enveloppant la pyramide, ou même une rampe interne courant dans la maçonnerie. Des leviers auraient servi à ajuster les derniers blocs au sommet.

Quelle que soit la méthode, c’est l’organisation qui impressionne le plus. Acheminer, tailler et poser une telle quantité de pierre en quelques décennies suppose une planification, une logistique et une autorité d’une efficacité redoutable. Les pyramides de Gizeh sont autant un exploit administratif qu’un exploit d’ingénierie.


À quoi servaient les pyramides ?

La réponse tient en un mot : ce sont des tombeaux. Chaque pyramide abritait la dépouille d’un pharaon et tout ce qui devait lui assurer la vie éternelle. Car pour les Égyptiens, la mort du roi n’était pas une fin, mais un passage. Le souverain défunt devait rejoindre les dieux, et la pyramide était l’instrument destiné à rendre ce voyage possible.

Sa forme même est un symbole. On y a vu l’image de la butte primordiale, ce premier tertre surgi des eaux du chaos au moment de la création, selon le mythe d’Héliopolis. On y a vu aussi des rayons de soleil pétrifiés, une rampe de pierre par laquelle le roi s’élevait vers le ciel pour s’unir au dieu solaire Rê et aux étoiles impérissables. Orientées avec une précision stupéfiante vers les points cardinaux, les pyramides sont des monuments autant religieux qu’astronomiques.

Mais une pyramide ne se réduit pas à sa silhouette. Elle est le cœur d’un vaste complexe funéraire. Au pied du monument, le temple haut accueillait le culte rendu au roi mort. Une chaussée le reliait au temple bas, en bordure de la vallée, où se déroulaient les rites. Tout autour, des fosses abritaient les barques destinées à la navigation céleste du pharaon. Des prêtres, entretenus par des domaines entiers, devaient y célébrer les offrandes pour l’éternité.

Construire une pyramide, ce n’était donc pas seulement élever une tombe. C’était fonder un culte, censé faire vivre le roi défunt à jamais.


Les pyramides de Gizeh à travers l’histoire et l’archéologie

Depuis quarante-cinq siècles, les pyramides n’ont jamais cessé d’être regardées. Tour à tour merveilles à visiter, carrières de pierre, énigmes et terrains de fouille, elles ont traversé toutes les époques. Leur histoire après les pharaons est presque aussi riche que celle de leur construction.

Les pyramides dans l’Antiquité

🔴 IMAGE — alt : « Gravure ancienne de voyageurs visitant les pyramides de Gizeh » / caption : « Dès l’Antiquité, le plateau attire les voyageurs : Hérodote en laisse l’un des premiers récits. »

Dès l’Antiquité, le plateau attire les curieux. Vers 450 avant notre ère, le voyageur grec Hérodote visite l’Égypte et consacre aux pyramides l’un de ses récits les plus célèbres. Il y rapporte, non sans erreurs, des histoires entendues sur place : un Khéops tyrannique, des dizaines de milliers d’hommes mobilisés pendant vingt ans. Son texte fixera pour des siècles l’image des pyramides en Occident.

Grecs puis Romains défilent à leur tour. La grande pyramide figure déjà parmi les sept merveilles du monde, et elle est la seule qui subsiste aujourd’hui. Les visiteurs antiques gravent leurs noms sur la pierre, exactement comme des touristes. Le tourisme aux pyramides est presque aussi vieux que les pyramides elles-mêmes.

Les pyramides à l’époque arabe

🔴 IMAGE — alt : « Illustration médiévale arabe des pyramides d’Égypte » / caption : « Au Moyen Âge, les auteurs arabes décrivent les pyramides, tandis qu’on dépouille leur revêtement blanc. »

Après la conquête arabe, les pyramides nourrissent récits et convoitises. Au IXe siècle de notre ère, le calife Al-Mamoun aurait fait percer un tunnel dans la pyramide de Khéops, en quête de trésors. Cette galerie forcée, longue d’environ 35 mètres, est aujourd’hui encore l’entrée empruntée par les visiteurs.

Le Moyen Âge est surtout fatal au parement. En 1303 de notre ère, un violent séisme descelle une grande partie du calcaire blanc qui revêtait les pyramides. On le récupère alors pour bâtir Le Caire : à partir de 1356, les blocs partent vers la ville, où ils servent à élever mosquées et forteresses. Les pyramides deviennent une carrière. Les savants arabes, eux, ne se contentent pas de piller : des auteurs comme Abd al-Latif al-Baghdadi en laissent, vers 1200, des descriptions précises et pleines d’étonnement.

Napoléon et l’expédition d’Égypte

Tout change en 1798. En débarquant en Égypte, Bonaparte n’amène pas seulement une armée, mais aussi une commission de savants. Au pied des pyramides, où se livre la fameuse bataille du même nom, il lance à ses soldats que « du haut de ces pyramides, quarante siècles » les contemplent.

Gravure montrant la bataille des pyramides durant l'expédition d'Egypte de Napoléon
Gravure montrant la bataille des pyramides durant l’expédition d’Egypte de Napoléon.

Les savants, eux, mesurent, dessinent et relèvent tout ce qu’ils voient. Leur travail aboutit à un monument d’érudition, la Description de l’Égypte, dont les planches révèlent les pyramides à l’Europe entière. L’un d’eux, Edme-François Jomard, en livre des relevés détaillés. Avec la découverte de la pierre de Rosette, l’expédition marque l’acte de naissance de l’égyptologie scientifique.

Aventuriers, pilleurs et marchands européens

🔴 IMAGE — alt : « Portrait de Giovanni Belzoni, explorateur des pyramides de Gizeh » / caption : « Giovanni Belzoni, figure des aventuriers du XIXe siècle qui ouvrent et pillent les monuments. » (domaine public)

Le XIXe siècle ouvre une époque trouble. L’Égypte devient le terrain de chasse des collectionneurs, et les consuls européens, le Britannique Henry Salt et le Français Bernardino Drovetti, se disputent ses antiquités à coups d’agents et de fouilles sauvages.

À Gizeh, les exploits côtoient le saccage. En 1817, Giovanni Battista Caviglia dégage la poitrine du Sphinx. L’année suivante, l’ancien hercule de foire Giovanni Belzoni force l’entrée de la pyramide de Khéphren. En 1837, le colonel Howard Vyse va plus loin et emploie la poudre pour pénétrer les monuments. Ses méthodes sont brutales, mais c’est ainsi qu’il met au jour, dans les chambres de décharge de Khéops, les inscriptions au nom du pharaon qui confirment l’attribution de la pyramide. Découvertes et destructions vont de pair, tandis que des trésors entiers prennent le chemin des musées européens.

Portrait de Giovanni Belzoni, explorateur des pyramides de Gizeh

Les premières fouilles scientifiques

🔴 IMAGE — alt : « Flinders Petrie, pionnier des fouilles scientifiques à Gizeh » / caption : « » (domaine public)

La science finit par l’emporter sur la chasse au trésor. Dès 1858, l’égyptologue français Auguste Mariette fonde le Service des antiquités pour protéger les sites et garder les objets en Égypte. C’est lui qui dégage le temple bas de Khéphren et y retrouve la superbe statue du roi en diorite.

Flinders Petrie, pionnier des fouilles scientifiques à Gizeh
Avec Flinders Petrie puis George Reisner, l’archéologie de terrain remplace la chasse aux trésors.

Le tournant décisif vient d’un jeune Britannique. En 1880, Flinders Petrie entreprend le premier relevé rigoureux du plateau, mesurant tout avec une précision inédite, et fonde ainsi l’archéologie de terrain moderne. Au début du XXe siècle, l’Américain George Reisner explore méthodiquement les champs de mastabas et met au jour des tombes intactes, comme celle d’Hétephérès, la mère de Khéops. D’autres, tel l’Égyptien Selim Hassan, poursuivent l’œuvre. De simple merveille à contempler, Gizeh est devenu l’un des sites les mieux étudiés au monde.

Les découvertes archéologiques récentes à Gizeh

Tombe peinte de la reine Mérésânkh à Gizeh
Les vives couleurs des bas-reliefs de la tombe de peinte de la reine Mérésânkh, l’une des plus belles du plateau.

On pourrait croire le plateau entièrement fouillé. Il n’en est rien. Autour des grandes pyramides, les champs de mastabas, les ateliers et les tombes continuent de livrer leurs secrets, et chaque saison apporte son lot de trouvailles. Loin des seuls pharaons, ces découvertes éclairent tout un monde : reines, prêtres, dignitaires et bâtisseurs.

Parmi les plus belles figure la tombe de la reine Mérésânkh III, petite-fille de Khéops, dont les peintures éclatantes peuvent désormais se visiter en ligne. En 2018, les archéologues mettaient au jour la tombe d’Hetpet, une prêtresse de l’Ancien Empire, ornée de scènes rares et remarquablement conservées. D’autres vestiges sont venus rappeler le souvenir d’une puissante reine de la VIe dynastie. Et en 2024, ce n’est pas une tombe, mais tout le paysage qui a changé : l’identification d’une ancienne branche du Nil le long de la nécropole a renouvelé notre compréhension de la construction des pyramides.

Auscultées par les muons, sondées par satellite, fouillées sans relâche, les pyramides de Gizeh restent un chantier scientifique ouvert. Après quarante-cinq siècles, elles n’ont pas fini de nous surprendre.

Situer et visiter les pyramides de Gizeh

Les pyramides se dressent sur le plateau de Gizeh, à la lisière ouest du Grand Caire, sur la rive gauche du Nil. Le site n’est qu’à quelques kilomètres du centre de la capitale égyptienne, ce qui en fait l’une des merveilles les plus accessibles au monde : une simple excursion depuis Le Caire suffit.

Sur place, on circule entre les trois grandes pyramides et leurs satellites, jusqu’au Grand Sphinx et au belvédère qui domine l’ensemble. L’intérieur des pyramides se visite, par des couloirs étroits et dépouillés, l’essentiel des trésors ayant depuis longtemps quitté les chambres. À moins de trois kilomètres du plateau, le Grand Musée égyptien, ouvert en 2025, présente désormais le trésor complet de Toutankhamon et la barque solaire de Khéops, à découvrir avant ou après la visite du site.


Questions fréquentes sur les pyramides de Gizeh

Qui a construit les pyramides de Gizeh ?

Elles ont été édifiées pour trois pharaons de la IVe dynastie : Khéops, Khéphren et Mykérinos. Les bâtisseurs n’étaient pas des esclaves, mais des ouvriers égyptiens encadrés et nourris par l’État, comme l’a montré la fouille de leur village au pied du plateau.

Quand les pyramides de Gizeh ont-elles été construites ?

Au cours de la IVe dynastie, en plein Ancien Empire, vers 2600 à 2500 avant notre ère. La grande pyramide de Khéops fut achevée vers 2560 avant notre ère.

Combien y a-t-il de pyramides à Gizeh ?

Le plateau compte trois grandes pyramides, celles de Khéops, Khéphren et Mykérinos, entourées de plusieurs petites pyramides des reines, soit environ neuf au total.

Comment les pyramides ont-elles été construites ?

Avec du calcaire extrait sur place, un fin parement de calcaire de Toura et du granite d’Assouan, acheminés en grande partie par voie d’eau. Les blocs étaient hissés à l’aide de rampes, au prix d’une organisation d’État remarquable.

Peut-on entrer dans les pyramides de Gizeh ?

Oui. L’intérieur des trois pyramides se visite avec un billet, mais les passages sont étroits et les chambres nues. Le Sphinx, lui, s’admire de l’extérieur.

Sources et pour aller plus loin

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