Le trésor royal de Vilnius enfin dévoilé après 90 ans d’oubli

Découverte archéologiqueTemps Modernes (XVe-XVIIIe)

Caché à la veille de la Seconde Guerre mondiale, un exceptionnel ensemble d’insignes royaux vient de retrouver la lumière. Les conservateurs et les visiteurs du musée de la cathédrale de Vilnius, en Lituanie, sont passés pendant des décennies à seulement quelques centimètres d’un trésor historique sans le savoir. Après près de 90 ans de recherches et de théories infructueuses, ces pièces uniques du patrimoine européen sont de nouveau accessibles au public.


Une découverte fortuite liée aux caprices de l’eau.

L’histoire de ce trésor commence en 1931, lorsqu’une crue majeure endommage les fondations de la cathédrale de Vilnius. Les travaux d’urgence entrepris dans les sous-sols révèlent alors les cryptes royales abritant les restes d’Alexandre Ier Jagiellon, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie, ainsi que ceux des reines Élisabeth d’Autriche et Barbara Radziwiłł.

Parmi les vestiges, les spécialistes découvrent trois couronnes, un sceptre, un globe et plusieurs bijoux précieux datant principalement du XVIe siècle. Ces objets ne sont pas des attributs de sacre classiques, mais des insignes funéraires façonnés spécifiquement pour accompagner les défunts dans la tombe. Cette spécificité rend leur conservation exceptionnelle, les métaux précieux des sépultures royales ayant été massivement pillés ou refondus au cours de l’histoire.


Trois destins royaux.

Alexandre Ier Jagiellon (1461-1506).

Quatrième fils du roi Casimir IV, Alexandre est d’abord élu grand-duc de Lituanie en 1492, avant de devenir roi de Pologne en 1501 à la mort de son frère aîné Jean Ier Albert. Son règne est marqué par des conflits incessants contre le grand-duché de Moscou et les incursions des Tatars de Crimée. Pour tenter d’apaiser les tensions avec Moscou, il épouse Hélène de Russie, fille d’Ivan III. Alexandre est le dernier souverain de la dynastie à avoir maîtrisé la langue lituanienne. À sa mort en 1506 à Vilnius, il est inhumé dans la cathédrale de la ville, devenant le seul roi de Pologne à y reposer.

Élisabeth d’Autriche (1526-1545).

Fille de l’empereur Ferdinand Ier de Habsbourg, cette archiduchesse d’Autriche est mariée très jeune, en 1543, au futur roi de Pologne et grand-duc de Lituanie Sigismond II Auguste. Cette union purement politique vise à sceller l’alliance entre les Habsbourg et les Jagiellon. De nature timide, pieuse et souffrant d’une épilepsie sévère, Élisabeth peine à s’intégrer à la cour polonaise et subit l’hostilité de sa belle-mère, Bona Sforza. Son époux délaisse rapidement la jeune reine, qui s’éteint tragiquement à Vilnius à seulement 18 ans, sans laisser de descendance.

Barbara Radziwiłł (1520-1551).

Issue de la plus puissante famille de la noblesse lituanienne, Barbara était célèbre pour sa beauté, sa culture et son destin romanesque. Devenue veuve, elle entame une liaison passionnée avec le prince héritier Sigismond II Auguste. Les deux amants s’épousent en secret en 1547. Devenu roi, Sigismond impose ce mariage d’amour malgré l’opposition farouche du Parlement polonais et de la reine mère Bona Sforza, qui considèrent cette union comme une mésalliance. Couronnée reine en 1550, Barbara meurt quelques mois plus tard, en 1551, d’un cancer (bien que des rumeurs d’empoisonnement aient longtemps visé sa belle-mère). Inconsolable, le roi accompagne son corps à pied jusqu’à la cathédrale de Vilnius, respectant sa volonté d’être inhumée en terre lituanienne.


Le secret de la niche murale de 1939.

Face à la menace imminente de la Seconde Guerre mondiale en 1939, les responsables de la cathédrale décident de mettre à l’abri ces pièces inestimables. Les insignes royaux sont enveloppés dans des journaux, placés dans une boîte en fer, puis scellés dans une cavité secrète de l’édifice. Les bouleversements politiques, les occupations successives et la disparition des témoins directs effacent ensuite toute trace de cette cachette.

Bien qu’une partie du trésor de la cathédrale ait été retrouvée par hasard en 1985 lors de travaux de ventilation, les couronnes royales manquaient toujours à l’appel. La rupture survient à la fin de l’année 2024. En croisant des plans de l’entre-deux-guerres avec des relevés modernes et un témoignage d’époque, les chercheurs localisent une cavité suspecte derrière l’ancien emplacement d’un escalier. Une caméra endoscopique confirme la présence du coffre, extrait de son mur le 16 décembre 2024.

Reliquaire avec un morceau de boîte détériorée Credit: E. Levin – Bažnytinio Paveldo Muziejus
Reliquaire avec un morceau de boîte détériorée Credit: E. Levin – Bažnytinio Paveldo Muziejus

La virtuosité de l’orfèvrerie de la Renaissance.

Malgré l’humidité et l’oxydation de la boîte en fer qui ont marqué les objets, les pièces en métaux précieux sont parvenues jusqu’à nous dans un état de conservation remarquable. Le trésor comprend la couronne d’Alexandre Jagiellon, les attributs d’Élisabeth d’Autriche (couronne, chaîne, bague et médaillon) et les insignes de Barbara Radziwiłł (couronne, sceptre, globe et bagues).

Parmi ces découvertes, un médaillon en or réalisé à partir d’une pièce de dix ducats frappée en 1533 se distingue par sa rareté absolue. Les quatre bagues ornées de pierres précieuses révèlent quant à elles les techniques d’illusion des orfèvres de la Renaissance, qui creusaient parfois des grenats ou utilisaient des doublages colorés sous le cristal de roche pour imiter des rubis de grande valeur.

Objets funéraires de Barbara Radziwiłł, reine de Pologne et de Grande Lituanie. Credit: E. Levin – Bažnytinio Paveldo Muziejus
Objets funéraires de Barbara Radziwiłł, reine de Pologne et de Grande Lituanie. Credit: E. Levin – Bažnytinio Paveldo Muziejus

Une exposition fidèle à l’état de la découverte.

Les objets restaurés et stabilisés font l’objet d’une exposition intitulée « Hidden Within: Rediscovered Treasury of Vilnius Cathedral » au Musée du patrimoine d’église de Vilnius. Les conservateurs ont pris le parti de ne pas effacer toutes les traces du temps : certaines pièces conservent les marques de corrosion et des fragments de la boîte en fer d’origine, témoignant de leur long sommeil sous le corridor de la cathédrale.

L’exposition, qui a ouvert ses portes le 9 juillet 2026, restera accessible au public jusqu’au 30 janvier 2027.

Source : Bažnytinio Paveldo Muziejus
Crédits photographiques de l’image de couverture : G. Čiuželis – Bažnytinio Paveldo Muziejus

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