« Que les envieux crèvent de jalousie » : une mosaïque provocante trouvée à Syedra
Des fouilles menées dans l’antique cité de Syedra, sur la côte méditerranéenne turque près d’Alanya, ont mis au jour un pavement de mosaïque daté du VIe siècle de notre ère, conservé dans un état exceptionnel. Couvrant près de 15 mètres carrés, il ornait l’entrée d’un vaste complexe résidentiel où il reposait enfoui depuis plus d’un millénaire.
La découverte est le fait de l’équipe du Dr Ertuğ Ergürer, maître de conférences à l’Université Alanya Alaaddin Keykubat, dans le cadre du projet « Patrimoine pour l’avenir » piloté par le ministère turc de la Culture et du Tourisme.
Un pavement de prestige pour une demeure de haut rang.
Le sol est orné de motifs géométriques et végétaux d’une grande finesse, témoignant du rang de la demeure à laquelle il appartenait : une construction de trois étages organisée autour d’une cour, occupée sans interruption du IIe au VIIe siècle de notre ère. C’est précisément parce que l’entrée fut remblayée à une date indéterminée que le pavement a traversé les siècles intact.
Des messages qui ont traversé les siècles.
Mais ce sont deux inscriptions en grec ancien qui retiennent aujourd’hui toute l’attention. L’une, dans le panneau central, accueille le visiteur : Eni terpsin — « Profites-en avec joie ! » L’autre, sur le panneau sud, lâche sans ambages : « Que les envieux crèvent de jalousie. »
Ce type de formule n’était pas rare dans les mosaïques domestiques de l’Antiquité tardive et de la période protobyzantine : elles conjuguaient hospitalité affichée et protection symbolique contre le mauvais œil. Mais la vivacité du ton surprend et laisse imaginer les rivalités qui ouvaient agiter les habitants de Syedra.

Syedra, cité au long passé.
Fondée à l’époque hellénistique sur un promontoire dominant la mer et les monts Taurus, Syedra connut son apogée sous la domination romaine avant de passer dans l’orbite byzantine. Les fouilles y ont déjà révélé remparts, thermes, temples, une rue à colonnades et un bouleutérion. La découverte de cette mosaïque s’inscrit dans cette exploration d’une ville dont la vie quotidienne commence tout juste à se laisser deviner.
Des travaux de consolidation ont été immédiatement engagés pour assurer la pérennité du pavement. Les fouilles se poursuivent : les archéologues espèrent que d’autres espaces du complexe résidentiel livreront de nouveaux indices sur la société de l’Antiquité tardive dans cette région encore peu étudiée de la Méditerranée orientale.
Source et crédits photographiques: General Directorate of Cultural Heritage and Museums.