Un trésor de dirhams abbassides découvert sur la côte de la mer Baltique

Découverte archéologiqueMonde Viking

Une expédition de l’Institut d’archéologie de l’Académie des sciences de Russie a mis au jour un ensemble exceptionnel de 59 monnaies islamiques en argent sur la rive sud de la lagune de Kaliningrad (aussi appelée lagune de la Vistule). Ce dépôt monétaire offre un éclairage précieux sur les dynamiques d’échanges à longue distance aux VIIIe et IXe siècles. Les archéologues ont identifié ces pièces comme des dirhams frappés entre 746 et 815 de notre ère. Cette découverte marque l’une des phases les plus anciennes de l’introduction de l’argent musulman en Europe de l’Est.


Des pièces frappées au cœur de l’âge d’or islamique.

L’analyse numismatique révèle la transition politique majeure de cette époque. Le trésor contient une monnaie unique frappée sous le règne de Marwan II, le dernier calife omeyyade, avant la chute de sa dynastie. Les 58 autres pièces appartiennent toutes au califat abbasside, qui prend le pouvoir en 750 de notre ère.

La majeure partie de ce lot monétaire a été émise sous le règne d’Haroun al-Rachid (786-809), souverain dont le gouvernement incarne l’apogée politique et culturel du califat. La capitale impériale, Madinat al-Salam (Bagdad), constitue la source principale du gisement avec 25 monnaies identifiées. Le reste de l’ensemble provient d’ateliers monétaires majeurs tels qu’al-Koufa, Nishapour ou al-Muhammadiyya. Cette diversité géographique souligne l’extension et l’efficacité du système monétaire abbasside.


Le rôle économique du métal précieux en Europe septentrionale.

Au cours des IXe et Xe siècles, les dirhams d’argent ont circulé massivement en Europe du Nord et de l’Est. Dans la région de la Baltique, ces pièces ne servaient pas uniquement de moyen de paiement standardisé. Elles représentaient une source cruciale de métal brut de haute pureté destiné à la production de bijoux et d’ornements complexes.

Les réseaux commerciaux fluviaux et maritimes connectaient directement le Moyen-Orient aux comptoirs de la mer Baltique. Les marchands locaux, incluant les communautés vikings et d’autres groupes slaves ou baltes, utilisaient ces routes pour échanger des matières premières nordiques contre l’argent du califat.


Des indices matériels sur les pratiques de l’époque.

L’état physique des monnaies livre des informations cruciales sur leur usage quotidien. Si plusieurs dirhams ont été retrouvés intacts, une part notable de l’ensemble se compose de fragments. Certaines pièces présentent des perforations de suspension, indiquant qu’elles ont été portées comme éléments de parure ou amulettes.

D’autres monnaies arborent de légères incisions sur les tranches. Ces encoches de test permettaient aux marchands médiévaux de vérifier la pureté de l’argent et de s’assurer de l’absence de plomb ou de cuivre à l’intérieur de la pièce. L’examen de la monnaie la plus récente de l’assemblage permet aux spécialistes de situer l’enfouissement du trésor au milieu des années 810.


Une contribution majeure à l’histoire économique médiévale.

Ce dépôt se classe parmi les plus anciens horizons de circulation de l’argent abbasside découverts dans la région. L’emplacement de la découverte, à proximité des anciennes routes maritimes, confirme le rôle précoce de la lagune de la Vistule comme zone d’échanges interculturels.

L’étude approfondie de ce trésor permettra d’affiner les modèles économiques actuels concernant les flux de métaux précieux à travers l’Eurasie. Elle apporte une preuve matérielle indéniable des liens commerciaux directs ou indirects qui unissaient les centres urbains du califat de Bagdad aux confins du monde nordique.

Sources et crédits photographiques: Institut d’Archeologie RAS

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